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Allocution prononcée par Georges Pompidou à l'Hôtel de Ville de Mulhouse, le 27 juin 1970


Cette allocution énonce les problèmes liés à la mise en place du Marché commun, que rencontrent les régions de l'Est et la nécessité d'adopter une politique d'aménagement du territoire destinée à réduire ces difficultés.

 
 


    Monsieur le Maire,

    Je suis heureux de me trouver ici, à Mulhouse, entouré de plusieurs membres du Gouvernement parmi lesquels je me permettrai de nommer un élu qui n'est pas du Haut-Rhin, c'est mon ami Bailly, parce que je ne peux pas aller à Belfort, compte tenu de l'horaire extrêmement réduit de ce voyage et que je profite de l'occasion pour lui en dire mes regrets et le prier de transmettre mon amitié aux populations. Monsieur le Maire, si je suis aujourd'hui en Alsace, et à Mulhouse, si c'est ma première visite officielle de Président de la République, si je mets à part la visite que j'ai pu faire dans mon département natal, ce n'est pas par hasard. C'est d'abord pour remercier l'Alsace et le Haut-Rhin et Mulhouse de la réponse massive qu'ils ont donnée l'an dernier à l'appel que je leur avais adressé pour manifester sur mon nom leur volonté de continuer à défendre quelques principes parmi lesquels il y avait nos institutions, l'indépendance de la France et le progrès économique et social. C'est aussi parce que l'Alsace, le Haut-Rhin et la ville de Mulhouse sont des régions à la fois extraordinairement vivantes, extraordinairement dynamiques et grâce au ciel extrêmement patriotes, et qu'elles se trouvent confrontées par la position géographique avec la concurrence de nos amis et voisins qu'ils soient de Bade-Wurtemberg, qu'ils soient de Suisse, concurrence extrêmement active, extrêmement difficile à vaincre bien entendu, et même à égaler et qu'ainsi il se crée à l'échelle européenne, dans cette région plus qu'ailleurs, une rivalité pacifique mais une rivalité dont les résultats engagent le bonheur et le niveau de vie de nos enfants et de nos petits enfants. Et c'est pourquoi il est indispensable que cette région de France déjà si active et si développée continue ses efforts et qu'elle soit aidée par le pouvoir central. Souvent, j'ai entendu dire que les provinces de l'Est se préoccupaient, l'Alsace en particulier, de ce que la politique de l'aménagement du territoire fut tournée uniquement vers l'Ouest et vers le Sud-Ouest, eh bien non. La politique d'aménagement du territoire n'a pas seulement pour objet d'équilibrer l'activité entre les différentes régions de France, elle a aussi pour objet de développer, là où il le faut les activités les plus grandes et il le faut essentiellement dans ces régions où nous sommes au contact de l'Europe. Vous avez dit, Monsieur le Maire, qu'il était nécessaire de procéder à un certain nombre de réforme et, en particulier, vous avez parlé de décentralisation. Oui, je le crois comme vous. Il importe que nous entamions résolument une politique de décentralisation. Notre tradition, à la fois monarchique et républicaine, veut que tout remonte à Paris, que Paris soit amené à prendre toutes les décisions, à décider de tout et aujourd'hui où l'État s'occupe plus de ces choses que jamais, compte tenu des problèmes économiques et sociaux, il est évident que cette situation devient paralysante parce que tous les actes de la vie, municipale, départementale et je dirai même individuelle, finissent par dépendre de décisions des ministères parisiens. Et c'est pourquoi je vous donne pleinement mon accord pour dire qu'il importe que prochainement et rapidement, le Gouvernement mette en train des réformes de décentralisation consistant d'abord et en premier - et ceci ne dépend que de lui - à donner aux autorités qui le représentent sur place un plus grand pouvoir de décisions et que les Préfets n'aient pas besoin d'en référer de toutes leurs décisions au Ministre; en second lieu de faire que les élus, que ce soit des élus départementaux des Assemblées départementales, que ce soit les Conseils Municipaux et leurs Maires, aient eux-mêmes une plus grande souplesse, une plus grande liberté d'action et qu'en particulier les contrôles et notamment les contrôles financiers soient allégés et que leurs responsabilités soient accrues. Et enfin, cela suppose une réforme des finances locales. Cette réforme est à l'étude et j'espère que nous pourrons la faire aboutir soit dans la prochaine session, soit en tout cas au cours de l'année 1971, il faut bien mesurer qu'elle est difficile, qu'elle est compliquée parce qu'en fin de compte le contribuable est un et unique et qu'il soit un contribuable local ou un contribuable national, c'est toujours dans sa même bourse que l'on puise ; néanmoins, il y a une nouvelle répartition à faire des charges et des ressources ; c'est cela la réforme des finances locales ; elle est à l'étude et nous la ferons aboutir.

    Monsieur le Maire, je ne veux pas m'attarder sur ces problèmes, à la fois pour des raisons, vous le savez, d'emploi du temps, d'horaires très bousculés et parce que ce sont des problèmes trop complexes pour pouvoir être traités en quelques mots ici. Je voudrais simplement, pour terminer, vous dire la confiance que j'ai dans la ville et dans l'agglomération de Mulhouse qui, aujourd'hui, dans son ensemble, voit se développer son activité considérablement, a su dominer les difficultés que peuvent connaître, que connaissent encore, certaines industries comme l'industrie textile, voit se créer autour d'elle chaque jour de nouvelles entreprises industrielles, de nouvelles activités et connaît par conséquent une activité, une possibilité de progrès, de richesses économiques essentielles pour tout le département du Haut-Rhin et pour toute cette région. Je sais que cette activité suppose et exige que s'ouvrent les voies vers le Sud et vers l'Ouest et que cela veut dire des autoroutes, que cela veut dire la liaison Mer du Nord, mer Méditerranée, et peut-être étant donné les difficultés et le temps nécessaire, et par priorité, l'autoroute Mulhouse-Montbéliard-Beaune-Châlons-sur-Marne ou Chalon-sur-
Saône, il parait qu'on hésite ... Mais de toute manière - vous savez qu'avec les tracés d'autoroutes, quand on se met à hésiter, ça tourne mal - mais de toute manière, il faut ces ouvertures sur l'extérieur, il faut que l'Alsace ne soit pas happée simplement vers le Nord ou vers l'Est, c'est une nécessité nationale qui n'est en rien contre le développement de cette Europe que vous appelez de vos voeux.

    Et croyez bien, Mesdames et Messieurs, que le Gouvernement, que les Pouvoirs de la République sont parfaitement conscients des besoins de l'Alsace, de l'appui qu'ils trouvent en Alsace, de ce que représente l'Alsace pour la France et pour l'Europe et qu'ils sauront s'en souvenir.

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