Epoque > Documentation diverse >Georges Pompidou et les élections législatives de 1973 >
 

Extraits de la conférencede presse de M. Pompidou, Président de la République.
Le 9 janvier 1973.

    Question — Les conséquences des élections.
    Réponse — Ainsi que vous l'avez dit vous-même, je voudrais situer ma réponse dans le cadre général de mon attitude après les élections.
    Il y a quelque temps, j'ai fait dire par le porte-parole du gouvernement qu'au lendemain des élections, j'appliquerais la Constitution. Certains ont cru qu'il s'agissait d'affirmer solennellement une vérité d'évidence. Ce n'était point mon intention. Mon intention c'était de déclarer de la façon la plus claire possible, que je me refusais à dire quoi que ce soit sur ma conduite au lendemain des élections, sauf que ce que je ferais serait conforme à la Constitution (...)
    D'ailleurs, j'avais eu l'occasion, au printemps dernier, d'expliquer longuement — et je croyais clairement — les solutions diverses que permettait la Constitution. Je croyais l'avoir fait si complètement même que lorsque M. Andrieux est revenu sur le problème, je me suis laissé aller à quelque énervement, ce qui n'est pas dans mes habitudes et ce que j'ai regretté.
    Eh bien, aujourd'hui, j'en suis au même point. Je me refuse à dire par avance ce que je ferai dans telle ou telle hypothèse.
    Je ne vois pas d'ailleurs à quel titre on me le demande et à quel titre on prétend exiger de moi que je découvre par avance ce que sera ma stratégie. Si j'étais candidat, je trouverais normal que mes électeurs me posent des questions sur mon action future. Je me rappelle d'ailleurs, ce n'est qu'une anecdote, que lorsque en 1967, je me suis présenté pour la première fois aux élections législatives dans mon département natal, je suis allé dans une commune importante, pour une réunion publique. Le maire, qui présidait cette réunion, comme c'est l'usage, a commencé son allocution en disant « Monsieur le candidat », j'étais alors Premier Ministre et j'ai trouvé que cette formule exprimait parfaitement le sens démocratique de cet élu municipal : à partir du moment où j'étais candidat, il n'y avait plus de Premier Ministre. Je demandais, je sollicitais, les suffrages et je devais répondre aux questions qu'on me posait. Ce n'était pas dans un esprit malveillant d'ailleurs que s'exprimait ce maire, puisque j'ai eu un peu plus de 90 % des voix dans cette commune. Seulement, aujourd'hui, je ne suis pas candidat, je suis élu, et bien élu je crois.
    Alors, pourquoi veut-on que je me découvre par avance ? Pourquoi veut-on que dans une situation où il y a plusieurs inconnues : l'inconnue du résultat des élections d'abord, l'inconnue qui résulte des diverses solutions que permet la Constitution ensuite, je sois, moi, obligé de résoudre en quelque sorte ces inconnues, de dégager la solution et de développer publiquement ce que sera mon attitude.
    J'ai bien le droit de me réserver l'effet de surprise et puis même, après tout, de ne pas savoir ; tout comme les victimes innocentes des instituts de sondage.
    L'action politique, pour moi, n'est pas un jeu. Lorsque j'ai répondu à l'appel du général de Gaulle me chargeant des fonctions de Premier Ministre, c'est, entre autres raisons, parce que j'avais parfaitement conscience qu'à ce niveau de responsabilités, il ne s'agit pas de plaisir, de vanité ou d'intérêt personnel. La préoccupation, c'est le destin de la France et des Français. Et c'est pourquoi je ne veux pas me prêter au jeu des pronostics et des combinaisons. Et c'est pourquoi j'ai lu avec stupeur, au point que j'ai lu deux fois, car je ne le croyais pas, les déclarations de M. François Mitterrand à un poste radiophonique disant : « II faut — il s'agissait de moi, excusez le vocabulaire, ce n'est pas le mien —, il faut qu'il nous prenne et on le gardera et on lui laissera les pouvoirs qu'il a reçus du peuple. »
    Je voudrais bien savoir à quel titre M. Mitterrand ou tout autre de ses alliés est qualifié pour me garder ou ne pas me garder, pour me laisser les pouvoirs que je tiens du peuple, comme il le dit lui-même, ou pour me les retirer. Donc, je me refuse à ces combinaisons (...)

    Question — « L'ouverture ».
    Réponse — Nous reparlerons de la majorité après les élections et de ma conception, mais les commentaires qui ont été faits sur cette formule sont totalement inexacts.
    J'ai dit, en effet, au groupe de représentants de la majorité qui était réuni autour de moi : « Ne parlez plus au nom de la majorité, elle est morte à partir du moment où l'Assemblée est morte. C'est fini. Vous avez à combattre pour une majorité, c'est-à-dire pour conquérir une majorité dans l'Assemblée de demain. » Cela ne touche absolument en rien aux limites de cette majorité et on peut très bien concevoir que l'ancienne majorité soit aussi la majorité de demain. La différence d'article n'avait pas d'autre sens.

    Question — L'éventualité d'une victoire électorale de la gauche.
    Réponse — « Le chef de l'État, élu sur les grandes lignes d'une politique, doit pouvoir veiller à l'application de cette politique. » Voilà ma réponse. Elle est de M. Gaston Defferre, quand en 1964 il avait annoncé sa candidature à la présidence de la République avec l'appui du Parti socialiste.

    Question — Les rapports avec le Premier Ministre.
    Réponse — Je suis satisfait du Premier Ministre, comme vous le demandez un peu directement, à la fois parce qu'il me donne l'impression de prendre son métier au sérieux et de bien l'accomplir et parce qu'il prend ses responsabilités. Je le vois tous les jours. Il prend des décisions et prend même quelquefois des décisions, à mes yeux, sur lesquelles j'aimerais être consulté auparavant. Ce qui fait que je suis plutôt obligé de le freiner que de l'encourager. Pour toutes ces raisons, je suis tout à fait satisfait de lui et d'ailleurs il semble qu'il a fait comme vous dites une assez bonne prestation récemment.

    Question — Vous venez de dire que la majorité parlementaire avait signé pratiquement son acte de décès le jour où la session parlementaire s'était close. Est-ce que vous pensez que la majorité présidentielle — et vous avez ici même il y a quelques mois établi une distinction entre ces deux notions —, pensez-vous que la majorité présidentielle subsiste encore ou soit défunte également ?
    Réponse — En vertu du principe que vous venez d'évoquer, la majorité parlementaire, dans une assemblée, disparaît avec cette assemblée, ce qui me paraît une vérité de bon sens. D'ailleurs, elle n'est pas tout à fait morte encore, elle ne mourra que le 31 mars. Il peut y avoir des événements, je ne le crois pas d'ailleurs, qui nous amènent à avoir une session extraordinaire, c'est l'assemblée actuelle qui serait réunie. Mais, en tout cas il est évident qu'une majorité parlementaire disparaisse avec l'Assemblée dont elle est la majorité, cela va de soi.
    Je pense que la majorité présidentielle disparaît avec le président qu'elle a élu, ou tout au moins avec son septennat. Par conséquent, je ne vois pas pourquoi cette majorité présidentielle serait morte. Cela dit, j'ai fait des distinctions, rappelons-nous lesquelles. J'ai dit qu'on ne pouvait pas confondre une majorité parlementaire composée d'élus représentant des formations et qui manifestent clairement et ouvertement leur attitude par des votes, avec une majorité qui n'est ni dans le temps, ni dans l'espace la même et qui, au surplus, est anonyme. De telle sorte qu'il n'est pas prouvé que tous les électeurs qui ont voté pour moi sont ceux des formations qui me soutenaient. Il est même probable qu'il y a des membres ou des adeptes de ces formations qui n'ont pas voté pour moi et, inversement, des adeptes d'autres formations qui ont voté pour moi. Mais je ne vois pas pourquoi la majorité présidentielle mourrait avant la fin de mon septennat; elle existe et a toutes raisons de se perpétuer.

    Question — II y a une formule célèbre que l'on prêle à M. André Malraux : « Entre nous les gaullistes et les communistes, il n'y a rien. » Le discours que M. le Premier Ministre a prononcé dimanche à Provins a paru relever de cette philosophie : d'un côté la majorité actuelle, de l'autre l'union de la gauche, et personne d'autre. Est-ce que c'est également votre conception de la vie politique française ?
    Réponse — Ma conception de la vie politique française consiste d'abord à l'observer. S'il y a quelque chose, eh bien, on le verra, n'est-ce pas ? Il lui appartient de se montrer et ce n'est pas à moi de déclarer qu'il existe. Il paraît que pour la campagne électorale, l'O.R.T.F. se soucie de faire parler tous les mouvements qui existent et en particulier de présenter, me dit-on, un responsable de chacun de ces mouvements. Ils en ont découvert 15. Alors vous voyez qu'on est loin du bipolarisme dans cette affaire. Mais regardons les réalités. Je répète, s'il y a quelque chose, ça se verra.

 



Association | Prix | Recherche | L'homme | Époque | Art |Actu
FAQ | Contact | Plan | Rechercher | Liens | Crédits
© Association Georges Pompidou 2001