Françaises, Français,
À la veille du jour où le pays
va voter après avoir entendu tant et tant d'arguments opposés,
j'ai le devoir d'évoquer devant vous ce qui nous est commun
à tous, je veux dire le bien de la France.
Car chacun sait au fond de lui-même
que, par-dessus toutes les tendances, tous les souhaits, tous les
griefs, il y a le salut ou le malheur de notre peuple. Chacun sait
qu'au long de notre vie nationale, autrement dit de notre combat
contre les difficultés du dedans, la concurrence du dehors,
parfois l'agression étrangère, tous nous gagnons ou
nous perdons suivant que notre pays gagne ou perd. Chacun sait pour
quelles raisons historiques et constitutionnelles il me revient
d'exprimer et de soutenir, au-dessus des compétitions, ce
qui est l'intérêt supérieur, permanent, collectif,
de la nation.
Or, du flot des multiples débats
concernant les affaires publiques et auxquels nous venons d'assister,
il se dégage trois conclusions, dont je crois bien qu'en
dépit des partis pris électoraux elles sont, en réalité,
partagées par tout le monde. La première, c'est qu'à
l'époque et dans l'univers où nous sommes, et compte
tenu notamment des terribles épreuves qu'a subies notre pays
et des graves retards qu'il a longuement accumulés, nous
avons beaucoup de difficultés à vaincre pour assurer
à la France le progrès, l'indépendance et la
paix. La seconde conclusion, c'est que, quoi que ceux-ci où
ceux-là puissent contester ou réclamer pour les besoins
de leur cause, beaucoup, beaucoup est accompli à l'heure
actuelle. La troisième c'est que, pour aller plus avant sur
la route qui nous mène à la prospérité
économique, à la justice sociale, à la coopération
européenne et mondiale, il nous reste beaucoup, beaucoup
à faire.
Mais justement, comment le faire si les
pouvoirs de l'État devaient être, comme naguère, paralysés
par les crises ? Comment le faire si moi-même, confirmé
à la tête de la République par mandat de notre
peuple et chargé, comme je le suis, de garantir le destin
de la France, par conséquent de conduire sa politique et
de nommer son gouvernement, je trouvais au sein du Parlement les
partis numériquement en mesure de m'empêcher d'accomplir
ma tâche et de bloquer le fonctionnement régulier des
pouvoirs, sans être capables de remplacer par rien de cohérent
les institutions stables et efficaces que nous ayons établies
? Comment faire tout ce qu'il faut faire si notre pays se voyait
lui-même et se montrait à l'étranger comme voué
de nouveau à d'absurdes et ruineuses secousses ?
Au contraire, tous les espoirs sont permis
à la nation si notre Vème République l'emporte.
Car, alors, elle prendra le départ pour une étape
nouvelle de notre marche en avant. Alors, l'action qu'elle mène
à l'intérieur pour le progrès dans tous les
domaines sera, sans nul doute, renforcée par la confiance
des citoyens et élargie ensuite par l'adhésion d'un
nombre grandissant de ceux qui, jusqu'à présent, se
sont tenus à son égard éloignés ou incertains.
Alors, elle aura encore plus de poids et de crédit à
l'extérieur, pour accomplir la mission de notre pays, pour
aider l'Europe tout entière à s'unir et à s'organiser,
et pour travailler à la paix du monde.
Françaises, Français, vous
le voyez, une fois de plus, au moment décisif, je vous ai
parlé pour la France.
Vive la République ! Vive la France
!