Voici que dans deux mois les Français
auront rendez-vous avec eux-mêmes. Ce sera aussi un rendez-vous
avec le passé de la France et avec l'avenir que les Français
veulent pour leur pays. Car c'est alors qu'ils jugeront ce qui a été
fait, pour eux et par eux, tout au long de ces dernières années,
et qu'ils choisiront la voie à suivre pour atteindre, dans
les années qui viennent, les buts qu'ils se proposent.
À ce rendez-vous, nous sommes présents,
nous qui avons su rassembler la majorité des Français
pour les grands objectifs qui s'identifient à l'intérêt
supérieur de la France, nous qui avons eu l'honneur et la charge
d'assumer et de défendre les intérêts du pays
aux côtés du général de Gaulle, puis du
président Georges Pompidou, nous dont la vie et l'action se
sont confondues avec l'histoire de la Ve République.
Pour nous, ce rendez-vous sera une épreuve
décisive. D'abord parce que, pour la première fois,
nous allons être jugés par les Français sans que
le général de Gaulle soit parmi nous, et par conséquent
jugés uniquement sur ce que nous avons fait, sur les engagements
que nous prenons et sur la confiance que nous inspirons.
Mais ce rendez-vous est aussi une épreuve
décisive, parce qu'il sera l'occasion de montrer si nous avons
su conserver l'union, la solidité, la cohésion qui ont
fait notre force et qui permirent, il y a trois ans et demi, de surmonter
l'épreuve que constituait pour nous, mais également
pour la République, le départ du général
de Gaulle, et de faire triompher celui qui est aujourd'hui à
notre tête, le Président Georges Pompidou (...).
Mais le peuple a le droit de nous demander
quel a été le chemin parcouru. Il a le droit de nous
demander ce que nous avons fait, nous qui avons obtenu sa confiance.
Et nous avons le devoir de répondre en présentant un
bilan qui n'est pas seulement le nôtre, mais celui du pays et
en disant ce que nous proposons pour que continuent les progrès
de la France.
Depuis 1969, la France connaît un taux
de croissance de son produit national supérieur à 6
% par an. Cela signifie qu'en quatre ans les richesses de la nation
ont augmenté de plus d'un quart. La France détient dans
le monde occidental le « ruban bleu » de l'expansion.
Avec plus de 26 % de croissance, en volume, du produit national brut,
elle dépasse la Belgique, l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Italie
; sa croissance est deux fois plus rapide que celle du Royaume-Uni,
trois fois plus rapide que celle des États-Unis.
LA PLUS FORTE CROISSANCE DU MONDE
OCCIDENTAL
Des observateurs étrangers ont pu parler
du miracle économique français. Mais il faut se méfier
des mots : en économie comme en politique, il n'y a pas de
miracle. Un pays récolte ce qu'il a semé. C'est parce
que le gouvernement a, dans le Ve Plan d'abord, puis en adoptant un
plan plus ambitieux encore pour la période 1970-1975, mené
une politique délibérée de croissance, c'est
parce que les Français ont travaillé, que nous avons
atteint les résultats que beaucoup nous envient.
Ce qui est plus important, c'est que l'état
actuel de notre économie montre que nous sommes sur une bonne
lancée. Après avoir évité, dans les années
1970 et 1971, un ralentissement qui a frappé la plupart des
grands pays étrangers, nous animons la phase d'expansion rapide
dans laquelle le monde est entré. Pour 1972, les perspectives
de croissance que nous avions annoncées au début de
l'année sont dépassées. Pour 1973, toutes les
enquêtes, tous les indicateurs économiques nous permettent
de prédire une année de forte expansion, peut-être
supérieure à 6%.
Grâce à cette expansion, les
problèmes de l'emploi peuvent être résolus de
façon satisfaisante, sauf exception locale ou temporaire. Un
autre élément important est la progression rapide des
offres d'emploi qui manifeste le dynamisme de notre économie.
L'inadaptation des demandes et des offres sera progressivement réduite
par le succès du programme de formation professionnelle et
de formation permanente qui est en cours. Cet effort, nous aurons
à le continuer : le plein emploi et le meilleur emploi constituent
la priorité essentielle du gouvernement. Nous nous sommes donné
les moyens d'y parvenir.
Si la croissance que nous avons connue au
cours des dernières années a été plus
forte que celle de nos principaux partenaires, elle a été
aussi plus régulière, ce qui permet d'éviter
des à-coups et d'atténuer les inégalités.
UNE CROISSANCE PLUS RÉGULIÈRE
ET PLUS GÉNÉRALE
En regardant les taux de croissance de ces
dernières années, on s'aperçoit que la France
a toujours maintenu une croissance supérieure à 5% par
an. Cette régularité, nous avons essayé de la
réaliser aussi dans l'espace en faisant en sorte que toutes
les régions de notre pays connaissent un développement
satisfaisant. Ce fut l'affaire de l'aménagement du territoire
et d'une politique rationnelle d'impulsion ou de maintien d'activités
industrielles, agricoles ou touristiques. Tout n'est pas parfait et
plusieurs régions ont encore des difficultés tenant
au déclin d'activités anciennes et à la lenteur
de certaines reconversions. Mais il s'agit d'hommes, d'habitats, d'équipements
publics, d'implantations d'usines, d'ateliers ou de commerces, tous
problèmes humains et techniques complexes.
LA PROMOTION DES RÉGIONS ET
DES VILLES MOYENNES
Un aspect de cette politique est la promotion
des villes moyennes où le coût de l'urbanisation est
moindre et où les conditions de vie sont plus conformes aux
exigences de nos contemporains, car on peut plus facilement qu'ailleurs
conjuguer commodité et agrément de la vie. C'est ainsi
que si une de ces villes justifie d'un projet d'implantation intéressant,
les mêmes avantages que pour une installation dans une métropole
pourront être accordés. Qu'il s'agisse de l'enseignement,
de la vie culturelle et des loisirs ou des transports, elles bénéficieront
des installations ou des liaisons propres à stimuler leur vitalité.
Par exemple, nous construirons une piscine couverte dans toutes les
villes de plus de 10 000 habitants et nous donnerons priorité
aux villes moyennes dans l'attribution de la subvention globale d'équipement.
Je ne voudrais pas vous accabler de chiffres,
mais simplement donner quelques exemples : l'industrie automobile,
autrefois localisée en région parisienne, a suscité
entre 1965 et 1970 la création de plus de 30 000 emplois en
province. Les dix régions situées à l'ouest d'une
ligne Le Havre-Marseille, qui avaient perdu 400 000 personnes actives
au cours de la période 1954-1962, en ont gagné 200 000
entre 1962 et 1968, en dépit d'une certaine accélération
de l'exode agricole. Depuis 1969, 100 000 emplois ont été
créés dans l'Ouest et dans les zones à reconvertir.
Les réalisations que nous avons suscitées à Fos,
à Toulouse, à Rennes, les équipements littoraux
que nous avons aménagés, sont, entre autres exemples,
la preuve de notre activité dans ce domaine et fixent la ligne
de nos ambitions.
Croissance forte, croissance régulière,
mais aussi croissance équilibrée.
LE PROBLÈME DES PRIX
Je voudrais, à ce propos, insister
sur deux problèmes qui nous ont préoccupés et
qui nous préoccupent encore. Le premier est celui des prix,
à l'heure actuelle seul point noir de l'économie française,
comme il est d'ailleurs l'inquiétude majeure des économies
occidentales.
Le fait de constater qu'il s'agit d'un phénomène
mondial et que la France, contrairement à ses habitudes, connaît
une hausse des prix plutôt moins forte que celle de ses voisins,
n'est pas une consolation. Nous avons compris le danger de l'inflation
pour l'avenir de notre économie et les risques graves qu'elle
fait peser sur le progrès social et sur le niveau de vie de
certaines catégories de Français. Certes, le pouvoir
d'achat des salariés continue à croître rapidement
— plus de 4% en 1972 — mais cette situation serait précaire
si nous ne parvenions pas à maîtriser la hausse des prix
(...).
LE SURÉQUILIBRE DU COMMERCE
EXTÉRIEUR ET LA MONNAIE
Le deuxième équilibre traditionnel
auquel on pense lorsqu'on parle de croissance est celui du commerce
extérieur. Sur ce point, nous avons obtenu des résultats
spectaculaires. Notre balance commerciale est en suréquilibre,
à près de 105 % en 1972, ce qui atteste de la compétitivité
de notre économie. Nos réserves de change dépassent
45 milliards de francs. (...)
Pour que notre croissance puisse, comme au
cours des années passées, continuer à un rythme
rapide et sur des bases saines, encore faut-il que les structures
de notre industrie, de notre agriculture, de notre commerce, de notre
artisanat, de nos services, soient modernes et aptes à supporter
une concurrence de plus en plus vive dans un monde de plus en plus
ouvert.
Cet effort de modernisation nous l'avons entrepris
et chaque Plan a insisté sur des mesures nouvelles. Le bilan
que nous pouvons dresser à la fin de cette législature,
pour spectaculaire qu'il soit, ne doit pas nous inciter à relâcher
notre effort.
L'INDUSTRIALISATION
Le VIe Plan a mis l'accent sur l'industrialisation
de la France. Nous avons donc engagé une politique volontariste
de développement des investissements industriels, d'aide à
la restructuration des entreprises et nous avons mis en chantier des
réalisations dont dépend notre avenir industriel. Je
me réfère au seul indicateur qui permet de mesurer le
progrès accompli, celui du commerce extérieur. En deux
ans, nos exportations de biens d'équipement ont augmenté
de 50%, celles de nos biens de consommation de 58%. Le taux de couverture
des importations françaises par les exportations qui était
négatif jusqu'en 1969, pour les biens d'équipement a
été en 1971 de 104,5%. Cet accroissement très
net de la part de nos produits industriels dans nos exportations témoigne
de la vitalité nouvelle de notre industrie. Il nous reste de
grands efforts à faire, ne serait-ce que parce que nos concurrents
améliorent eux aussi, chaque jour, leur compétitivité.
Il faut étudier avec attention certains secteurs comme les
industries agricoles et alimentaires ou l'industrie mécanique.
Nous avons les moyens d'aider à leur adaptation, mais s'ils
devaient s'avérer insuffisants, nous définirions, en
liaison avec les professions, une stratégie plus offensive.
LA MODERNISATION DE L'AGRICULTURE
Dans l'agriculture, un effort soutenu de modernisation
a été réalisé, année après
année. Les lois d'orientation agricole ont défini les
grandes lignes de notre action et progressivement nous avons fixé
de nouveaux objectifs, notamment en matière d'élevage
ou d'équipement des exploitations, pour faire de la France
ce qu'elle ne devrait jamais cesser d'être : un grand pays producteur
et exportateur de produits agricoles de qualité.
En regardant la situation de notre agriculture,
nous pouvons affirmer que la plupart des grands problèmes ont
été résolus ou sont en bonne voie de l'être.
En tout cas, nous avons créé les moyens — je pense
notamment à l'Office de la Viande — pour favoriser une
politique dynamique de l'élevage. Il reste le problème
difficile des produits laitiers, que nous traiterons au cours de l'année
1973, en liaison avec nos partenaires européens, et du marché
du vin qui fait l'objet d'une attention vigilante du gouvernement.
L'AIDE AUX JEUNES AGRICULTEURS
Après les mesures prises par les pouvoirs
publics, les plus récentes étant celles décidées
à la conférence agricole d'automne — et je ne
rappellerai que la plus significative, l'aide exceptionnelle à
l'installation des jeunes agriculteurs dans les zones difficiles —
et compte tenu de l'état des prix et des aides, nos agriculteurs
éprouvent réconfort et meilleure confiance en leur avenir.
Pour la commodité de la vie à la campagne, nous ferons
en sorte que tous les programmes d'équipement rural, eau potable
et électricité, qui sont à des taux variables
d'exécution, soient, tous et partout, achevés dans cinq
ans.
L'ORGANISATION DU COMMERCE ET LA PROTECTION
SOCIALE DES COMMERÇANTS
Dans le commerce, nous avons traité
le problème social et celui de l'organisation.
Nous voulons que le commerce indépendant
bénéficie de protection et d'avantages sociaux comparables
à ceux que reçoivent les autres catégories. Cette
exigence de justice est apparue d'autant plus impérieuse qu'il
s'agit d'un secteur en pleine mutation. C'est dans cet esprit que
le Parlement a voté de nouvelles lois sur la retraite, l'aide
aux commerçants âgés, et la couverture des risques
sociaux. Mais il faut aller plus loin. Nous sommes convaincus que
dans une société comme la nôtre le commerce indépendant
et les formes plus concentrées de distribution peuvent et doivent
coexister, chacune répondant à un besoin du consommateur.
Pour redonner confiance aux commerçants
indépendants, nous leurs fournirons les moyens de lutter à
armes égales dans le domaine de la distribution. Nous avons
ainsi déposé un projet de loi d'orientation du commerce
qui n'a pu être discuté par le Parlement en cette fin
de session très chargée, mais qui sera en 1973 un des
textes législatifs les plus importants dont les élus
de la nation auront à délibérer.
LE DÉVELOPPEMENT DES ZONES
RURALES
Nos ambitions, comme l'évolution de
notre société, nous conduisent à prendre désormais
une vue plus globale de notre économie. Il n'est plus possible
de traiter de l'agriculture sans aborder l'ensemble des questions
relatives au développement rural et ses liens avec l'artisanat
et avec l'industrie. Il n'est plus possible d'aborder les problèmes
du tourisme sans penser aux exigences de la société
industrielle et aux besoins de tous les citoyens, de tous les travailleurs,
à la recherche d'évasion et de repos. Il n'est plus
possible d'aborder le problème de la restructuration de nos
grandes entreprises sans penser à la taille des usines, à
leur environnement, à leur insertion dans le cadre urbain ou
rural. En un mot, à la modernisation nécessaire de nos
structures nous devons ajouter la dimension humaine et la dimension
sociale. Je prendrai deux exemples pour mieux faire comprendre ma
pensée. Le premier concerne l'agriculture ; nous avons jusqu'ici
accepté en l'humanisant l'exode rural qui a d'ailleurs permis
d'agrandir ou de regrouper les exploitations. Mais il nous faut maintenant
réexaminer ce problème en pensant, plus que nous l'avons
fait par le passé, au coût social de réinsertion
des agriculteurs dans la vie urbaine et dans les activités
industrielles et commerciales, et aussi au danger que constituerait
l'abandon de nos campagnes. L'agriculture n'intéresse pas que
les agriculteurs, elle est aussi un des éléments de
notre équilibre national.
LE COMMERCE ET L'ARTISANAT LIÉS
AU DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL
Le deuxième exemple concerne le commerce
et l'artisanat. Nous devons penser à la liaison nécessaire
entre l'industrie et ces deux secteurs et coordonner les efforts dans
l'intérêt des producteurs comme des consommateurs. Le
commerce a plusieurs fonctions : C'est un débouché pour
nos producteurs, un métier pour les commerçants, un
service indispensable, un élément de la qualité
de la vie pour les consommateurs.
UNE ÉCONOMIE PLUS HUMAINE
Maintenant que nous avons réussi à
moderniser notre économie, il faut donc rechercher ensemble
une dimension nouvelle, la plus importante sans doute, celle de l'homme,
et voir les activités économiques, d'abord comme des
moyens de parvenir à plus de bonheur pour tous. C'est une grande
tâche à laquelle nous convie l'évolution de notre
pays et qu'il faudra poursuivre activement, puisque les conditions
de base sont désormais remplies, durant la prochaine législature.
L'EFFORT POUR LA RECHERCHE ET LES
INDUSTRIES DE POINTE
Les perspectives que je viens d'ouvrir sont
celles qui permettront à la France d'aborder dans des conditions
satisfaisantes la fin du xxe siècle. Encore faut-il que nous
ne soyons pas absents sur le plan technique et technologique du grand
courant de transformations qui s'amplifie dans le monde. Il faut conforter
et moderniser les activités professionnelles. Mais il faut
aussi, même si l'effort peut paraître coûteux à
court terme, développer les activités qui seront celles
du monde de demain.
À l'effort de recherche que nous considérons
comme capital, nous consacrons une part importante de notre produit
national brut, aussi bien dans la recherche fondamentale que dans
les sciences humaines et la recherche appliquée. Cet effort
ne doit pas être relâché et nous l'accentuerons
au cours des prochaines années en l'appliquant aux secteurs
les plus urgents.
Nous avons accompli beaucoup dans des domaines
d'où nous étions menacés d'être exclus
: l'informatique, l'espace, l'industrie nucléaire, l'industrie
aéronautique, et j'en passe. Nos adversaires nous reprochent
parfois les crédits que nous affectons à ces secteurs
mais ils restent muets sur les conséquences qui résulteraient
d'un abandon ou d'un relâchement de notre entreprise. En raisonnant
ainsi, ils condamnent des centaines de milliers d'ingénieurs
et d'ouvriers et ils signent à terme l'arrêt de mort
de notre indépendance. Comment peut-on concevoir que notre
pays soit absent de ce qui, de l'avis de tous les spécialistes,
constituera le cœur même de la puissance économique
? Ce n'est pas une question d'ambition, c'est une question de survie
nationale.
Cet effort, nous essayons comme dans d'autres
domaines de le mener en collaboration avec nos partenaires du Marché
commun. Nous y sommes quelquefois parvenus : je pense aux productions
que nous avons réussies avec nos voisins dans l'aéronautique
et l'informatique. Nous chercherons à aller plus loin en essayant
de convaincre nos partenaires qu'il s'agit, pour l'Europe, de son
intérêt et de son devoir.
Voilà le bilan que nous présentons
pour l'essentiel, c'est-à-dire pour la croissance dont tout
dépend. C'est grâce à la croissance que nous avons
pu faire ce qui a été fait et qui doit être dit
pour que le peuple se prononce en connaissance de cause dans deux
mois. Si vaste a été l'action des pouvoirs publics,
si nombreuses et si variées les formes de cette action, que
le bilan que nous dressons aujourd'hui ne peut être complet.
L'action que nous avons menée intéresse tous les domaines
: la condition des travailleurs, la situation des familles, les personnes
âgées, la santé, l'éducation, les grands
équipements collectifs, l'aménagement du territoire
et l'environnement, la participation des citoyens à toutes
les formes de la vie publique économique et sociale.
L'ACCROISSEMENT DU POUVOIR D'ACHAT
Toute élévation du niveau de
vie, tout accroissement du pouvoir d'achat se traduisent par un accroissement
de la consommation. Ici, les faits parlent un langage clair : de 1959
à 1972, sous la Ve République, la consommation des ménages
a doublé. On pourra dire ce qu'on voudra dans les discours
de propagande et dans les programmes électoraux de l'opposition
; rien n'empêchera les Français de constater que le grand
essor de la production a profité directement à la population
tout entière. Personne n'est resté totalement à
l'écart.
La hausse du pouvoir d'achat s'est traduite
par de plus grandes possibilités d'épargne pour la majorité
des familles, la part qui y est consacrée s'étant accrue
de plus de 70% depuis 1968.
La hausse des salaires a été
constamment supérieure à la hausse des prix, si regrettable
que soit celle-ci. Entre janvier 1968 et juillet 1972, le salaire
moyen s'est accru de plus de 63 %, ce qui correspond à une
amélioration du pouvoir d'achat de 28 %.
J'ajoute aussi que la politique fiscale du
gouvernement a favorisé cette augmentation du pouvoir d'achat
puisque le Conseil national des Impôts a constaté que
« les aménagements apportés au tarif de l'impôt
entre 1959 et 1971 ont eu pour effet de neutraliser l'évolution
des prix ».
RÉDUIRE LES ÉCARTS SOCIAUX
Nous nous proposons d'ailleurs d'améliorer
encore la situation des catégories les moins favorisées.
Nous allégerons l'impôt sur les revenus les plus faibles.
En matière de fiscalité, notre souci est double : éviter
une charge excessive pour le contribuable, et là encore je
citerai le rapport du Conseil national des Impôts qui précise
« qu'à revenu équivalent en francs constants le
prélèvement fiscal opéré par l'impôt
est, d'une façon générale, inférieur à
ce qu'il était en 1959 ». En second lieu, appliquer le
principe « à revenu égal, impôt égal
! » sans oublier son corollaire la lutte impitoyable contre
les fraudeurs.
Je donne à ce sujet l'assurance que
tous les objectifs que nous proposons pour les années à
venir sont réalisables sans surcharge fiscale, en utilisant
les plus-values de la croissance économique que nous avons
prévue et organisée.
Le salaire minimum de croissance remplace
depuis 1969 le salaire minimum garanti. Au-delà du maintien
de leur pouvoir d'achat, il fait désormais participer les rémunérations
les plus faibles à l'essor de l'économie : c'est ainsi
qu'il a presque doublé en quatre ans, ce qui représente
une amélioration du pouvoir d'achat de 52 %.
Ce n'est pas le seul domaine où des
progrès ont été accomplis vers la réduction
des écarts excessifs de ressources. La politique contractuelle
permet d'harmoniser l'évolution des salaires des entreprises
publiques avec celle des autres secteurs de l'économie. Les
salaires féminins ont crû plus vite que les salaires
masculins, et, grâce à la loi qui vient d'être
votée, ils devront être identiques pour un même
emploi.
Dans la prochaine législature, nous
ferons en sorte que la rémunération des fonctionnaires
progresse parallèlement aux salaires du secteur privé.
AMÉLIORATION DES CONDITIONS
DE TRAVAIL
La loi a renforcé les droits des travailleurs
dans l'entreprise. C'est ainsi que depuis 1969 sont autorisées
les sections syndicales d'entreprises. C'est ainsi qu'ont été
conclues autant de conventions collectives, entre 1968 et 1970, qu'entre
1960 et 1968. C'est ainsi qu'une loi de 1971 a permis la conclusion
d'accords d'entreprises dont le champ d'application est beaucoup plus
large que celui des anciens contrats collectifs. C'est ainsi que des
textes nouveaux garantissent plus fermement l'exercice du droit syndical
dans l'entreprise, réduisent la durée maximale du travail
et renforcent les moyens de l'inspection du travail, surtout en matière
d'hygiène et de sécurité.
Car nous n'avons pas oublié que pour
beaucoup de travailleurs le métier est souvent un risque. La
prévention des accidents du travail est l'une des tâches
capitales d'une société industrielle moderne. À
cet égard, les progrès que nous avons accomplis doivent
être connus des travailleurs : après dix ans d'efforts
les accidents du travail sont moins nombreux en France qu'en Allemagne
et en Italie.
Il faut aller plus loin dans l'amélioration des conditions
de travail, et d'abord continuer de rendre sa noblesse au travail
manuel. Depuis l'initiative spectaculaire du président Georges
Pompidou, la mensualisation a fait de grands progrès. Cette
année, les trois quarts des ouvriers du secteur privé
seront payés mensuellement, alors qu'en 1969, seulement, 15
% l'étaient. La mensualisation sera rapidement achevée.
Il faut aussi trouver les formules qui, sans
nuire à la productivité des entreprises, permettront
de limiter le travail à la chaîne et d'humaniser les
conditions de travail. Dès le printemps, le Parlement examinera
un projet de loi pour favoriser le dialogue sur ces questions au sein
de l'entreprise et encourager l'adaptation des horaires. En 1969,
la loi a consacré un fait largement acquis en fixant la durée
du congé annuel à 4 semaines. Nous procéderons
de même, par incitation, puis obligation légale, pour
généraliser la journée continue, plus tard la
semaine de 5 jours.
L'Agence nationale pour l'Emploi qui rend
tant de services aux travailleurs sera en 1973 implantée dans
tous les départements. Il faut savoir que le Fonds national
de l'Emploi, en facilitant les transitions, en permettant les reconversions,
en aidant directement les travailleurs à acquérir de
nouvelles qualifications, s'attaque au fond du problème qui
est presque toujours l'inadaptation entre les demandeurs d'emplois
et les emplois qui leur sont offerts. Une grande partie des demandeurs
d'emplois étant des jeunes qui n'ont pas encore travaillé,
le gouvernement vient d'instituer une prime qui leur permet de se
déplacer pour trouver leur premier emploi.
LES GRANDES LOIS SUR LA FORMATION
PERMANENTE
Que les Français sachent aussi que
la législature qui s'achève a donné une impulsion
décisive a la formation professionnelle permanente. Elle a
été marquée par l'accord conclu, a l'instigation
du gouvernement, entre les employeurs et les syndicats, le 8 juillet
1970, sur l'organisation de la formation professionnelle. C'était
un accord sans précédent dans l'histoire du monde industriel
et qui n'a encore aucun équivalent dans les pays du même
niveau de développement que le nôtre. Après quoi,
le Parlement a voté les grandes lois de juillet 1971 sur la
généralisation de la formation permanente, sur la promotion
sociale, sur la réforme de l'apprentissage, sur la revalorisation
de l'enseignement technique. Il ne faut pas s'y tromper : à
terme, l'application de ces lois entraînera de profondes transformations
dans la société française. Elles constituent
la promesse que des millions de travailleurs connaîtront dans
l'avenir un développement humain, social, culturel qui leur
était inaccessible auparavant. Elles préparent l'abolition
des barrières qui isolaient les unes des autres les catégories
sociales et professionnelles, aggravant ainsi les divisions et les
malentendus entre Français. Elles annoncent la fin du règne
exclusif d'une élite trop étroite et trop fermée.
À elles seules, les lois sur la formation permanente constituent
l'une des plus grandes réformes sociales de notre histoire
; elles peuvent être la fierté de la législature
et de ceux qui les ont votées.
LES DROITS DES FEMMES
La vie de l'homme et de la femme dans leur
travail n'est pas tout : il y a aussi leur vie familiale. De profondes
réformes ont déjà adapté le droit de la
famille à l'évolution du monde moderne et fait de la
femme l'égale de son mari dans le couple. Après la réforme
des contrats matrimoniaux, celle des règles de tutelle et d'émancipation,
en 1964 et 1965, c'est l'autorité parentale, puis les règles
de la filiation, enfin le régime de versement des pensions
alimentaires qui ont été profondément transformés.
Un premier effort vient d'être fait pour les divorcées
; il sera complété en sorte qu'aucune divorcée
ne puisse être réduite au dénuement parce qu'elle
n'arrive pas à percevoir sa pension alimentaire.
En même temps, nous donnerons aux couples
le moyen d'exercer, en pleine conscience, leur responsabilité
la plus haute, celle d'avoir des enfants. Il s'agit là d'un
problème de morale personnelle, chacun doit en tenir compte.
À cet égard, s'il est nécessaire de réformer
la loi sur l'avorterment de 1920 tout en prenant garde que cela pose
la grande question du respect de la vie et qu'il faut aussi songer
aux risques humainement et psychologiquement redoutables qui en résultent
pour les femmes, c'est par le contrôle libre et conscient des
naissances que les couples, et d'abord les femmes, peuvent assumer
leur responsabilité. C'est pourquoi toutes les dispositions
nécessaires seront prises pour l'application intégrale
de la loi sur la contraception qui donne aux parents la liberté
de choisir le moment où naîtront leurs enfants.
Responsabilité des femmes : aujourd'hui,
les femmes ne veulent plus être vouées au seul rôle
de ménagère. L'accès libre et égal de
toutes les femmes à tous les emplois sera non seulement un
principe, mais une réalité aussi étendue que
possible. Le travail à temps partiel si utile pour beaucoup
de Françaises a déjà été encouragé
et réglementé. Le mi-temps ou la formule des horaires
libres seront généralisés au profit de toutes
les mères qui le souhaitent.
Pour qu'elles puissent consacrer le temps
nécessaire à leurs enfants, tout en poursuivant une
activité professionnelle si elles le désirent, une aide
pour la garde des enfants a été instituée, l'allocation
de salaire unique a été accrue pour les familles les
moins fortunées, des crédits importants ont été
consacrés à la construction des crèches. Nous
poursuivrons dans cette voie en créant 2 000 crèches
et garderies nouvelles.
UN CONTRAT DE PROGRÈS AVEC
LES FAMILLES
Notre politique familiale doit connaître
de nouveaux développements dans le cadre du contrat de progrès
avec les familles souhaité par le Président de la Répullique.
Ce contrat de progrés qui sera discuté
avec les responsables des associations familiales pourrait reposer
sur trois principes simples : une garantie d'évolution des
allocations de revenu, une refonte des prestations spécifiques
dans le sens de la simplification, une amélioration des aides
que la collectivité nationale doit apporter aux handicapés
et à leur famille.
Déjà, les abattements de zone
ont été supprimés et des allocations nouvelles
créées pour répondre aux besoins des orphelins
et des handicapés. La compensation des charges familiales sera
poursuivie : nous étendrons notamment à toute la durée
de l'enseignement obligatoire la gratuité des livres de classe,
des fournitures et des transports scolaires.
LE DROIT DE VOTE A 19 ANS
La jeunesse, c'est à elle qu'est consacré
l'immense effort accompli pour l'éducation nationale. Ce que
nous avons fait là équivaut, en importance, à
ce que la IIIe République a fait pour l'école primaire.
Et ce que nous avons mis en train pour la formation professionnelle
dont profitent d'abord les jeunes, a peut-être autant d'importance
que les plus grandes lois sociales. L'époque où nous
vivons témoigne d'un profond changement des mœurs : et
cela est vrai d'abord pour les jeunes. La loi doit en tirer les conséquences.
C'est pourquoi nous demanderons a la prochaine Assemblée Nationale
de décider l'attribution de tous leurs droits politiques aux
jeunes Françaises et Français, dès l'âge
de 19 ans.
600 000 LOGEMENTS PAR AN
Chacun sait que le logement fut longtemps
sacrifié aux autres préoccupations économiques
et sociales. La France avait un retard déplorable qu'il était
impossible de rattraper en quelques années. Le bilan que nous
présentons sur ce point est réconfortant. Entre les
deux guerres mondiales, on n'a construit en France que 100 000 logements
par an. De 1945 à 1958 on n'achevait chaque année que
128 000 logements en moyenne tandis que l'Allemagne en construisait
460 000. En 1972, 500 000 logements neufs ont été achevés
et 540 000 mis en chantier dont 160 000 H.L.M. au lieu de 94 000 il
y a douze ans. Aujourd'hui, nous construisons par an 10 logements
pour 1000 habitants. Seul des grands pays industriels, le Japon fait
encore un peu mieux. Sur ces bases, nous pouvons nous fixer l'objectif
global de 600 000 logements par an ; il est a notre portée.
Dans ce chiffre, la part des maisons individuelles auxquelles les
Français aspirent tant, ira croissant. Nous réserverons
aussi des programmes prioritaires dans les villes aux jeunes ménages
et aux personnes âgées valides.
L'une des grandes lois sociales de la législature
qui s'achève fut celle qui étend le bénéfice
de l'allocation logement aux personnes âgées, aux handicapés,
aux mères célibataires, aux jeunes ménages. Au
total, un million de personnes, dont 700 000 personnes âgées,
s'ajoutant aux trois millions de personnes qui en bénéficiaient
déjà. Et le double effort pour rationaliser la construction
et mieux gérer les organismes de logement social a porté
ses fruits. En 1950, le prix d'une H.L.M. de trois pièces représentait
cinq années de salaire d'un ouvrier métallurgiste parisien
; il n'en représente plus que trois. Et l'effort pour le logement
neuf s'étend maintenant aux logements anciens, grâce
à la création en 1970 d'une Agence nationale d'Amélioration
de l'Habitat qui, chaque année, peut doter 200 000 logements
du confort que l'on exige aujourd'hui. Nous voila donc sortis d'une
trop longue période de marasme et de pénurie.
LA SANTÉ PUBLIQUE
L'accroissement considérable du budget
de la Sécurité sociale, en particulier celui de l'assurance-maladie,
témoigne de la solidarité du pays en faveur des malades.
Parmi les initiatives nouvelles, la réforme hospitalière
doit être soulignée. Elle vise à construire plus
d'hôpitaux modernes, à un moindre coût. Elle tend
surtout à nous délivrer des hôpitaux vétustes
dont la survivance devient intolérable. Déjà,
nous avons obtenu de sérieux résultats : depuis six
ans, le nombre des lits se trouvant dans des salles de plus de quatre
malades a été réduit du quart.
Cette amélioration des équipements
hospitaliers va de pair dans notre esprit avec notre profond attachement
àla conception libérale de la médecine.
En même temps, la politique de la santé
étendait son action aux handicapés qui furent trop longtemps
des oubliés de notre législation sociale. 11 y a 120
000 jeunes handicapés, en France, 1 500 000 handicapés
adultes dont 600 000 âgés. Désormais, 100 000
familles bénéficient d'une allocation pour les mineurs
handicapés, 230 000 handicapés adultes touchent une
allocation s'ils n'ont plus leurs parents, une aide particulière
est attribuée aux familles pour l'éducation spécialisée
dont les jeunes handicapés ont besoin. Tout cela a été
décidé et réalisé par nous. Tout cela
sera poursuivi et sera accompagné d'une simplification des
règlements et des formalités.
DOUBLEMENT DES RETRAITES MINIMALES
Pour les personnes âgées, la
solidarité nationale a permis un effort sans équivalent
dans le passé. Le minimum de ressources garanti à tout
retraité a augmenté, depuis 1959, deux fois plus vite
que les prix et moitié plus vite que les salaires. Au cours
de la seule année 1972, il a été augmenté
de 23% et l'objectif du VIe Plan est déjà atteint. Mais
cela ne suffit pas. Avant la fin de la législature, nous doublerons
le montant du minimum-vieillesse et la référence à
l'obligation alimentaire qui décourage trop de vieillards à
demander l'aide de la collectivité, sera abrogée.
En matière de retraite comme ailleurs
nous avons choisi de donner à chacun le moyen d'exercer librement
son choix. La réforme du régime de l'inaptitude, la
prise en compte d'un nombre plus important d'années de cotisations,
la référence aux dix meilleures années de la
carrière, la généralisation des retraites complémentaires,
l'institution d'un régime de pré-retraite pour les chômeurs
âgés, sont autant de moyens qui permettent aux travailleurs
de cesser leur activité à l'âge qui correspond
le mieux à leur état de santé et à leur
préférence personnelle.
Il y a longtemps que l'âge d'ouverture
des droits à la retraite est fixé en France à
60 ans, mais à un taux réduit. Nous voulons qu'avant
la fin de la prochaine législature, les Français puissent,
à partir de 60 ans bénéficier du taux de pension
qu'ils reçoivent actuellement à 65 ans. Déjà
les mesures prises en 1972 ont amorcé cette évolution.
Nous l'accélérerons.
Une loi-cadre, véritable charte du
troisième âge, amplifiera ce qui a été
entrepris pour améliorer les conditions de vie des personnes
âgées et d'abord leur logement en leur permettant, si
elles le préfèrent et le peuvent, de rester à
leur domicile. Elle organisera la gratuité des transports quotidiens
; elle accordera celle des soins médicaux aux personnes âgées
de plus de 65 ans exonérées de l'impôt sur le
revenu.
L'ÉGALITÉ DES CHANCES
L'éducation nationale est le premier
souci de l'État, c'est aussi le premier budget. En 1958, il
y avait 7,4 millions d'élèves dans l'enseignement public,
11 millions l'année dernière. Désormais les trois
quarts des enfants de 3 à 4 ans sont scolarisés et 93%
de 4 à 5 ans. Au cours des trois dernières années,
un collège d'enseignement secondaire ou d'enseignement général
est sorti de terre chaque jour, un collège d'enseignement technique
chaque semaine, un lycée de 1 200 places chaque quinzaine.
En même temps, l'augmentation du nombre des enseignants a permis
d'abaisser les effectifs par classe. On sait les profonds changements
qui sont intervenus dans notre enseignement avec la création
d'un véritable tronc commun du premier cycle de l'enseignement
secondaire qui évite les sélections précipitées
et irréversibles. Ainsi, l'égalité des chances
entre les enfants de toutes les familles est-elle mieux assurée.
D'autre part, toute discrimination entre l'enseignement technique
et l'enseignement général a été abolie
: en particulier, l'accès à l'enseignement supérieur
a été ouvert à tous les bacheliers techniques.
Ainsi ont été supprimées les barrières
qui isolaient notre enseignement technique et tendaient à en
faire un enseignement au rabais où l'on voulait bien envoyer
les enfants des autres, mais jamais les siens.
UN NOUVEL EFFORT POUR LES ÉCOLES
MATERNELLES
L'effort entrepris ne saurait se relâcher.
Il faut mieux assurer encore l'égalité des chances.
Si la France, pour les écoles maternelles, se trouve déjà
en tête de tous les pays européens, la scolarisation
à ce stade doit être améliorée. C'est pourquoi
nous multiplierons nos classes enfantines pour y recevoir tous les
enfants, y compris ceux des campagnes, à partir de l'âge
de 2 ans.
Avant la fin de la législature, tous
les collèges d'enseignement secondaire et les collèges
d'enseignement général seront nationalisés. Là
comme ailleurs, la préoccupation de la promotion sociale a
été déterminante dans l'action du gouvernement
comme en témoignent aussi les crédits accordés
aux bourses d'études qui atteignent maintenant le montant record
d'un milliard de francs, deux fois plus qu'il y a six ans.
Mais l'un des problèmes majeurs de
l'Éducation nationale ne peut s'exprimer en volume de dépenses,
en nombre de maîtres et de places : il s'agit de la qualité
de l'enseignement et des conditions dans lesquelles il est dispensé.
LA FORMATION DES MAITRES ET L'ADAPTATION
DES PROGRAMMES
La tâche de longue haleine que constitue
l'adaptation des programmes et des méthodes se poursuit. En
même temps les modalités de la formation des maîtres,
en particulier ceux du second degré, vont être revues.
Ce sera le meilleur moyen d'établir, dans toutes les classes,
une atmosphère de travail sérieux dans un esprit d'ouverture
à tous les problèmes que les élèves auront
un jour à affronter.
Et surtout, l'autorité des chefs d'établissement
et des maîtres qui veulent en user sera assurée, et là
où ce sera nécessaire, restaurée. Il ne doit
plus y avoir de ces abus patents qui risquent de troubler ou de démoraliser
les enfants. La liberté pédagogique n'est pas en cause
; il s'agit de rappeler à tous, parents et enseignants, leurs
responsabilités. Une information d'un type nouveau se fera
dans les lycées à la rentrée prochaine. J'en
reparlerai dans quelques jours aux jeunes eux-mêmes.
LES ÉQUIPEMENTS COLLECTIFS
Jamais sans doute les équipements collectifs
ne seront suffisamment nombreux et variés tant sont grands
les besoins du pays. Mais aucune législature n'a vu s'accomplir
autant de progrès dans ce domaine. Les autoroutes en sont un
témoignage éclatant : depuis 1969, une nouvelle politique
a permis la mise en service de 200 km d'autoroutes chaque année.
Il y avait quelques dizaines de kilomètres d'autoroutes en
service en 1958 ; il y en a 2 000 maintenant. Il y en aura 6 000 environ
en 1978. Tout en restant centré sur la région parisienne,
le réseau ne sera pas conçu exclusivement à son
profit. Facilitant les liaisons des régions entre elles et
avec les autoroutes des autres pays européens, il leur procurera
les meilleures chances de développement.
Les télécommunications sont
encore en retard, bien que les crédits budgétaires qui
leur sont attribués aient doublé depuis 1969, et qu'il
s'y ajoute des fonds d'emprunt pour les réalisations nouvelles.
L'automatisation du réseau téléphonique qui atteint
85% sera totale dans quatre ans.
Ces progrès rendent les Français
plus exigeants encore. 450 000 abonnés nouveaux ont été
raccordés en 1972 ; plus d'un million le seront en 1975. Il
y avait une extension ou création d'un central téléphonique
par jour, il y a quatre ans ; il y en aura quatre chaque jour cette
année. Dans les cinq prochaines années, nous voulons
raccorder quatre millions de nouveaux abonnés, soit près
du doublement de leur nombre, et assurer la fluidité du trafic.
Les transports ont connu un développement
extraordinaire, qu'ils soient ferroviaires, routiers, aériens,
maritimes, tant en qualité qu'en fréquence. Pour l'avenir,
l'objectif primordial sera l'amélioration des transports publics
dans les agglomérations, par l'adoption de formules nouvelles
(aérotrains, métros aériens, desserte cadencée),
par l'augmentation en fréquence et en qualité des services.
On sait déjà le grand élan donné dans
la région parisienne où le programme d'investissements
pour 1973 s'élève à 2 milliards de francs.
Pour faciliter l'équipement des villes
qui souffrent de la pénurie de terrains, nous favoriserons
le transfert aux collectivités locales de terrains domaniaux,
militaires, ferroviaires ou autres, insuffisamment occupés.
LA PARTICIPATION
Nous avons toujours proclamé qu'un
de nos principes était de promouvoir la participation des Français
à tous les niveaux de responsabilités de la vie publique,
économique et sociale. C'est une entreprise à l'échelle
d'une génération. Il incombait à la dernière
législature de franchir, dans cette voie, des étapes
nouvelles. C'est ce que nous avons fait en étendant le champ
d'application de l'ordonnance de 1907 sur l'intéressement des
salariés. Au 1er septembre dernier, 8000 accords avaient été
conclus pour l'application de cette ordonnance, intéressant
près de 9 000 entreprises et quatre millions de salariés.
L'application de l'ordonnance de 1967 a suscité
la création d'un grand nombre de comités d'entreprises
là où il n'y en avait pas. Le montant total de la réserve
de participation dont l'ordonnance prévoit qu'elle doit être
distribuée aux travailleurs est passé de 766 millions
de francs à 1 700 millions de francs de 1968 à 1971,
ce qui correspond, cette année, à 620 F pour chaque
travailleur qui en bénéficie. Le champ d'application
de ces dispositions sera élargi.
Enfin, à l'initiative du Président
Georges Pompidou, une partie du capital des entreprises nationalisées
a été attribuée au personnel de ces entreprises.
Dans cet esprit, nous encourageons l'actionnariat des personnels dans
les sociétés du secteur privé.
Dans le même temps, nous ferons en sorte
que tous les travailleurs, et notamment les cadres qui ont un rôle
essentiel dans les entreprises, puissent effectivement exercer, à
tous les niveaux de décision, les responsabilités qui
leur incombent. Il s'agit, en réalité, de transformer
en profondeur des rapports entre les hommes, c'est-à-dire de
ce que sera, dans l'avenir, notre société. Nos adversaires,
les auteurs du programme socialo-communiste, ne la conçoivent
que dans l'étatisation des hommes et des choses. Nous la voyons
placée sous le signe de la responsabilité et de la liberté.
Aujourd'hui commence le combat dont l'issue
sera la décision que les Françaises et les Français
prendront dans deux mois (...)
(...) Groupés dans l'Union des Républicains
de Progrès, nous voulons être, par le vote des Françaises
et des Français, la majorité nouvelle de demain. Pour
y parvenir, nous devons combattre. Ensemble nous irons à la
bataille et, pour la France, ensemble nous la gagnerons.