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Monsieur le Maire,
Je suis heureux de me trouver ici, à Mulhouse,
entouré de plusieurs membres du Gouvernement parmi lesquels je
me permettrai de nommer un élu qui n'est pas du Haut-Rhin, c'est
mon ami Bailly, parce que je ne peux pas aller à Belfort, compte
tenu de l'horaire extrêmement réduit de ce voyage et que
je profite de l'occasion pour lui en dire mes regrets et le prier de transmettre
mon amitié aux populations. Monsieur le Maire, si je suis aujourd'hui
en Alsace, et à Mulhouse, si c'est ma première visite officielle
de Président de la République, si je mets à part
la visite que j'ai pu faire dans mon département natal, ce n'est
pas par hasard. C'est d'abord pour remercier l'Alsace et le Haut-Rhin
et Mulhouse de la réponse massive qu'ils ont donnée l'an
dernier à l'appel que je leur avais adressé pour manifester
sur mon nom leur volonté de continuer à défendre
quelques principes parmi lesquels il y avait nos institutions, l'indépendance
de la France et le progrès économique et social. C'est aussi
parce que l'Alsace, le Haut-Rhin et la ville de Mulhouse sont des régions
à la fois extraordinairement vivantes, extraordinairement dynamiques
et grâce au ciel extrêmement patriotes, et qu'elles se trouvent
confrontées par la position géographique avec la concurrence
de nos amis et voisins qu'ils soient de Bade-Wurtemberg, qu'ils soient
de Suisse, concurrence extrêmement active, extrêmement difficile
à vaincre bien entendu, et même à égaler et
qu'ainsi il se crée à l'échelle européenne,
dans cette région plus qu'ailleurs, une rivalité pacifique
mais une rivalité dont les résultats engagent le bonheur
et le niveau de vie de nos enfants et de nos petits enfants. Et c'est
pourquoi il est indispensable que cette région de France déjà
si active et si développée continue ses efforts et qu'elle
soit aidée par le pouvoir central. Souvent, j'ai entendu dire que
les provinces de l'Est se préoccupaient, l'Alsace en particulier,
de ce que la politique de l'aménagement du territoire fut tournée
uniquement vers l'Ouest et vers le Sud-Ouest, eh bien non. La politique
d'aménagement du territoire n'a pas seulement pour objet d'équilibrer
l'activité entre les différentes régions de France,
elle a aussi pour objet de développer, là où il le
faut les activités les plus grandes et il le faut essentiellement
dans ces régions où nous sommes au contact de l'Europe.
Vous avez dit, Monsieur le Maire, qu'il était nécessaire
de procéder à un certain nombre de réforme et, en
particulier, vous avez parlé de décentralisation. Oui, je
le crois comme vous. Il importe que nous entamions résolument une
politique de décentralisation. Notre tradition, à la fois
monarchique et républicaine, veut que tout remonte à Paris,
que Paris soit amené à prendre toutes les décisions,
à décider de tout et aujourd'hui où l'État
s'occupe plus de ces choses que jamais, compte tenu des problèmes
économiques et sociaux, il est évident que cette situation
devient paralysante parce que tous les actes de la vie, municipale, départementale
et je dirai même individuelle, finissent par dépendre de
décisions des ministères parisiens. Et c'est pourquoi je
vous donne pleinement mon accord pour dire qu'il importe que prochainement
et rapidement, le Gouvernement mette en train des réformes de décentralisation
consistant d'abord et en premier - et ceci ne dépend que de lui
- à donner aux autorités qui le représentent sur
place un plus grand pouvoir de décisions et que les Préfets
n'aient pas besoin d'en référer de toutes leurs décisions
au Ministre; en second lieu de faire que les élus,
que ce soit des élus départementaux des Assemblées
départementales, que ce soit les Conseils Municipaux et leurs Maires,
aient eux-mêmes une plus grande souplesse, une plus grande liberté
d'action et qu'en particulier les contrôles et notamment les contrôles
financiers soient allégés et que leurs responsabilités
soient accrues. Et enfin, cela suppose une réforme des finances
locales. Cette réforme est à l'étude et j'espère
que nous pourrons la faire aboutir soit dans la prochaine session, soit
en tout cas au cours de l'année 1971, il faut bien mesurer qu'elle
est difficile, qu'elle est compliquée parce qu'en fin de compte
le contribuable est un et unique et qu'il soit un contribuable local ou
un contribuable national, c'est toujours dans sa même bourse que
l'on puise ; néanmoins, il y a une nouvelle répartition
à faire des charges et des ressources ; c'est cela la réforme
des finances locales ; elle est à l'étude et nous la ferons
aboutir.
Monsieur le Maire, je ne veux pas m'attarder sur
ces problèmes, à la fois pour des raisons, vous le savez,
d'emploi du temps, d'horaires très bousculés et parce que
ce sont des problèmes trop complexes pour pouvoir être traités
en quelques mots ici. Je voudrais simplement, pour terminer, vous dire
la confiance que j'ai dans la ville et dans l'agglomération de
Mulhouse qui, aujourd'hui, dans son ensemble, voit se développer
son activité considérablement, a su dominer les difficultés
que peuvent connaître, que connaissent encore, certaines industries
comme l'industrie textile, voit se créer autour d'elle chaque jour
de nouvelles entreprises industrielles, de nouvelles activités
et connaît par conséquent une activité, une possibilité
de progrès, de richesses économiques essentielles pour tout
le département du Haut-Rhin et pour toute cette région.
Je sais que cette activité suppose et exige que s'ouvrent les voies
vers le Sud et vers l'Ouest et que cela veut dire des autoroutes, que
cela veut dire la liaison Mer du Nord, mer Méditerranée,
et peut-être étant donné les difficultés et
le temps nécessaire, et par priorité, l'autoroute Mulhouse-Montbéliard-Beaune-Châlons-sur-Marne
ou Chalon-sur-Saône,
il parait qu'on hésite ... Mais de toute manière - vous
savez qu'avec les tracés d'autoroutes, quand on se met à
hésiter, ça tourne mal - mais de toute manière, il
faut ces ouvertures sur l'extérieur, il faut que l'Alsace ne soit
pas happée simplement vers le Nord ou vers l'Est, c'est une nécessité
nationale qui n'est en rien contre le développement de cette Europe
que vous appelez de vos voeux.
Et croyez bien, Mesdames et Messieurs, que le
Gouvernement, que les Pouvoirs de la République sont parfaitement
conscients des besoins de l'Alsace, de l'appui qu'ils trouvent en Alsace,
de ce que représente l'Alsace pour la France et pour l'Europe et
qu'ils sauront s'en souvenir.
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