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Mesdames et messieurs, c'est pour moi, de me trouver
au milieu de tous les parlementaires, conseillers généraux,
et maires du Cantal, à la fois une émotion, un devoir et,
permettez-moi de le dire, un honneur.
En venant ici, je viens bien sûr rendre
visite à mon département natal et je viens aussi remercier
la circonscription qui, par deux fois, m'a porté à l'Assemblée
nationale, et le département tout entier qui m'a manifesté,
au moment de l'élection présidentielle, une confiance que
je pourrais dire presque unanime. En même temps, c'est une façon
de rendre visite à une de nos provinces qui sont parmi les plus
différentes de ce que l'on peut connaître à Paris,
et que le Pouvoir central risquerait d'oublier et de méconnaître
s'il se laissait intoxiquer par l'atmosphère de la capitale et
par ce qui est fatalement la technocratie des administrations centrales.
Nos provinces, et en particulier celles que la
nature a tenues à l'écart des développements de la
grande industrie, peuvent et doivent attendre certaines choses de l'Etat.
D'abord, qu'il leur fasse confiance et qu'il leur donne une plus grande
liberté dans la gestion de leur propre développement. Ensuite,
qu'il fasse l'effort de parer aux inconvénients les plus graves
résultant d'un certain nombre de données de la nature et
enfin, en sens inverse, qu'il tâche de favoriser le développement
des ressources qui sont le plus souvent la contrepartie de ces inconvénients.
Sur le premier point, il s'agit de favoriser la
déconcentration et la décentralisation.
Déconcentration, c'est-à-dire remettre
aux administrations locales, départementales, aux préfets
et directeurs départementaux ou régionaux, des pouvoirs
de décision qui, à l'heure actuelle, appartiennent aux administrations
centrales.
Des mesures sont mises en uvre à
l'heure actuelle vous le savez, certaines ont déjà été
prises, d'autres attendent parce qu'un certain nombre de ministères
sont particulièrement réfractaires à la déconcentration
mais, avec un peu de volonté et un peu d'obstination, nous y arrivons.
Décentralisation, c'est autre chose, cela
veut dire que surtout à partir du moment où l'Administration
et, notamment, l'administration préfectorale et l'administration
préfectorale régionale détiennent davantage de pouvoir,
il est normal et il est naturel et il est même nécessaire
qu'elle trouve en face d'elle une représentation des citoyens.
J'ai annoncé à Lyon une réforme
régionale. Cette réforme est à l'étude, et
elle sera entreprise à l'automne. Il s'agira, encore que je ne
puisse naturellement pas donner les détails d'un projet de loi
que le gouvernement n'a pas encore étudié, ni adopté,
mais dans les grandes lignes, il s'agira de placer, à côté
du préfet de région, et à la place des commissions
de développement régional actuelles, d'une part, un conseil
consultatif qui gardera beaucoup des caractéristiques de ces C.O.D.E.R.,
et qui représentera les diverses activités économiques
et sociales, et d'autre part, une assemblée représentative,
représentative des élus des différents départements
et qui, elle, aura pouvoir délibératif pour discuter en
particulier des équipements qui intéressent la région.
Ainsi les élus locaux seront-ils en mesure d'agir et d'influer
directement sur les équipements spécifiquement régionaux.
Pour qu'une telle réforme puisse réussir,
elle suppose, d'une part, que les départements et les assemblées
départementales soient représentés, et qu'ils soient
eux-mêmes très représentatifs. C'est pourquoi nous
serons amenés, sans diminuer la représentation des cantons
ruraux, à donner une représentation un peu plus importante
aux villes et, d'autre part, cela suppose aussi qu'à l'intérieur
des départements nos communes savent s'unir, se grouper pour pouvoir
travailler efficacement et à moindre frais à la réalisation
d'équipements qui leur sont nécessaires et qui sont valables
pour non pas une commune, mais plusieurs.
Nous avons sur ce point adopté un projet
de loi que vous connaissez et qui est extrêmement libéral,
qui entend ne forcer personne mais qui incite les communes à se
grouper sous différentes formes et suivant différentes modalités
en laissant de toute manière à toutes nos communes leur
identité propre sur le plan moral pour ainsi dire, par la valeur
que représente la mairie et que représentent le pouvoir
et l'autorité du maire, sur le plan des rapports avec les citoyens,
mais qui doit permettre, sur le plan des équipements particulièrement
et des équipements collectifs, d'unir les efforts, d'unir les moyens
et de coordonner les besoins.
Nous sommes dans un département où
le regroupement communal est à la fois plus nécessaire et
plus difficile qu'ailleurs. Je sais ce que sont ces grandes communes de
montagne, avec de très vastes étendues, je sais ce que sont
les différents intérêts et je vous dis en connaissant
ce département, croyez-le bien, et les problèmes de chaque
commune, que l'intérêt des maires, l'intérêt
des communes, est de s'unir et de se grouper de façon diversifiée,
de façon souple, mais aussi de façon utile et efficace.
Je disais, ensuite, qu'il convenait que l'Etat
se préoccupe de pallier les inconvénients qui pèsent
sur des régions comme celle-ci. Qu'est-ce que cela veut dire ?
Cela veut dire avant tout pour le Cantal le " désenclavement
", pour employer un terme à la mode.
Parer aux inconvénients que représentent
pour notre département d'être enfermé dans ses montagnes,
lui donner des relations faciles avec l'extérieur, cela comporte
aussi bien les télécommunications et le téléphone
que les communications proprement dites. Il n'y a pas que les routes,
il y a les voies ferrées, il y a l'avion et je vois avec satisfaction
commencer réellement le développement de l'aérodrome
d'Aurillac ; il y a enfin, bien sûr, les routes. Sur les routes,
on a un peu raconté n'importe quoi, ailleurs et ici ; des autoroutes
européennes sillonnant le Centre en passant là ou en ne
passant pas là. Ne rêvons pas. Ne rêvons pas et préoccupons-nous
d'essayer de demander la mise sur pied d'un programme routier de l'Auvergne,
programme routier global, et qui comporte les réalisations possibles
et nécessaires afin de faciliter nos communications, et je pense
d'abord, et avant tout, à la route nationale 9, qui est l'ouverture
vers le Nord et vers le Midi, mais aussi à d'autres, et en particulier
à cette route de Massiac à Aurillac qui a fait couler tant
d'encre.
Parer aux inconvénients, favoriser aussi
le développement, c'est-à-dire l'utilisation pleine des
ressources d'une région et d'un département. S'agissant
du Cantal, c'est d'abord le tourisme, vacances d'hiver, vacances d'été.
Un effort sérieux a été accompli en ce qui concerne
les sports d'hiver, et nous avons vu se développer les stations
du Lioran en même temps que les pentes du Puy-Mary et du Sancy qui
sont désormais très fréquentées. Ce développement,
je pense, s'accentuera et la façon dont le ministre de l'Education
nationale a fixé, avec l'accord du gouvernement et le mien, les
vacances du Mardi-Gras pour l'année prochaine favorisera le tourisme
l'hiver et par conséquent les sports d'hiver.
Tourisme d'été aussi, car si la
mer et le Midi ont un prestige peut-être inégalé,
il n'en est pas moins vrai que la campagne et la montagne représentent
encore pour beaucoup de gens un attrait considérable et surtout
pour les enfants, et peut-être pour les vieillards quelque chose
de plus sain et de plus revigorant. Pour développer le tourisme,
il faut développer l'hôtellerie et, sur ce point, je sais
qu'il y a des mesures que l'on demande. En particulier on souhaite que
les prêts puissent être accordés plus libéralement,
pour des hôtels de moindre capacité que la règle actuelle,
en ce sens que l'on considère à juste titre que dans des
régions comme celles-ci, l'hôtel idéal c'est l'hôtel
qui est géré d'une façon familiale et qui peut donc
difficilement dépasser une vingtaine de chambres.
Je suis disposé à appuyer cet effort,
mais peut-être faudrait-il aussi que nos compatriotes qui démontrent,
à Paris notamment, leurs capacités hôtelières,
veuillent bien les démontrer un peu dans leur propre département.
Quel que soit l'intérêt du tourisme,
la ressource essentielle de l'Auvergne et du Cantal restera l'agriculture.
Et je voudrais m'y étendre car c'est un problème à
la fois régional, certes, mais aussi national.
L'industrialisation, vous le savez, a été
marquée comme l'objectif premier du VIe
Plan, et elle sera sans doute encore l'objectif premier du VIIe
Plan. Notre rang international, notre poids en Europe exigent que nous
comblions notre retard dans ce domaine, mais il n'y a pas d'opposition,
il y a complémentarité entre l'industrie et l'agriculture
considérées à l'échelon national. Le monde
agricole a besoin d'une industrie en expansion, d'une industrie plus puissante.
Il en a besoin d'abord pour lui fournir les produits d'équipement
et de consommation qui lui sont nécessaires. Il en a besoin parce
que, de toute manière, le nombre des exploitations agricoles ne
pouvant pas augmenter et tendant même à diminuer, dans certaines
régions surtout, il faut bien que l'industrie apporte un surcroît
de main-d'uvre à la jeunesse qui ne trouverait pas dans l'agriculture
des emplois en nombre suffisant.
Le monde agricole a aussi besoin pour achever
sa reconversion, pour alléger ses difficultés, d'un effort
de solidarité de la collectivité nationale. A l'heure actuelle,
le seul budget de l'Etat comporte 18 milliards de francs, soit 1800 milliards
d'anciens francs de transferts au bénéfice de l'agriculture.
C'est évidemment l'activité industrielle qui fournit les
ressources nécessaires.
Mais la société industrielle n'a
pas moins besoin de l'agriculture. D'abord, l'agriculture nourrit les
Français, et son développement, dans ces dernières
années, nous a donné l'indépendance sur le plan alimentaire.
Alors qu'en 1962, au moment même où je devenais Premier ministre,
nous ne couvrions nos besoins alimentaires qu'en important beaucoup plus
que nous n'exportions ; nos ventes à l'extérieur ne représentaient
que 62% de nos achats ; à l'heure actuelle, nous avons équilibré
nos échanges et ces échanges représentent dans le
commerce extérieur une place très importante. Aujourd'hui,
les exportations agricoles et alimentaires et les importations dans ce
même domaine représentent 16 milliards de francs dans un
sens et 16 milliards de francs dans l'autre. C'est dire l'importance que
représente désormais l'agriculture dans notre commerce extérieur.
J'ajoute que le Marché Commun nous a apporté sur ce point
des avantages considérables, nous avons, depuis la mise en train
du Marché Commun agricole développé nos exportations
vers les pays du Marché Commun au point d'atteindre maintenant
un excédent commercial de 4 milliards et demi de francs, 450 milliards
d'anciens francs pour ces seuls produits. Et aujourd'hui, l'Angleterre
va venir rejoindre la Communauté économique, l'Angleterre,
sur laquelle on pourrait disserter longtemps mais qui globalement est
le premier pays du monde pour l'importation de produits alimentaires.
C'est pourquoi notre agriculture n'a aucune raison de craindre la régression,
et elle doit au contraire se donner comme objectif : l'expansion. Et les
déclarations de quelques techniciens de l'abstraction sont tout
à fait contraires à l'évolution réelle.
Songeons que dans un monde où la population
croît à un rythme très rapide, un monde qui, il y
a peu de temps encore, comportait 500 millions d'habitants et qui en comporte
aujourd'hui 3 milliards, le risque alimentaire n'est pas dans la surabondance,
il est dans la pénurie.
Cette surabondance apparente est en réalité
le fait d'une mauvaise organisation des marchés et d'une inégalité
excessive, entre les nations. Par conséquent, nous pouvons et nous
devons nous donner comme objectif de développer nos productions
agricoles. Mais en attendant que les marchés internationaux soient
mieux organisés, en attendant que le déséquilibre
entre les pays qui meurent de faim et les pays développés
se soit atténué, il faut bien non seulement produire, mais
vendre. Il faut que cette production trouve des acheteurs, et il faut
qu'elle assure un niveau de vie convenable aux producteurs.
Nous ne pouvons résoudre ce problème
que par une politique de la qualité. Et de ce seul point de vue
là, je me félicite, après avoir pendant plusieurs
années demandé aux producteurs du Cantal de se grouper,
de s'unir pour arriver à donner à la production du fromage
une qualité égale, je me félicite de la création
du Groupement laitier cantalien.
Lors même de ces négociations avec
la Grande-Bretagne, et alors que l'idée qui avait été
jetée, dans les débuts, par la Commission semblait quelque
peu abandonnée, j'ai pensé un peu au Cantal en demandant
au Premier ministre britannique si le fromage de la Nouvelle-Zélande
avait aussi autant d'importance que le beurre, et en fait, il suffit de
penser à cet exemple pour voir nos possibilités. La Grande-Bretagne
importe à l'heure actuelle 75000 tonnes de fromage de Nouvelle-Zélande,
or, les règlements qui viennent d'être adoptés ou
plutôt les accords qui viennent d'être passés font
que pratiquement, au cours de la période transitoire, ces importations
diminueront et tendront à disparaître. Il y a là,
pour nos producteurs de fromage, une nouvelle possibilité, il faudra
la saisir.
Politique de la qualité, politique de la
productivité et, de ce point de vue, est-ce que cela veut dire
qu'il faille aller vers la concentration par principe, et vers l'organisation
de vastes fermes suivant les méthodes américaines ? Vous
le savez, je l'ai dit bien des fois, je ne le crois absolument pas.
Assurément il faut que les exploitations
atteignent une taille moyenne, une taille raisonnable, il me semble d'ailleurs
que dans le Cantal, presque partout, c'est déjà réalisé.
Mais je ne suis pas partisan de suivre l'exemple des continents nouveaux,
ni même de ce que l'on voit dans les pays de l'Est. Et à
ceux qui pourraient se laisser tenter, par certaines propagandes, je conseillerais
la lecture d'un article que j'ai lu récemment dans un journal d'extrême
gauche, et qui faisait une description dithyrambique de l'agriculture
dans un pays de l'Est européen. On nous y expliquait que l'on avait
commencé en 1952 à ramener les exploitations à des
superficies de l'ordre de 50 à 60 hectares. Puis que, en 1959,
un nouvel effort avait porté le minimum de surface des exploitations
de 3500 à 4000 hectares, et qu'enfin on était arrivé
à l'idéal en 1970 avec des exploitations de 20000 à
30000 hectares. On ajoutait d'ailleurs qu'évidemment ceci avait
comporté des regroupements de population. Ce qui veut dire que
les paysans avaient été purement et simplement déportés
vers des concentrations urbaines. Eh bien, nous n'en voulons pas et nous
voulons sauvegarder, dans nos régions surtout, l'exploitation familiale.
Nous voulons la sauvegarder pour des raisons sociales évidentes,
pour des raisons politiques évidentes, mais aussi plus générales
et je dirais dans le cadre d'une politique de l'environnement et du paysage
français.
La France ne doit à aucun prix devenir
une poussière d'agglomérations urbaines dispersées
dans un désert même verdoyant et même entretenu. Sauver
la nature qui sera demain le premier besoin de l'homme, c'est sauver la
nature habitée et cultivée. Une nature abandonnée
par le paysan, même si elle est entretenue, devient une nature artificielle
et je dirais une nature funèbre. Toute autre formule, d'ailleurs,
serait non seulement déplorable, mais serait ruineuse. Et même
sur le plan économique, il est à mon sens plus rentable
d'avoir des terres habitées et cultivées par des hommes,
même si on est obligé d'aider ces hommes, que d'avoir de
vastes réserves nationales, entretenues, conservées et protégées
fatalement par une masse de fonctionnaires.
Tout cela suppose une politique agricole. Cette
politique a été définie à l'origine par la
loi d'orientation de 1960, la loi complémentaire de 1962, j'ai
eu moi-même l'occasion d'en préciser certains aspects à
Aurillac, et peut-être certains de vous s'en souviennent, c'est
elle que nous poursuivons. Cette politique comporte, ne le dissimulons
pas, d'abord de ne pas contrarier, et même de favoriser le développement
de la grande agriculture de plaine, elle comporte ensuite la nécessité
de faciliter le départ des agriculteurs âgés, de façon
à permettre un certain regroupement nécessaire des exploitations
dans les régions de montagne, comme dans les régions de
bocage. Cela a été la création de l'indemnité
viagère de départ, et même de la pré-indemnité
de départ dans les zones de rénovation rurale. Cette politique
comporte une aide et une aide importante à l'heure actuelle, sous
forme de transferts sociaux. N'oublions pas, et n'oubliez pas, messieurs
les représentants des agriculteurs, messieurs les maires des communes
rurales, que si vous entendez autour de vous que l'on se plaigne des cotisations
sociales, il n'en est pas moins vrai qu'à l'heure actuelle, la
collectivité paie finalement les deux tiers du régime social
agricole. En contrepartie, le maintien de cette aide doit comporter, pour
les plus favoriser de cette grande agriculture de plaine dont je parlais,
le retour au droit commun en matière fiscale, aussi bien qu'en
matière de régime social. Cette politique comporte aussi,
obligatoirement, un effort en faveur de l'habitat rural. Dans la mesure
où nous le savons pour les jeunes et en particulier pour les jeunes
femmes, ce qui les fait hésiter le plus à aller s'installer
à la ferme, à rester à la ferme, ce sont les conditions
de vie et les conditions de confort. Certes, on ne peut pas tout faire
à la fois et d'un seul coup, mais il faut bien admettre que, désormais,
les jeunes ruraux et les jeunes paysans n'accepteront pas de ne pas avoir
à la ferme le minimum de confort que l'on trouve à la ville.
Un certain nombre de changements se sont produits
qui ont déjà transformé l'existence du paysan, mais
beaucoup encore doit être fait en ce sens, qu'il s'agisse d'adduction
d'eau et même d'électrification. Cette politique comporte
encore un aspect régional et une aide spéciale pour un certain
nombre de régions, parmi lesquelles l'Auvergne, que l'on appelle
les zones de rénovation rurale. Cette création des zones
de rénovation rurale avait donné beaucoup d'espoir, certains
l'ont discutée depuis ; ils ne se rendent pas compte que, dans
un département comme le Cantal, elle a permis, pour beaucoup d'équipements,
le doublement des crédits. Et j'ajoute que, pour éviter
précisément toute incertitude, et toute suspicion, nous
ferons le nécessaire pour créer un fonds spécial
de rénovation rurale de telle manière que les crédits
de la rénovation rurale soient globaux et séparés
des crédits de chaque ministère et que l'on ne puisse pas,
par conséquent, prétendre qu'en réalité ce
sont les crédits normaux que l'on baptise crédits supplémentaires
par ce vocable de rénovation rurale.
En même temps vous le savez, et ceci concerne
surtout nos montagnes, le gouvernement a récemment adopté
un projet de loi sur la mise en valeur pastorale dans les régions
d'économie montagnarde, projet de loi qui n'a pas encore été
soumis au Parlement, mais dont nous pensons que, pour les hommes de la
montagne, il devrait permettre un regroupement du travail, une facilité
de vie supplémentaire et par suite le maintien de la vie et des
pâturages dans des régions que l'on aurait autrement toutes
les raisons d'abandonner.
Cette politique agricole comporte aussi, je ne
le discute pas, un autre aspect qui est la politique des prix. Il faut
sans aucun doute une certaine politique des prix agricoles, on ne peut
pas spéculer perpétuellement sur l'augmentation de la productivité
ou sur la concentration des exploitations. On pouvait choisir d'autres
voies au moment où l'on a choisi le système du Marché
Commun agricole. Mais il est normal et naturel que l'on ait une politique
des prix qui permette par elle-même la rentabilité des exploitations.
Et ce qui est important, c'est que cette politique des prix ne soit pas
aveugle, que l'on distingue entre les productions, et qu'en particulier,
dans cette hiérarchie des prix, on donne une priorité aux
productions animales. C'est l'effort, vous le savez, que la France mène
à Bruxelles constamment. Le ministre de l'Agriculture, qui est
ici, a récemment encore pu obtenir quelques résultats en
ce domaine. Nous ne cesserons pas, en tout cas, de poursuivre cette action,
et d'autant plus que la communauté européenne -et ce sera
encore plus vrai avec l'entrée des nouveaux pays et des nouveaux
candidats- est largement déficitaire en matière de production
de viande.
La politique agricole suppose enfin une organisation
dans la production et dans la commercialisation, et que cette organisation
soit faite en fonction de la demande, c'est-à-dire en tenant compte
des besoins de la consommation urbaine et des besoins de la demande extérieure.
C'est le seul moyen de défendre les agriculteurs, face aux industries
de transformation et aux grands commerces qui sont de plus en plus concentrés
; et c'est pourquoi le gouvernement a entrepris une action en faveur des
groupements et des comités économiques. C'est pourquoi tout
à l'heure je me félicitais de la création du Groupement
laitier cantalien. C'est dans ce même esprit que s'inscrit la proposition
de loi que M. Lelong, député qui fut mon collaborateur,
et qui porte réforme de l'ordonnance sur la coopération,
proposition de loi que le Parlement aura à discuter.
C'est dans le même esprit aussi que nous
cherchons le développement de la formation professionnelle. Pour
mener cette politique, je voudrais que tout le monde, et en particulier
les représentants de l'agriculture comprennent la nécessité
d'une étroite consultation et d'une collaboration permanente entre
la profession et l'Etat. Certes, il n'est pas nécessaire que l'on
soit du même avis pour se rencontrer, il n'est même pas nécessaire
que l'on soit toujours d'accord sur les conclusions. Mais l'Etat ne peut
avoir une politique cohérente et une politique intelligente et
adaptée, que s'il est réellement au courant des besoins
de la profession. Et la profession ne peut comprendre les nécessités
d'une certaine adaptation, d'une certaine voie qu'elle doit suivre, que
si l'Etat lui explique ses propres difficultés, ses propres problèmes
et en particulier tous ceux qui tiennent au Marché Commun et à
l'extérieur.
C'est pourquoi dans l'agriculture et dans le domaine
agricole plus peut-être que partout ailleurs, la concertation et
la participation sont indispensables.
Voilà, mesdames et messieurs les maires,
puisque j'ai le plaisir de voir que le nombre de femmes maires tend à
s'accroître, et messieurs les conseillers généraux,
ce que je voulais vous dire très simplement. Je voudrais en terminant
vous dire quel réconfort peut trouver et trouve le Président
de la République à être un moment au milieu de vous.
Bon sens, esprit d'initiative, goût du travail,
sens de l'économie, voilà des vertus que l'on vous reconnaît.
Je pense que l'habitude ancestrale de parcourir nos plateaux et nos montagnes
au pas lent du paysan donne tout naturellement le goût des vastes
étendues et le sens de la durée, nécessaires pour
atteindre le but. Puissiez-vous transmettre ces vertus à tous les
Français.
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