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Mesdames, Messieurs,
Voici
près d'un an que M. Nungesser m'a posé une question sur
le nouvel et indispensable plan d'aménagement et d'urbanisme de
la région parisienne. Dès cette époque, le Délégué
Général au District de la Région de Paris m'avait
soumis un projet de schéma directeur, qui, présenté
au Chef de l'État en juillet 1964, a fait l'objet depuis cette
date de nombreux examens et mises au point en Conseil restreint à
l'Elysée comme en Comités interministériels à
Matignon et va dans quelques jours être exposé en détail
devant le Conseil d'Administration du District. Si j'ai tardé à
répondre à la question de M. Nungesser, c'est parce que
je désirais être en mesure de le faire complètement
et après que le Gouvernement eût fait son choix entre les
diverses solutions qui lui étaient proposées. C'est aussi
parce que le problème de l'aménagement de Paris ne peut
être séparé de l'aménagement du territoire
et que je souhaitais être en possession des premières études
approfondies sur le développement de l'urbanisation en France et,
particulièrement, sur la définition et les perspectives
des métropoles régionales. Si je le fais aujourd'hui et
si je le fais moi-même c'est parce que la question posée
est une des plus importantes qui soient, parce qu'elle conditionne l'avenir
même de la France et plus particulière-ment le cadre de vie
des Français de demain.
Pour mesurer l'ampleur des problèmes et
la nécessité de solutions nouvelles, il convient tout d'abord
de se référer aux données démographiques.
La France, qui compte actuellement 49 millions d'habitants, en comptera
plus de 60 millions en 1985 et sans doute plus de 75 millions à
la fin du siècle. Il y a lieu de se réjouir de ces perspectives
qui seront loin d'épuiser la capacité de notre sol national
puisque si la densité de la population était en France ce
qu'elle est actuellement en Allemagne fédérale ou en Grande-Bretagne,
la France compterait 125 millions d'habitants. Or, on estime actuellement
à environ 11 millions et demi la population rurale. Je parle ici
de la population proprement rurale et non point de la population des communes
de moins de 2 000 habitants, notion habituellement retenue par nos
statistiques mais notion tout à fait impropre puisqu'elle conduit
à considérer comme des ruraux quelque
5 millions d'habitants qui, dès maintenant, font partie de zones
de peuplement industriel et urbain. Bien que notre politique soit de maintenir
en France une proportion importante d'exploitations agricoles familiales,
il est certain que la nécessité de rendre ces exploitations
rentables au sens économique du terme conduira à une concentration
progressive de telle sorte que la population rurale stagnera ou aura tendance
à diminuer pour se stabiliser sans doute autour de 10 à
10,5 millions à la fin du siècle.
Une telle constatation permet de mieux comprendre
les hypothèses qui ont été retenues à titre
indicatif pour l'établissement du schéma directeur de la
région parisienne et qui prévoient une population de l'ordre
de 11,6 millions en 1985 et 14 millions au début du siècle
prochain. Ceci veut dire en effet que la population de la plus importante
agglomération française augmentera dans les quatre prochaines
décennies d'environ 60%. Comme la population urbaine de la France
atteindra, dans le même délai, 65 millions, il faut prévoir
que les villes autres que Paris augmenteront globalement d'environ 80%,
ce qui supposera que beaucoup d'entre elles doublent ou même triplent.
Ainsi, en prenant pour hypothèse de travail une agglomération
parisienne d'environ 14 millions d'habitants au début du siècle
prochain, le Gouvernement, non seulement n'entend pas pousser à
l'accroissement de cette agglomération, mais au contraire réaffirme
sa volonté de la freiner par une politique systématique
de décentralisation industrielle et de déconcentration administrative.
En effet, pour nous tenir dans ces limites, il
faudra que le mouvement de population de la province vers Paris soit non
seulement ralenti, mais renversé, à partir de 1985 au plus
tard, de sorte que le mouvement des Parisiens partant pour la province
l'emporte sur celui des provinciaux vers Paris, l'accroissement de la
capitale n'étant dû ultérieurement qu'aux seules naissances,
les arrivées d'étrangers et de provinciaux étant
compensées par les départs de Parisiens vers la province.
Pour
pouvoir tenir ce pari, il nous faudra donc favoriser le développement
des villes de provinces et, en premier lieu, des grandes métropoles
régionales. Après de longues études au sein de la
Commission Nationale de l'Aménagement du Territoire comme des services
de la Délégation, nous avons retenu huit métropoles
:
- Lille - Roubaix - Tourcoing
- Nancy - Metz- Thionville
- Strasbourg
- Nantes - Saint-Nazaire
- Lyon - Saint-Etienne
- Aix - Marseille - Fos-sur-Mer
- Toulouse
- Bordeaux.
Un groupe de travail a été chargé
à la Délégation à l'Aménagement du
Territoire de définir les orientations générales
préalables à l'établissement des schémas directeurs
propres à ces métropoles, et les orientations pour la métropole
lyonnaise ont déjà été adoptées au
cours d'un récent comité interministériel. Les autres
suivront. Les schémas directeurs seront à partir de ces
orientations établis grâce à des agences d'urbanisme
analogues à l'Institut d'urbanisme de la Région parisienne
et qu'il conviendra de créer. Pour mesurer l'ampleur des tâches,
je dirai simplement que la population de ces huit métropoles représentera
sans doute 14 millions d'habitants à la fin du siècle. À
cette date, Marseille et Lyon compteront chacune entre 2 et 3 millions
d'habitants ! Voilà qui justifie par exemple les 6 000 hectares
de zones industrielles qui ont été acquises par le Gouvernement
à Fos-sur-Mer, exemple entre beaucoup d'autres de la nécessité
d'une politique à long terme.
Et qu'on ne croie pas qu'une telle croissance
doive se faire aux dépens des autres villes de moyenne importance.
En dehors de l'agglomération parisienne et des métropoles
d'équilibre, il y aura quelque 10 à 12 millions d'habitants
supplémentaires qui viendront grossir la population urbaine des
chefs-lieux de régions comme des villes de toute taille. Cela sera
particulièrement vrai des villes de la ceinture extérieure
du bassin parisien : Orléans, Troyes, Reims, Amiens et Rouen, qui
devront doubler au moins en importance d'ici la fin du siècle si
l'on veut maintenir la croissance naturelle de l'agglomération
parisienne dans les limites indiquées.
Tous ces chiffres, dont je vous prie d'excuser
l'accumulation, portent en eux des exigences qui s'imposent à nous
: il faut accélérer l'industrialisation de la France et
persuader les dirigeants de notre économie, chefs d'entreprise,
financiers, que
la seule croissance de la population française, le développement
de l'urbanisme et les exigences d'un confort accru leur ouvrent des perspectives
d'activité illimitées, exigent des investissements accrus
et des entreprises à la taille d'un grand pays moderne. Il faut
accentuer notre effort de décentralisation industrielle et persuader
les chefs d'entreprise que la sagesse leur commande de choisir dès
aujourd'hui les implantations régionales où, sans parler
des aides financières qui leur sont apportées, ils peuvent
encore trouver des terrains à un prix raisonnable et une main-d'oeuvre
virtuelle abondante, et où ils trouveront demain des possibilités
considérables d'écoulement sur place de leur production,
en même temps que les communications téléphoniques,
aériennes, routières, ferroviaires, voire révolutionnaires
comme l'aérotrain ou le métro porté, annuleront les
inconvénients qu'ils peuvent ressentir encore et qu'ils ont d'ailleurs
tendance à exagérer de l'éloignement de Paris. Il
faut enfin penser l'avenir des villes des province--métropoles
et chefs-lieux de régions en particulier, non plus à courte
vue et comme une simple politique du logement, mais très largement,
dans le cadre d'une politique globale d'urbanisme, évitant à
ces grands ensembles urbains la croissance anarchique qu'ont connue Paris,
Lyon ou Marseille et mettant à la disposition des habitants non
seulement des logements, mais les moyens de communications, les équipements
sociaux, sportifs, hospitaliers, administratifs, les espaces verts que
beaucoup aujourd'hui désirent et que demain tout le monde exigera.
L'effort de conception entrepris par la Direction
de l'Urbanisme au Ministère de la Construction comme par la Délégation
à l'Aménagement du Territoire doit être accentué
pour que, dans les 2 ou 3 années qui viennent, nous puissions dresser
pour toutes les grandes villes de France un schéma directeur analogue
à celui que nous avons pu mettre au point pour Paris et dont il
faut maintenant que je parle.
Un premier document relatif au développement
de la région de Paris a, vous le savez, été adopté
par décret du 6 août 1960 sous le nom de "plan d'aménagement
et d'organisation générale de la région parisienne"
(P.A.D.O.G.). Mais très vite le périmètre d'urbanisation
qu'il définissait s'est révélé trop étroit.
Dans les 15 dernières années, on a construit en région
parisienne, 750 000 logements, représentant une population
de 2 500 000 habitants logés ou relogés dans des
immeubles neufs. À l'heure actuelle, la cadence annuelle est de
100 000 logements, ce qui représente l'équivalent d'une
ville comme Nantes. Si l'on tient compte de l'accroissement de population
et des exigences nées de l'accrois-sement du pouvoir d'achat individuel
qui sera multiplié par 3,5 d'ici la fin du siècle, si l'on
songe par exemple que la région de Paris compte actuellement 1 800 000
véhicules automobiles et qu'il y en aura sans doute plus de 5 millions
à la fin du siècle, on imagine sans peine qu'il faille réviser
nos conceptions et réévaluer les surfaces indispensables
à une urbanisation convenable.
Au
total, il apparaît que, par rapport à la situation actuelle,
d'ici la fin du siècle et par l'effet cumulatif de la démographie
et des exigences d'un confort accru, les industries requerront des surfaces
multipliées par 2, les bureaux des surfaces multipliées
par 3, les logements et l'urbanisme général des surfaces
multipliées par 4. Voici donc qu'éclatent les limites du
"PADOG" de 1960 comme le démontre le fait que depuis
sa parution des dérogations aux règles d'urbanisme ont concerné,
en 5 ans, plus de 80 000 permis de construire. Or, l'expansion indispensable
au-delà des limites du PADOG actuel n'est nullement entravée
par la géographie. On oublie trop que la région de Paris,
mise à part l'agglomération capitale, est encore composée
de 90% de terres rurales, dont la densité ne dépasse pas
50 à 60 habitants au km2.
La première caractéristique du schéma
directeur est donc de prévoir un éclatement ordonné
des limites actuelles de la région parisienne, afin de ne pas les
voir céder dans l'anarchie au gré des dérogations.
À cette fin, tenant compte de toutes les données possibles
et de la nécessité de parer à l'imprévisible,
il prévoit de faire passer progressivement la surface urbanisée
de la région parisienne de 1 200 à 2 200 km2.
Ces nouvelles dimensions étant fixées,
le Gouvernement avait le choix entre le "laisser faire" et la
volonté d'organiser. Il a choisi une politique d'aménagement
de la région de Paris, tout comme il a choisi d'avoir une politique
d'aménagement du territoire.
Car laisser faire, ce serait voir l'agglomération
s'avancer en tache d'huile, grignotant les derniers vestiges de verdure,
les dernières réserves d'air qui subsistent, et faisant
de cette vaste agglomération se développant concentriquement
un monstre urbain où les communications entre le centre et la périphérie
deviennent impraticables, condamnant leurs habitants, et particulièrement
les travailleurs, à une existence infernale puisque les seuls transports
entre le domicile et le lieu de l'emploi demanderaient 2, 3 et parfois
4 heures par jour.
Après un examen minutieux des solutions
possibles, le Gouvernement a opté pour le choix d'axes préférentiels
d'aménagement se développant en suivant des lignes de progression
parallèles aux axes de la vallée de la Seine et de la Marne.
Cette solution a l'avantage d'épargner l'essentiel de ce qui fait
la richesse des parties non urbaines de la région parisienne, franges
de la Beauce et de la Brie, espaces verts et forêts. La future surface
urbanisée du District laissera intacts plus de 80 % des terres
rurales de la région parisienne.
Mais le choix d'axes préférentiels
de développement n'implique nullement que sera poursuivie sous
sa forme traditionelle, c'est-à-dire sans solution de continuité,
l'extension qui a vu peu à peu Paris grossir sur lui-même.
Autant que la croissance actuelle en tache d'huile de l'ensemble, le schéma
directeur rejette la croissance indéfinie puis la fusion de banlieue
sans structuration, sans
équipements suffisants et sans âme. Il entend faire porter
l'action à la fois sur les structures anciennes et sur la création
de structures nouvelles.
En ce qui concerne les structures anciennes de
Paris et de sa banlieue, d'énormes efforts de rénovation
sont à faire sur une superficie qui représente au moins
le tiers de la surface agglomérée actuelle. Cette action
est déjà entamée dans Paris intramuros avec
l'opération Maine-Montparnasse, avec les reconstructions entreprises
dans divers îlots de rénovation, et s'y poursuivra avec le
réaménagement de la partie centrale de la rive droite autour
du quartier des Halles.
Elle est également en cours à la
périphérie de la capitale, dans un effort de restructuration
de banlieues anciennes en "centres-villes" rénovés.
Le premier exemple est constitué par l'aménagement en cours
de la zone de la Défense dans la région de Puteaux-Nanterre.
Dans des styles divers suivront d'autres opérations telles que
la restructuration de la région de Saint-Denis, avec la construction
de la nouvelle Préfecture de Bobigny et de la Faculté de
Villetaneuse, ou l'aménagement en Centre-ville de Créteil.
Mais parallèlement à la rénovation
des structures anciennes, il est indispensable, pour faire face aux besoins
des trente-cinq prochaines années, de créer de nouvelles
structures d'accueil sous forme de "villes nouvelles".
Un projet de loi est en préparation et
sera déposé sur le bureau de l'Assemblée au début
de la session prochaine pour permettre ces créations. À
leur sujet, je voudrais d'abord dissiper une équivoque. Il ne s'agit
pas de créer des villes nouvelles pour aspirer la population qui
doit aller normalement vers les villes du bassin parisien comme Orléans,
Rouen, Amiens ou Reims. Au contraire, je le rappelais tout à l'heure,
pour maintenir la croissance de Paris dans les limites fixées,
il est nécessaire que ces villes se développent à
une cadence accélérée qui leur permette au moins
de doubler dans les 55 années à venir. Notre but est simplement
d'ordonner la construction des logements dans la région parisienne
urbanisée autour de centres, de "coeurs de ville", au
lieu de les laisser se répandre un peu partout dans les espaces
libres comme on l'a fait depuis cent ans. Nous avions pour cela le choix
entre trois orientations : ou bien implanter ces ensembles urbains au
plus près de l'agglomération existante, ce qui voulait dire
se résigner à la croissance en tache d'huile; ou bien disposer
les villes nouvelles en couronne à quelques dizaines de kilomètres
de l'agglomération actuelle. Mais l'expérience de Londres
démontre qu'en pareil cas la croissance de ces villes se fait non
vers l'extérieur, mais vers le centre et tend à rejoindre
l'agglomération capitale, où on revient alors aux inconvénients
précédents. Au surplus, je le rappelle, "la couronne
de villes" du bassin parisien existe, composée de villes dynamiques
qui demain, grâce à des moyens de communication nouveaux,
seront à une demi-heure de la capitale et qui doivent constituer
à la fois la barrière solide empêchant le déversement
de la province sur Paris et les compléments indispensables de 1'agglomération
parisienne elle-même. C'est pourquoi nous avons choisi une
troisième formule, répartissant huit ensembles urbains selon
des axes naturels, 5 le long de la vallée de la Seine en aval de
Paris, 3 suivant les axes de la Marne et de la Seine en amont de Paris.
Ces zones, où sont déjà implantées de façon
diffuse quelque 500 000 habitants, devraient en accueillir encore
1 000 000 d'ici à 1985. Toutes ces cités seront
suffisamment séparées les unes des autres par des zones
rurales ou des espaces verts pour conserver une autonomie de vie et de
développement. Mais par ailleurs une très forte structuration
en voies autoroutières, moyens de transport en commun (train, métro
aérien, aérotrain), faciliteront les liaisons d'ensemble
et maintiendront la cohésion globale de l'agglomération
parisienne.
J'ajouterai - pour répondre à deux
des préoccupations principales de M. Nungesser - que les dispositions
envisagées et la structuration de l'agglomération largement
étalée dans l'espace suivant des axes naturels, permettront
à la fois des communications faciles et rapides, et le développement
d'un habitat faisant une large place aux maisons individuelles.
Il va de soi que les options dégagées
par le Gouvernement doivent être soumises aux représentants
des populations intéressées. Le Conseil d'administration
du District, le Comité consultatif économique et social,
le Comité d'Aménagement de la Région de Paris seront
tour à tour consultés. La même préoccupation
m'a conduit à choisir ce moment pour répondre à la
question de M. Nungesser devant l'Assemblée nationale. Au demeurant,
le schéma directeur n'est pas un point d'arrivée mais un
point de départ. Cadre indispensable il devra être complété
par de nombreux plans détaillés. Les représentants
qualifiés des populations de la région parisienne pourront
être ainsi associés à sa mise au point, dans le cadre
de la procédure normale de révision de l'actuel Plan d'aménagement.
Mesdames, Messieurs, j'ai essayé au cours
de ce trop long exposé de situer le développement de la
région parisienne dans le cadre d'ensemble de l'aménagement
du territoire. J'ai voulu souligner l'effort considérable d'urbanisation
provinciale et de décentralisation qui sera nécessaire pour
maintenir la croissance de l'agglomération parisienne dans des
limites acceptables. Et ceci implique le maintien de contraintes rigoureuses
à l'égard de toute initiative, qu'elle vienne de l'administration,
de l'industrie ou du commerce, qui contribuerait sans nécessité
impérieuse à alourdir la masse coûteuse de cette agglomération.
Ceci implique aussi que ses habitants paient le juste prix des services
qu'ils en reçoivent. Grâce à l'effort du District
et de son Institut d'urbanisme, vont être définies les conditions
dans lesquelles la Nation pourrait garder la maîtrise d'une croissance
parisienne sagement contenue. Un effort plus grand encore s'offre à
nous pour organiser et favoriser le développement et la promotion
des métropoles d'équilibre comme la croissance accélérée
de la plupart, de nos villes. Mais les résultats obtenus dans l'étude
du Paris de l'an 2000 ont préparé notre tâche. Ils
nous montrent qu'une rapide expansion démographique, une urbanisation
se développant à un rythme accéléré,
les exigences croissantes dues au progrès du pouvoir d'achat comme
aux données d'une révolution technique permanente, tout
cela crée pour les pouvoirs publics des obligations sans précédent.
J'entends dire que certains s'opposent déjà à cette
conception d'un Paris pouvant atteindre 14 millions d'habitants vers l'an
2000. Autant s'opposer au cours des fleuves et prétendre les ramener
à leur source ! La région parisienne s'est accrue,
nous l'avons vu, de près de 400 000 habitants dans les deux
dernières années. À ce rythme, il y aurait en
1985 non pas 11 millions 6, mais 15 millions d'habitants et près
de 16 millions en l'an 2000!
Nos perspectives non seulement sont mesurées,
mais supposent un grand effort gouvernemental pour renverser les courants
de population actuels. À partir du moment ou l'on s'est rendu à
ces vérités d'évidence, il est du devoir d'un gouvernement
digne de ce nom de ne pas se boucher les yeux mais de prendre les dispositions
nécessaires pour que ces populations nouvelles trouvent un cadre
humain et adapté.
Il faut voir loin, ïl faut voir large. Oh
! Je ne me dissimule pas les difficultés de tous ordres, dont les
difficultés financières ne seront pas les moindres. Mais,
en dépit des obstacles pour l'aménagement de l'agglomération
parisienne comme pour l'aménagement de l'ensemble du territoire,
qu'il s'agisse de la transformation de nos villes ou de la restructuration
de nos campagnes, il faut aller de l'avant. Nous sommes engagés
dans une évolution qui nous contraint, sous peine de décadence,
à progresser. Mais nous entendons progresser les yeux ouverts,
c'est-à-dire prévoir. Le schéma directeur pour la
région parisienne témoigne de la volonté du Gouvernement
de ne pas subir l'évolution mais d'essayer de la contrôler
afin, qu'elle serve l'homme au lieu de l'écraser.
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