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Mesdames, Messieurs,
Je suis heureux d'inaugurer ce très beau
lycée agricole, aux installations qui peuvent apparaître
luxueuses, mais ont le mérite de mettre à la disposition
du corps enseignant et des enfants tous les moyens d'un enseignement moderne,
tourné vers le progrès de l'agriculture.
Ce lycée agricole fait partie d'un effort
technique et intellectuel au profit du monde agricole, effort entrepris
depuis quelques années et développé à une
cadence exceptionnelle. Si l'on se rappelle que les crédits consacrés
à l'enseignement agricole -investissements et fonctionnement- ont
depuis 1958 été multipliés par dix, on prend conscience
qu'il s'est agi véritablement de la création d'un enseignement
agricole en France. Cet enseignement agricole est doublement utile : il
manifeste l'importance de l'agriculture dans l'économie du pays
; il marque aussi l'importance et la nécessité d'une rénovation
pour notre agriculture et pour les jeunes qui se destinent à la
profession agricole ou aux professions annexes.
Que l'agriculture soit pour la France un élément
essentiel de sa prospérité, de son économie, ce n'est
pas dans le Cantal qu'il est nécessaire de le souligner. Mais cela
est vrai à l'échelon national et d'autant plus vrai que
le Marché commun doit permettre à l'agriculture française,
non seulement de nourrir la population croissante de notre pays, mais
aussi d'exporter une grande partie de ses produits à des prix rémunérateurs
dans les autres pays de la Communauté. L'importance de l'agriculture
ne peut donc pas être discutée. Son orientation est, en outre,
dans un département comme celui-ci, déterminée par
la nature. Le sol, le relief font que l'agriculture de certaines régions
ne peut se tourner que vers les productions animales, élevage et
industries laitières.
Nous nous trouvons donc devant deux données
de base : une agriculture essentielle à la prospérité
nationale et une agriculture dont l'orientation est dictée dans
bien des régions par la nature, par le sol et par le climat. Mais
à côté de ces données, il y a les nécessités
de l'économie moderne qui doivent nous inciter à tirer de
ces productions le meilleur rendement possible. Or, sur ce point, nous
avions énormément de progrès à faire et il
nous en reste encore, ne nous le dissimulons pas.
Pendant très longtemps, notamment dans
les régions du centre, ou de l'ouest, l'exploitation agricole française
a été fondée sur une conception très différente
de l'économie. Les agriculteurs vivaient essentiellement sur eux-mêmes,
sur leurs propres productions, allant jusqu'à cuire leur pain.
La subsistance de la famille sur les produits de la ferme était
la règle. La part qui allait à la commercialisation, c'est-à-dire
à la nourriture des habitants des villes était relativement
réduite puisque la population agricole était très
nombreuse et la population urbaine beaucoup moins.
Aujourd'hui, tout est changé. Nous nous
trouvons en présence d'une révolution économique.
Nous n'y pouvons rien. La trouverions nous mauvaise qu'elle est là.
D'ailleurs rien n'est mauvais dans le progrès. Le problème
est de savoir en tirer parti. La révolution économique fait
que l'urbanisation se développe, que les populations des villes
grandissent et que les méthodes modernes d'exploitations permettent
des rendements très supérieurs, donc une production fortement
accrue. Il y a par conséquent nécessité pour les
agriculteurs de pouvoir vendre des quantités de produits chaque
jour plus importantes vers la ville ou vers les marchés étrangers
proprement dits.
En même temps, l'évolution des murs,
l'évolution du niveau de vie font que les jeunes agriculteurs d'aujourd'hui,
à plus forte raison ceux de demain, n'envisagent pas de vivre dans
les conditions difficiles qui étaient celles de leurs parents ou
de leurs grands- parents. L'idée de vivre sur soi-même, sur
sa propre exploitation est une idée dépassée. Ils
veulent non seulement utiliser les méthodes modernes d'exploitation,
mais aussi trouver leur subsistance, leurs vêtements, leur confort,
les éléments de leur niveau de vie, dans le commerce, par
l'achat effectué à la ville, des produits de l'industrie
et de la transformation. Le problème de la rentabilité se
pose dès lors directement. Est-ce que la vente des produits de
leur exploitation leur permettra ces achats, leur permettra d'atteindre
ce niveau de vie, et je dirai même plus encore, ce mode de vie que
désormais tout le monde exige et en particulier les jeunes, et
en particulier les jeunes femmes ? Voilà donc pour la France
toute entière et plus encore pour ces provinces, particulièrement
tournées vers l'agriculture, les problèmes qui se posent,
surtout depuis la fin de la dernière guerre et depuis que l'évolution
s'est accélérée.
Que peut-on faire, que doit-on faire, qu'il s'agisse
des agriculteurs eux-mêmes, qu'il s'agisse de l'Etat et de l'aide
qu'il peut leur apporter ? Je pense d'abord qu'il faut accepter et
accepter résolument les données de l'évolution économique.
Il ne servirait à rien de la refuser, de mener une sorte de combat
de retardement qui serait désespéré, et qui se traduirait
finalement par des misères, l'obligation de basculer du côté
du progrès de toute manière, mais d'y basculer dans des
conditions particulièrement difficiles et probablement inhumaines.
Il faut donc accepter l'idée, il faut admettre que nos exploitations
doivent devenir modernes, c'est-à-dire plus vastes, mieux remembrées,
que les méthodes de production, de transformation, doivent être
elles-mêmes complètement rénovées et suivre
les progrès de la technique. Il faut se dire enfin, qu'au delà
même de la production et de la transformation, se pose, pour toute
notre agriculture, un problème capital de rénovation des
structures de la commercialisation.
Si nous acceptons donc cette idée de progrès,
la tâche commune aux agriculteurs, à leurs représentants
et à l'Etat, est évidemment de définir et de mettre
en place les cadres de cette transformation, cadres juridiques, techniques,
et d'organisation. C'est surtout depuis 1960, me semble-t-il, que cette
politique de rénovation des structures à tous les échelons
a commencer à se traduire dans les textes et dans les réalisations
qui sont les cadres de cette rénovation. C'est la loi d'orientation,
c'est la loi complémentaire, et ce sont d'innombrables textes législatifs
ou réglementaires intervenus successivement. Récemment encore,
par ordonnances, nous avons pris d'autres dispositions qui viennent compléter
le cadre juridique et légal. Nous avons aussi institué un
très grand nombre d'organismes qui se modifient d'ailleurs en fonction
de l'évolution, qu'il s'agisse du développement de la coopération,
de l'institution des S.I.C.A., des groupements de producteurs, et, du
côté de l'Etat, de l'institution du F.O.R.M.A., de sociétés
d'intervention sur les marchés comme Inter-Lait et la S.I.B.E.V.,
du B.A.P.S.A., budget des prestations sociales agricoles, du Fonds social
appelé le F.A.S.A.S.A. dont l'objet est de répartir des
subventions, des crédits d'Etat en vue de faciliter l'évolution
et la transformation techniques et économiques, d'en adoucir et
en effacer si possible les conséquences sociales. A l'heure actuelle,
tous ces organismes sont en place, notamment le F.O.R.M.A., notamment
aussi les S.A.F.E.R. qui peuvent jouer un rôle important pour la
restructuration des terres, notamment aussi le Centre national d'aménagement
des structures agricoles qui gère désormais la F.A.S.A.S.A.
et donc l'indemnité viagère de départ. Il y a là
par conséquent du côté de la profession, par les groupements
de producteurs, les S.I.C.A., etc., les éléments de l'organisation
future et il y a du côté de l'administration, les cadres
d'une action conjuguée avec celle de la profession.
Mais, bien sûr, l'important n'est pas simplement
de définir une politique, d'en avoir les objectifs et de mettre
en place une organisation susceptible de réaliser cette politique.
En fin de compte, l'important ce sont les moyens, les moyens en hommes
et moyens financiers.
Les moyens en hommes ce sont, du côté
de la profession, les cadres organisés de cette profession, ayant
reçu une formation technique, que des établissements comme
l'école nationale de l'industrie laitière, toute voisine,
et bien d'autres, sont précisément chargés de préparer,
en leur donnant la formation nécessaire. Du côté de
l'Etat, les moyens en hommes signifient développement et réorganisation
des services de l'agriculture.
Mais il faut aussi les moyens financiers. Ces
moyens, nous savons bien qu'au delà des taxes particulières
que l'on peut mettre sur tel ou tel produit pour aider par exemple à
la vulgarisation, à l'action des Chambres d'Agriculture, etc.,
au delà de ces moyens qui restent limités, l'important c'est
l'intervention de l'Etat.
Celle-ci est à l'heure actuelle, reconnaissons-le,
reconnaissez-le, même si les résultats ne sont pas toujours
à la mesure des désirs, voire des besoins, absolument considérable.
J'ai rappelé il y a peu de jours à l'Assemblée Nationale
que l'Etat consacre à l'agriculture, chaque année, tout
compris, 15 milliards 500 millions, c'est-à-dire 1550 milliards
d'anciens francs.
J'ai rappelé par exemple, qu'en matière
de sécurité sociale, dont le bénéfice a été
étendu aux exploitants agricoles par la Ve République il
y a quelques années, la charge assumée par l'Etat représentait
72% des prestations que les exploitants agricoles perçoivent. Ainsi,
chaque fois qu'un exploitant agricole est remboursé dans les conditions
légales de dépenses médicales, pharmaceutiques ou
autres, près des trois-quarts de ce remboursement proviennent non
pas de ses cotisations mais d'une subvention du budget. Tout cela est
fait pour permettre l'évolution et pour qu'elle ne soit pas ressentie
trop cruellement. Il va de soi que les crédits d'équipement,
de modernisation, sont eux-mêmes extrêmement importants. Même
si par leur masse ils représentent moins que les dépenses
sociales ou le soutien des produits, les crédits d'équipement
sont essentiels puisque ce sont eux qui doivent permettre l'évolution
de l'agriculture. A titre d'exemple, les crédits de remembrement
ont été multipliés depuis 1958 par six et je passe
sur tout ce qui est crédits destinés à l'enseignement,
la vulgarisation, l'habitat rural, les adductions d'eau, crédits
notamment pour les bâtiments d'élevage dont les besoins sont
immenses, de sorte que dès 1967 nous avons déjà de
beaucoup dépassé les crédits prévus par la
loi de décembre 1966 et que pour 1968 nous avons décidé
de prévoir de nouvelles augmentations.
Tout cela est en place, tout cela fonctionne,
mais nous en sommes arrivés à un stade où apparaissent
des différences dans l'évolution de chaque agriculture nationale.
On s'aperçoit qu'il est des régions où le développement,
la transformation ont été infiniment plus rapides, facilités
par la nature du sol. Nous avons par exemple, dans les grandes plaines
du bassin parisien, une agriculture très moderne, tournée
vers les céréales et la betterave, qui dès maintenant
a fait sa mutation et peut se considérer comme rentable ; au surplus,
les prix fixés dans le marché commun, sous la pression souvent
de nos partenaires, de manière très favorable aux cultures
céréalières, ont eux-mêmes aidé cette
agriculture et lui ont donné les possibilités d'expansion
qu'elle a utilisées pleinement. Au contraire, nous constatons que
les régions d'agriculture traditionnelle, tournée davantage
vers la production animale sont en retard dans leur transformation et
en profitent moins rapidement. Il y a à cela beaucoup de raisons.
D'abord, ce sont des régions où les exploitations, très
dispersées, ne peuvent être regroupées que lentement.
En outre, les conditions tenant au travail et au sol sont différentes.
L'élevage exige des agriculteurs une vie plus astreignante, impose
des servitudes plus grandes que les productions céréalières.
Enfin, dans la fixation des prix du marché commun, ces productions
n'ont pas été avantagées par rapport aux autres,
et cela contre le voeu du gouvernement français. Mais nous ne sommes
pas seuls et il faut bien faire leur part aux thèses des autres.
Ainsi les prix fixés sont-ils plus favorables aux céréales
qu'à la viande. Ajoutons-y le fait que pour une au moins des productions,
la production laitière, le marché commun est excédentaire
et les prix internationaux extrêmement bas.
Nous nous trouvons donc devant des difficultés
que vous connaissez et qui se traduisent par la nécessité
pour l'Etat d'intervenir sur les marchés. Interventions d'ailleurs
pour lesquelles, ne l'oublions pas, l'Etat est à l'heure actuelle
freiné, limité et quelquefois ligoté par les règlements
de Bruxelles. Car le marché commun, dont, bien entendu, les grands
avantages futurs apparaissent à tous et qui a été
pour les agriculteurs français une espérance, peut-être
excessive, tout au moins à court terme, le marché commun
a des règles que nous sommes obligés d'accepter. Quand nous
constatons qu'elles ne sont pas adaptées, nous devons discuter
pour aboutir à leur modification, ce qui entraîne des retards.
Néanmoins, nos interventions sont très nombreuses en particulier
pour les produits laitiers, puisqu'en 1967, les interventions du F.O.R.M.A.
en ce domaine pour l'exportation, l'achat et le stockage et par conséquent
pour le soutien des cours vont représenter un peu plus d'un milliard
et demi de francs nouveaux, c'est-à-dire plus de 150 milliards
d'anciens francs. Quand on réfléchit à ce problème
et à celui de la viande, on s'aperçoit qu'il y a des modifications
à apporter au marché commun et peut-être à
notre politique d'aide à l'agriculture, aide conçue, je
le répète, en vue de hâter, de faciliter sa transformation.
Tout d'abord, nous estimons qu'on doit encourager
la production de la viande. Ceci a l'inconvénient d'entraîner
un développement des productions laitières dont nous voyons
l'excédent et le coût qu'elles représentent pour le
budget de l'Etat et demain pour le budget du marché commun. Même
si la production de fromage coûte moins cher au budget que celle
du beurre, il n'en reste pas moins que globalement la production laitière
fait un tout et un tout chaque jour plus pesant pour l'économie
et le budget.
Par contre, la viande bovine, à l'intérieur
du marché commun, n'est pas produite en quantité suffisante.
Pris ensemble, les six pays de la Communauté sont déficitaires.
On peut penser qu'un développement de cette production de viande
devrait être possible et trouver son écoulement naturel à
l'intérieur du marché commun, à des prix réévalués
par rapport aux prix des céréales. Il se trouve bien sûr,
que cette idée que le gouvernement a bien des fois proclamée
et encouragée, en demandant aux agriculteurs de se tourner vers
la production de la viande, se heurte, à l'heure actuelle, à
un certain nombre de difficultés. Je ne parle même pas de
la conjoncture ou de ce qu'a pu faire la sécheresse. Je parle d'obstacles
moins occasionnels qui tiennent au fait par exemple, que le marché
commun ne fait que commencer à fonctionner. Pour nos partenaires
et en particulier pour les Italiens, acheter la viande à l'intérieur
du marché commun, c'est la payer plus cher qu'ils ne la payaient
auparavant. Par conséquent, certains de nos partenaires cherchent
à retarder le moment où ils seront obligés de s'adresser
à la Communauté et notamment à la France et trouvent
moyen, en invoquant tel ou tel règlement sanitaire, en obtenant
des dérogations à Bruxelles, de continuer des importations
venues de l'extérieur à des prix plus bas. Nous sommes là
en présence des tâtonnements du marché commun. Progressivement,
les mécanismes de Bruxelles se mettent en place et je n'ai pas
besoin de vous dire que nous faisons tout, pour faire prévaloir
cette exigence fondamentale qui doit être la règle de la
Communauté économique agricole, à savoir la priorité
absolue donnée à l'agriculture des Six pour l'approvisionnement
des Six, ce qui est, pour nous, Français notre objectif et votre
intérêt essentiels. C'est ainsi que récemment, nous
avons fait décider par Bruxelles, à compter du 1er octobre,
l'arrêt des dérogations qui avaient été consenties
à l'Italie, pour son approvisionnement en veaux. Nous pouvons penser
que d'ici quelques semaines l'arrêt de ces dérogations se
traduira par un appel des Italiens sur nos marchés.
Mais il ne suffit pas de tout attendre du marché
commun, il faut d'abord se préparer pour en profiter pleinement
et pour cela il faut pousser notre effort dans deux sens. L'un qui dépend
de la profession, même s'il doit être aidé par l'Etat,
et qui est son organisation en vue d'un marché international et
non plus simplement local, ni même national, et l'autre, que j'appellerai
: la régionalisation de l'aide et de l'action de l'Etat.
Régionalisation de l'aide et de l'action
de l'Etat, c'est une idée qui, depuis plusieurs années déjà
couvait, était exprimée, ici ou là, c'est une idée
qui, ces derniers temps, a pris toute sa valeur, précisément
à cause de la différence dans le degré d'évolution
et de prospérité entre les agriculteurs des différentes
régions.
Dans ce domaine, quelques décisions ont
été récemment prises qui sont la démonstration
de l'efficacité à laquelle on peut parvenir lorsqu'il y
a coopération entre la profession et l'Etat. C'est à la
fin du mois de juillet que le Président de la Fédération
Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles m'a écrit pour
souligner l'importance que son organisation attachait à la régionalisation
et pour suggérer un certain nombre de mesures. Ces mesures, nous
y avions déjà réfléchi. Dès le mois
de septembre, nous avons pu décider, à l'occasion des ordonnances
et de décrets les complétant, la création de zones
de rénovation rurale. Ces textes reprennent l'essentiel des mesures
qui étaient souhaitées par la Fédération Nationale
des Syndicats d'Exploitants Agricoles. Ainsi, en moins de deux mois, en
présence d'une volonté de réforme manifestée
clairement par la profession organisée et grâce à
l'action de l'Etat, on a pu aboutir à une réalisation. Cette
réalisation est pour l'instant dans les textes, je vais parler
des moyens tout à l'heure, mais la publication des textes est déjà
très importante; elle supposait des moyens d'action, de la part
de l'Etat, très énergiques, la possibilité de procéder
par ordonnance, elle supposait aussi un choix entre des zones, entre des
régions et ce n'est pas facile, croyez-le bien ; cela nous contraignait
à éliminer tel ou tel département où les conditions
n'étaient pas tellement différentes et qui aurait pu espérer
être lui aussi classé. Bien sûr, le classement actuel
n'est pas définitif mais il n'en reste pas moins que si l'on veut
agir, agir vite, et avec efficacité, il faut que les moyens soient
concentrés sur un nombre réduit de départements.
Faute de quoi, il n'y aurait de nouveau qu'un saupoudrage de petites interventions,
fort peu efficaces. Nous avons donc choisi et créé ces zones.
Nous allons nommer dans les jours qui viennent, à la tête
de chacune d'elles, une personnalité qui concentrera tous les efforts
et tous les moyens entre ses mains, en liaison avec le Préfet régional
et sous son autorité, mais avec la possibilité de réunir
en ses mains, tous les moyens quel que soit le ministère et le
budget dont proviennent ces moyens.
Il faut, d'autre part, des moyens financiers.
Sur ce point des doutes sont parfois émis. Je sais que tout le
monde est impatient et qu'à peine les textes sortis au Journal
Officiel, tout le monde s'attend à ce que les crédits arrivent
à destination. Je vous demande de comprendre et d'admettre qu'entre
le moment où l'on parle d'un texte, le moment où on le publie,
le moment où sortent les décrets d'application, le moment
où l'action de l'administration et du gouvernement s'exerce pour
dégager les crédits et pour les affecter, il se passe nécessairement
un certain nombre de semaines et quelquefois de mois. Mais d'ores et déjà,
les mesures ont été prises pour que ces nouvelles décisions
se traduisent effectivement par des moyens nouveaux mis à la disposition
de ces régions. Nous avons demandé aux différents
ministères sur leurs crédits d'équipement de prévoir
des affectations particulières qui sont distraite de la distribution
nationale et qui sont accordées à ces zones. De même,
il est prévu au budget du Ministère de l'Economie et des
Finances sur ce que l'on appelle les charges communes, un crédit
spécial, ce que j'ai annoncé à M. de Caffarelli lorsque
j'ai reçu le bureau de la Fédération Nationale des
Syndicats d'Exploitants Agricoles. J'ai aussi l'intention, sur le Fonds
d'Intervention pour l'Aménagement du Territoire, le F.I.A.T., d'affecter
une part importante de crédits à des actions en faveur de
l'agriculture dans les zones de rénovation. Nous allons donc avoir
dès maintenant, dès les mois qui viennent, des crédits
pour agir et nous allons commencer cette action. Dans quelques semaines,
le Comité d'Aménagement du Territoire prendra des décisions
sur un certain nombre de mesures précises.
Il n'y a pas d'ailleurs que cette forme d'action
pour les zones de rénovation ; la régionalisation peut
se faire également par l'intervention du F.O.R.M.A. Le F.O.R.M.A.
peut agir en matière d'orientation agricole, il a des crédits
à cet effet et peut les attribuer particulièrement à
certaines zones. Il peut aussi régionaliser ses interventions et
notamment les interventions de la S.I.B.E.V. en ouvrant des centres d'intervention
dans des régions insuffisamment pourvues.
Donc régionalisation par l'action du F.O.R.M.A.,
régionalisation aussi dans l'attribution de l'indemnité
viagère de départ. Nous avons décidé, vous
le savez, que l'indemnité viagère de départ pourrait
être distribuée dès l'âge de 60 ans dans les
zones de rénovation et d'action rurale. On a fait observer, je
l'ai lu dans les déclarations de responsables agricoles, que, pour
être efficace, une telle mesure supposait une augmentation du taux
de l'indemnité, du fait qu'entre 60 et 65 ans ne s'y ajoute pas
la retraite. Nous avons décidé qu'effectivement cette indemnité
viagère de départ serait dans les zones de rénovation
augmentée dans son taux. Les crédits sont prévus
à cet effet.
Nous entamons donc une action régionalisée
pour hâter la restructuration des exploitations et la mise à
la disposition des jeunes d'exploitations plus nombreuses et mieux constituées.
Nous encourageons cette évolution par l'intervention du F.O.R.M.A.,
en facilitant le départ, dans de meilleures conditions, pour les
vieux agriculteurs, en améliorant enfin l'ensemble de l'équipement
qui donnera aux jeunes des exploitations mieux desservies à tous
égards.
Cette uvre de l'Etat ne peut être
pleinement efficace que si elle est menée en coopération
avec les organisations agricoles. Le Ministère de l'Agriculture
ne dispose pas d'un nombre de fonctionnaires tel que toute cette action
puisse se faire autrement qu'en liaison étroite avec la profession.
C'est ce qui se passe dès maintenant à l'intérieur
de l'administration du F.O.R.M.A., c'est ce qui doit se passer dans cette
mise en place de nouveaux moyens, dans cette action globale et régionalisée.
Cette action de l'Etat pour être menée en coopération
avec la profession requiert une organisation plus solide, de la profession
elle-même -je ne veux pas dire ici sur le plan syndical, je veux
dire sur le plan de la production, de la transformation et de la commercialisation-.
Nos agriculteurs vont avoir à leur disposition un marché
national et même international qui demande une production différente
de celle d'autrefois. Il ne s'agit plus pour chaque consommateur d'aller
choisir dans la ferme qu'il connaît , chez le fermier qu'il connaît,
le fromage préparé comme il l'aime " lui ". Il
s'agit de vendre des productions de masse. Le commerce et la clientèle
des villes, la clientèle internationale surtout, demandent une
production de qualité régulière, de présentation
identique et exigent donc un véritable bouleversement dans la production,
dans la transformation et dans le conditionnement. D'autre part, il est
bien évident que si l'agriculteur se borne à produire et
ne s'occupe pas des étapes suivantes, il se trouvera livré
purement et simplement sur les marchés au gré des intermédiaires,
des industriels et des commerçants. Les prix seront alors non pas
fixés dans l'intérêt du producteur et sous la pression
des producteurs eux-mêmes, mais déterminés en fonction
du seul intérêt des intermédiaires entre producteur
et consommateur. Il faut donc que la profession s'organise pour intervenir
au stade de la transformation -et c'est en grande partie fait, ne serait-ce
que par les coopératives- et au stade de la commercialisation.
Si le commerce n'a pas le monopole de la mise sur le marché, si
les producteurs interviennent au moins partiellement ou associés
à ces commerçants, ils pourraient obtenir que les marges
des commerçants soient raisonnables et qu'une part accrue du profit
revienne aux producteurs eux-mêmes.
Pour aboutir à ces résultats sur
lesquels, je pense chacun, dans le monde agricole, est évidemment
d'accord, l'Etat peut aider, inciter, encourager, donner des crédits,
mais c'est avant tout de la volonté des agriculteurs et de leur
capacité de s'organiser, à se grouper que tout dépend.
Je prends, puisque je suis ici à Aurillac, l'exemple de la production
fromagère dans le Cantal : nous avons encore 160 ateliers de fabrication
de fromage dans le Cantal, il est évident que c'est beaucoup trop
; un effort est fait pour commencer à s'organiser, à se
grouper, mais nous n'en sommes qu'au début et il faut accélérer
la création de coopératives ou de centres industrialisés
pour tirer réellement profit de la production de fromage.
Il faut surtout étendre cet effort à
la viande. Des tentatives ont été faites jusqu'ici mais
ont été peu suivies d'effets, quelquefois malheureuses.
Il est prévu des crédits pour aider les S.I.C.A. à
se restructurer, à se forger une politique et des cadres et à
mener leurs interventions mieux que par le passé. Là encore,
ce n'est que dans la mesure où nos agriculteurs ne seront pas dépendants
du commerce, des marchands de bestiaux sur les foires, dans la mesure
où il y aura une organisation du marché avec une intervention
des producteurs organisés et groupés et la possibilité
donc pour l'Etat, notamment pour la S.I.B.E.V. d'intervenir rationnellement,
ce n'est que dans cette mesure que nous pourrons, que vous pourrez espérer
réserver aux producteurs une meilleure part des profits. Or la
production de viande devrait être très rentable, même
si elle connaît des difficultés à l'heure actuelle,
ce qui ne donne pas satisfaction, je sais bien.
Nous sommes tellement convaincu que c'est dans
cette rénovation de la structure des exploitations et des techniques
de la production, dans cette organisation par le groupement, par la coopérative,
sous toutes ses formes, par l'entente et l'intervention des producteurs
aux stades qui suivent la production et la séparent de la consommation,
nous sommes tellement convaincu que là est l'avenir, que nous avons
ces jours derniers pris, en accord avec le Ministre de l'Economie et des
Finances et le Ministre de l'Agriculture, des dispositions nouvelles que
nous allons déposer au Parlement, à l'occasion du vote du
budget, la semaine prochaine. Nous avons pris au sujet de l'institution,
au premier janvier prochain de la T.V.A., une orientation nouvelle. Nous
ferons en sorte que le maniement de l'impôt -et surtout des mécanismes
de remplacement pour ceux qui n'opteront pas pour la T.V.A.- incite et
favorise les regroupements et les transformations. Vous savez déjà,
depuis la présentation du budget, que ceux qui n'opteront pas pour
la T.V.A. recevront de l'Etat, en compensation, un versement représentant
2% de leur chiffre d'affaires.
Eh bien, nous allons proposer au Parlement que
ce versement soit porté pour l'élevage de 2 à 3 %
dès lors que la commercialisation du bétail répondra
à certaines règles, permettant l'organisation et le contrôle,
c'est-à-dire essentiellement quand il y aura immatriculation des
bêtes. Nous avons prévu que ce versement pourrait être
fait même à ceux qui vendent à d'autres agriculteurs,
c'est à dire aux naisseurs qui vendent à des engraisseurs.
Mais il va de soi, je le souligne, que cela suppose une organisation de
la part des naisseurs et l'établissement avec les engraisseurs
de contrats de moyenne ou de longue durée qui permettent aux naisseurs
de ne pas être à la merci des engraisseurs et assurent à
l'administration un contrôle sur l'immatriculation du bétail.
Nous avons prévu enfin que ce pourcentage
de 3% serait dépassé et porté à 4% pour la
production avicole et porcine, production avicole si importante en Bretagne
par exemple, production porcine importante dans les régions du
centre, en Bretagne et dans certaines autres régions.
Ainsi donc, Mesdames et Messieurs, je voudrais
devant un public particulièrement qualifié pour entendre
parler d'agriculture, que vous preniez conscience de l'importance de l'effort
qui est fait et qui doit être fait ; importance de l'effort demandé
à la profession, dans son organisation ou sa réorganisation,
dans ses rapports avec l'administration, et sa bonne coopération
avec elle, importance de l'effort d'imagination et de l'effort matériel
et financier que l'Etat fait et est prêt à faire. Mais cet
effort doit aboutir et non pas simplement nous permettre de durer quelques
temps encore. Il doit nous permettre de nous rénover, de nous transformer,
et de devenir réellement l'agriculture répondant aux besoins
de la France et de l'Europe de demain et assurant en même temps
à nos agriculteurs un niveau de vie convenable. Il y faut, croyez-moi,
une action conjuguée et une action de longue durée. Je ne
suis pas sûr que notre action, que l'action de l'Etat soit toujours
appréciée avec beaucoup de justice, je ne suis pas sûr
que partout on se rende compte non seulement des efforts financiers qui
sont faits, mais de l'effort administratif, de conception, de mise en
place, qui est accompli, que l'on se rende compte du temps que les membres
du gouvernement, - pas seulement, croyez-le, le Ministre de l'Agriculture-
sont amenés à consacrer aux problèmes agricoles pour
chercher des solutions à ces problèmes. De toute manière,
compris ou incompris, nous continuerons, et je continuerai. Mais, je demande
qu'on veuille bien, au lieu de critiquer, nous aider.
Si l'on veut comprendre que les producteurs ont
un rôle essentiel dans cette action et que, s'ils n'y participent
pas de tout leur cur et de toute leur capacité, cette action
perd les trois-quarts de son efficacité, si donc notre action n'est
pas épauler par la profession, n'est pas appuyée par elle,
n'est pas menée en liaison avec elle, eh bien, je le répète,
nous la continuerons, mais les résultats, pour les agriculteurs
eux-mêmes, en seront moindres et en seront retardés. Quant
à moi, je crois comprendre et connaître les problèmes
de l'agriculture, je crois avoir fait et continué de faire ce que
je peux pour l'aider dans sa transformation et dans son accession à
une prospérité économique et à une vie moderne.
Cette action sera poursuivie, mais puissions-nous d'une façon visible
recevoir ici et ailleurs l'appui de tous les agriculteurs pour nous aider
dans une entreprise difficile et de longue haleine, qui est de leur intérêt
et de l'intérêt national le plus urgent et le plus immédiat.
Si nous voulons bien tous nous y mettre et retrousser nos manches comme
on disait, vous vous rappelez, au lendemain de la Libération, si
nous voulons bien nous y mettre, dans un Etat solide, stable et mené
avec autorité, soyez certains que nous aboutirons. Nous en aurons
les moyens, puisqu'il y a un Etat, dès lors qu'il y aura une profession
organisée et une volonté commune, mais il faut que les trois
soient réunis, si l'on veut réussir. Pour moi, j'ai confiance,
et j'ai confiance particulièrement en vous.
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