Françaises, Français, Voici
qu'approche la minute de vérité. L'instant ou chacune
et chacun d'entre vous, dans le secret de l'isoloir va décider
par son vote de l'avenir, l'avenir de la France, des Français,
votre avenir.
Vous avez vu se dérouler la campagne
électorale, large, complète, les oppositions, toutes
les oppositions ont pu s'exprimer librement et abondamment à
la télévision, à la radio, dans la presse,
par les affiches, les tracts, les brochures, les circulaires, les
réunions et Dieu sait qu'elles ne s'en sont pas privées
et qu'il ne leur a pas manqué de moyens. D'ailleurs je m'en
félicite, car c'est la démocratie et c'est la meilleure
réponse aux dérisoires accusations qu'on nous fait
parfois de limiter les libertés. Vous avez entendu les chefs
des oppositions. Tout à l'heure encore, trois d'entre eux
vont vous inviter à voter non pas pour une majorité
de substitution, mais pour trois formations partisanes et minoritaires.
Aucun d'entre eux ne vous dira, aucun ne peut vous dire qu'il espère
obtenir la majorité. Aucun d'entre eux ne peut vous dire
qu'en s'alliant avec d'autres il peut espérer atteindre la
majorité. Je sais que le parti communiste a conclu un accord
électoral avec la Fédération Démocrate
et Socialiste. Mais à eux deux ils ne sont encore qu'une
minorité et d'ailleurs comment pourraient-ils gouverner ensemble,
divisés qu'ils sont sur tout et notamment en politique extérieure
où les uns regardent vers la Russie soviétique, et
les autres veulent nous replonger dans la subordination intégrée
de l'OTAN ? Quant au Centre Démocrate, qui donc, par quel
miracle, pourrait imaginer qu'il ait une chance de faire prévaloir
sa politique à moins, bien entendu, qu'il ne cherche à
jouer le rôle néfaste des partis charnières,
ces partis charnières qui ont provoqué la plupart
des crises ministérielles dans le passé, réduisant
le pays à l'impuissance au dedans, à l'effacement
au dehors.
Enfin les candidats de la Vème République.
Un seul par circonscription, méfiez-vous des contrefaçons.
Nous nous sommes réunis sous ce signe de la Vème République
pour vous permettre de décider dans la clarté. Nous
proclamons devant vous, notre volonté commune de défendre
les institutions de la Vème République, de soutenir
le Gouvernement que désignera le Général de
Gaulle, chef de l'État, pour appliquer la politique dont
il a lui-même défini les grandes lignes et les objectifs,
ces objectifs, quels sont-ils ? Vous les connaissez : je vais pourtant
les rappeler rapidement. C'est d'abord l'expansion, l'expansion
rapide. À ce propos, certains ont osé prétendre
que la France prenait du retard sur les autres Pays. Eh bien justement,
la Commission du Marché commun à Bruxelles vient de
publier les statistiques internationales pour l'année 1966
et la France vient en tête de toutes les Nations occidentales,
avant les États-Unis, avant l'Allemagne, avant la Grande Bretagne
et les prévisions pour 1967 sont identiques. Expansion donc,
rapide, régulière dans la stabilité de la monnaie,
et cela par la modernisation de toutes nos structures, l'industrie,
l'agriculture, le commerce, grand et petit, l'artisanat, pour pouvoir
assurer la sécurité de l'emploi pour tous, pour pouvoir
développer la productivité et ainsi nous mettre en
mesure de tenir notre place dans le Marché commun et d'élever
le niveau de vie de tous les Français. À l'intérieur
aussi, le progrès social, progrès social, cela veut
dire d'abord le développement aussi rapide que possible de
tous les équipements, les écoles, les logements, les
hôpitaux, les autoroutes, le téléphone, l'amélioration
de l'habitat rural, progrès social, cela veut dire la disparition
nécessaire aussi des inégalités entre les revenus
des agriculteurs, des petits exploitants surtout et le revenu des
citadins. progrès social, cela veut dire encore l'association
des travailleurs, de tous les travailleurs, aux progrès des
entreprises, aux responsabilités économiques, et cela
veut dire enfin la continuation d'une action persévérante
en faveur des catégories les plus défavorisées.
Je pense aux petits salariés, aux personnes âgées,
aux familles nombreuses, aux handicapés.
Á l'extérieur, objectif : l'indépendance.
L'indépendance qui nous permet de construire l'Europe, de
la construire patiemment, réellement, comme nous avons commencé
de le faire en mettant en route le Marché commun, en construisant,
au prix de quelles difficultés, le Marché commun agricole,
comme nous le ferons demain dans le domaine politique si nos partenaires
veulent s'y prêter. L'indépendance qui permet de rester
fidèle à nos alliances sans retomber dans la sujétion.
L'indépendance qui nous permet d'entretenir des relations
chaque jour meilleures avec tous les pays, y compris notamment la
Russie Soviétique. L'indépendance en un mot qui permet
de préserver la paix, notre paix, que de Gaulle nous a rendue
en mettant fin aux combats d'Algérie, qu'il maintient aujourd'hui,
qu'il maintiendra demain en tenant le pays à l'écart
des conséquences éventuelles de la détestable
guerre du Vietnam.
Voilà, oui voilà la politique
que les candidats de la Vème République entendent
défendre. Seul un Gouvernement durable soutenu par une majorité
cohérente peut espérer la mettre en pratique.
Les opposants peuvent étaler les
promesses comme des panneaux de réclame. Mais ils ne vous
disent pas comment ils les financeront. Un exemple ; un des chefs
de ces oppositions vient de déclarer qu'il porterait la part
de l'Éducation Nationale pour le budget à 25%, (remarquez
que quand il était au pouvoir il se contentait de 10 %).
Mais enfin admettons ; eh bien, savez-vous que cette seule déclaration
représente par rapport à la situation actuelle comme
dépenses supplémentaires : près de 1.000 milliards
d'anciens francs. Je le défie bien de savoir où prendre
des sommes pareilles fût-ce aux dépens des dépenses
militaires, alors que cela représente une augmentation de
50% de l'impôt sur les revenus. Mais de toute manière
les opposants seraient hors d'état de mettre en pratique
leur promesse, de même qu'ils en étaient incapables
hier, quand ils se partageaient tous les pouvoirs. Je sais bien
qu'ils nous disent, qu'ils vous disent qu'ils n'entendent pas revenir
aux erreurs de la IVème République, ils en prêtent
même le serment. Mais cette IVème République
c'est eux qui l'ont faite, c'est eux qui l'ont occupée pendant
12 années consécutives, et qui y ont fait la démonstration,
de leur impuissance. Ce sont les mêmes qui aujourd'hui, reconstruisent
les conditions du désordre et de la confusion en dressant
contre la politique du Général de Gaulle, contre le
Général de Gaulle, des oppositions unies pour détruire,
mais incapables de construire quoique ce soit en commun. La preuve
d'ailleurs, c'est que, divisés sur la politique intérieure,
divisés sur la politique extérieure, on en est arrivé
au point qu'on vous annonce comme un événement qu'on
"essaiera" je dis bien qu'on "essaiera", de
s'entendre sur un programme commun et notez- le bien qu'on l'essaiera
"après" les élections. Autrement dit, on
vous demande de voter dans l'obscurité complète, dans
l'ignorance non seulement de ce qu'on pourrait faire, mais même
de ce qu'on voudrait faire. D'ailleurs, voyez-vous je viens d'avoir
un certain nombre de débats avec plusieurs leaders de ces
oppositions. Eh bien, en face d'eux, j'ai compris, j'ai même
physiquement ressenti que les meilleurs n'avaient rien appris, que
le vieux démon du régime d'assemblée n'avait
cessé de les envoûter. Voilà le fond du problème.
Pensez-y dimanche avant de déposer votre bulletin dans l'urne.
Françaises, Français, n'allez
pas en un instant détruire tout ce qui a été
construit, n'allez pas fermer la porte à vos espérances,
et d'ailleurs, soyez simplement logiques avec vous-mêmes,
avec le choix que vous avez fait il y a moins de 15 mois quand vous
avez renouvelé le mandat du Général de Gaulle.
Allons, pour le progrès, pour la stabilité, pour l'indépendance
et pour la paix, faites confiance je vous le démande, aux
candidats de la Vème République et vive la France
!