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Extrait du discours de M. Pierre Messmer à Provins.
Le 7 janvier 1973.

    Voici que dans deux mois les Français auront rendez-vous avec eux-mêmes. Ce sera aussi un rendez-vous avec le passé de la France et avec l'avenir que les Français veulent pour leur pays. Car c'est alors qu'ils jugeront ce qui a été fait, pour eux et par eux, tout au long de ces dernières années, et qu'ils choisiront la voie à suivre pour atteindre, dans les années qui viennent, les buts qu'ils se proposent.
    À ce rendez-vous, nous sommes présents, nous qui avons su rassembler la majorité des Français pour les grands objectifs qui s'identifient à l'intérêt supérieur de la France, nous qui avons eu l'honneur et la charge d'assumer et de défendre les intérêts du pays aux côtés du général de Gaulle, puis du président Georges Pompidou, nous dont la vie et l'action se sont confondues avec l'histoire de la Ve République.
    Pour nous, ce rendez-vous sera une épreuve décisive. D'abord parce que, pour la première fois, nous allons être jugés par les Français sans que le général de Gaulle soit parmi nous, et par conséquent jugés uniquement sur ce que nous avons fait, sur les engagements que nous prenons et sur la confiance que nous inspirons.
    Mais ce rendez-vous est aussi une épreuve décisive, parce qu'il sera l'occasion de montrer si nous avons su conserver l'union, la solidité, la cohésion qui ont fait notre force et qui permirent, il y a trois ans et demi, de surmonter l'épreuve que constituait pour nous, mais également pour la République, le départ du général de Gaulle, et de faire triompher celui qui est aujourd'hui à notre tête, le Président Georges Pompidou (...).
    Mais le peuple a le droit de nous demander quel a été le chemin parcouru. Il a le droit de nous demander ce que nous avons fait, nous qui avons obtenu sa confiance. Et nous avons le devoir de répondre en présentant un bilan qui n'est pas seulement le nôtre, mais celui du pays et en disant ce que nous proposons pour que continuent les progrès de la France.
    Depuis 1969, la France connaît un taux de croissance de son produit national supérieur à 6 % par an. Cela signifie qu'en quatre ans les richesses de la nation ont augmenté de plus d'un quart. La France détient dans le monde occidental le « ruban bleu » de l'expansion. Avec plus de 26 % de croissance, en volume, du produit national brut, elle dépasse la Belgique, l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Italie ; sa croissance est deux fois plus rapide que celle du Royaume-Uni, trois fois plus rapide que celle des États-Unis.

    LA PLUS FORTE CROISSANCE DU MONDE OCCIDENTAL

    Des observateurs étrangers ont pu parler du miracle économique français. Mais il faut se méfier des mots : en économie comme en politique, il n'y a pas de miracle. Un pays récolte ce qu'il a semé. C'est parce que le gouvernement a, dans le Ve Plan d'abord, puis en adoptant un plan plus ambitieux encore pour la période 1970-1975, mené une politique délibérée de croissance, c'est parce que les Français ont travaillé, que nous avons atteint les résultats que beaucoup nous envient.
    Ce qui est plus important, c'est que l'état actuel de notre économie montre que nous sommes sur une bonne lancée. Après avoir évité, dans les années 1970 et 1971, un ralentissement qui a frappé la plupart des grands pays étrangers, nous animons la phase d'expansion rapide dans laquelle le monde est entré. Pour 1972, les perspectives de croissance que nous avions annoncées au début de l'année sont dépassées. Pour 1973, toutes les enquêtes, tous les indicateurs économiques nous permettent de prédire une année de forte expansion, peut-être supérieure à 6%.
    Grâce à cette expansion, les problèmes de l'emploi peuvent être résolus de façon satisfaisante, sauf exception locale ou temporaire. Un autre élément important est la progression rapide des offres d'emploi qui manifeste le dynamisme de notre économie. L'inadaptation des demandes et des offres sera progressivement réduite par le succès du programme de formation professionnelle et de formation permanente qui est en cours. Cet effort, nous aurons à le continuer : le plein emploi et le meilleur emploi constituent la priorité essentielle du gouvernement. Nous nous sommes donné les moyens d'y parvenir.
    Si la croissance que nous avons connue au cours des dernières années a été plus forte que celle de nos principaux partenaires, elle a été aussi plus régulière, ce qui permet d'éviter des à-coups et d'atténuer les inégalités.

    UNE CROISSANCE PLUS RÉGULIÈRE ET PLUS GÉNÉRALE

    En regardant les taux de croissance de ces dernières années, on s'aperçoit que la France a toujours maintenu une croissance supérieure à 5% par an. Cette régularité, nous avons essayé de la réaliser aussi dans l'espace en faisant en sorte que toutes les régions de notre pays connaissent un développement satisfaisant. Ce fut l'affaire de l'aménagement du territoire et d'une politique rationnelle d'impulsion ou de maintien d'activités industrielles, agricoles ou touristiques. Tout n'est pas parfait et plusieurs régions ont encore des difficultés tenant au déclin d'activités anciennes et à la lenteur de certaines reconversions. Mais il s'agit d'hommes, d'habitats, d'équipements publics, d'implantations d'usines, d'ateliers ou de commerces, tous problèmes humains et techniques complexes.

    LA PROMOTION DES RÉGIONS ET DES VILLES MOYENNES

    Un aspect de cette politique est la promotion des villes moyennes où le coût de l'urbanisation est moindre et où les conditions de vie sont plus conformes aux exigences de nos contemporains, car on peut plus facilement qu'ailleurs conjuguer commodité et agrément de la vie. C'est ainsi que si une de ces villes justifie d'un projet d'implantation intéressant, les mêmes avantages que pour une installation dans une métropole pourront être accordés. Qu'il s'agisse de l'enseignement, de la vie culturelle et des loisirs ou des transports, elles bénéficieront des installations ou des liaisons propres à stimuler leur vitalité. Par exemple, nous construirons une piscine couverte dans toutes les villes de plus de 10 000 habitants et nous donnerons priorité aux villes moyennes dans l'attribution de la subvention globale d'équipement.
    Je ne voudrais pas vous accabler de chiffres, mais simplement donner quelques exemples : l'industrie automobile, autrefois localisée en région parisienne, a suscité entre 1965 et 1970 la création de plus de 30 000 emplois en province. Les dix régions situées à l'ouest d'une ligne Le Havre-Marseille, qui avaient perdu 400 000 personnes actives au cours de la période 1954-1962, en ont gagné 200 000 entre 1962 et 1968, en dépit d'une certaine accélération de l'exode agricole. Depuis 1969, 100 000 emplois ont été créés dans l'Ouest et dans les zones à reconvertir. Les réalisations que nous avons suscitées à Fos, à Toulouse, à Rennes, les équipements littoraux que nous avons aménagés, sont, entre autres exemples, la preuve de notre activité dans ce domaine et fixent la ligne de nos ambitions.
    Croissance forte, croissance régulière, mais aussi croissance équilibrée.

    LE PROBLÈME DES PRIX

    Je voudrais, à ce propos, insister sur deux problèmes qui nous ont préoccupés et qui nous préoccupent encore. Le premier est celui des prix, à l'heure actuelle seul point noir de l'économie française, comme il est d'ailleurs l'inquiétude majeure des économies occidentales.
    Le fait de constater qu'il s'agit d'un phénomène mondial et que la France, contrairement à ses habitudes, connaît une hausse des prix plutôt moins forte que celle de ses voisins, n'est pas une consolation. Nous avons compris le danger de l'inflation pour l'avenir de notre économie et les risques graves qu'elle fait peser sur le progrès social et sur le niveau de vie de certaines catégories de Français. Certes, le pouvoir d'achat des salariés continue à croître rapidement — plus de 4% en 1972 — mais cette situation serait précaire si nous ne parvenions pas à maîtriser la hausse des prix (...).

    LE SURÉQUILIBRE DU COMMERCE EXTÉRIEUR ET LA MONNAIE

    Le deuxième équilibre traditionnel auquel on pense lorsqu'on parle de croissance est celui du commerce extérieur. Sur ce point, nous avons obtenu des résultats spectaculaires. Notre balance commerciale est en suréquilibre, à près de 105 % en 1972, ce qui atteste de la compétitivité de notre économie. Nos réserves de change dépassent 45 milliards de francs. (...)
    Pour que notre croissance puisse, comme au cours des années passées, continuer à un rythme rapide et sur des bases saines, encore faut-il que les structures de notre industrie, de notre agriculture, de notre commerce, de notre artisanat, de nos services, soient modernes et aptes à supporter une concurrence de plus en plus vive dans un monde de plus en plus ouvert.
    Cet effort de modernisation nous l'avons entrepris et chaque Plan a insisté sur des mesures nouvelles. Le bilan que nous pouvons dresser à la fin de cette législature, pour spectaculaire qu'il soit, ne doit pas nous inciter à relâcher notre effort.

    L'INDUSTRIALISATION

    Le VIe Plan a mis l'accent sur l'industrialisation de la France. Nous avons donc engagé une politique volontariste de développement des investissements industriels, d'aide à la restructuration des entreprises et nous avons mis en chantier des réalisations dont dépend notre avenir industriel. Je me réfère au seul indicateur qui permet de mesurer le progrès accompli, celui du commerce extérieur. En deux ans, nos exportations de biens d'équipement ont augmenté de 50%, celles de nos biens de consommation de 58%. Le taux de couverture des importations françaises par les exportations qui était négatif jusqu'en 1969, pour les biens d'équipement a été en 1971 de 104,5%. Cet accroissement très net de la part de nos produits industriels dans nos exportations témoigne de la vitalité nouvelle de notre industrie. Il nous reste de grands efforts à faire, ne serait-ce que parce que nos concurrents améliorent eux aussi, chaque jour, leur compétitivité. Il faut étudier avec attention certains secteurs comme les industries agricoles et alimentaires ou l'industrie mécanique. Nous avons les moyens d'aider à leur adaptation, mais s'ils devaient s'avérer insuffisants, nous définirions, en liaison avec les professions, une stratégie plus offensive.

    LA MODERNISATION DE L'AGRICULTURE

    Dans l'agriculture, un effort soutenu de modernisation a été réalisé, année après année. Les lois d'orientation agricole ont défini les grandes lignes de notre action et progressivement nous avons fixé de nouveaux objectifs, notamment en matière d'élevage ou d'équipement des exploitations, pour faire de la France ce qu'elle ne devrait jamais cesser d'être : un grand pays producteur et exportateur de produits agricoles de qualité.
    En regardant la situation de notre agriculture, nous pouvons affirmer que la plupart des grands problèmes ont été résolus ou sont en bonne voie de l'être. En tout cas, nous avons créé les moyens — je pense notamment à l'Office de la Viande — pour favoriser une politique dynamique de l'élevage. Il reste le problème difficile des produits laitiers, que nous traiterons au cours de l'année 1973, en liaison avec nos partenaires européens, et du marché du vin qui fait l'objet d'une attention vigilante du gouvernement.

    L'AIDE AUX JEUNES AGRICULTEURS

    Après les mesures prises par les pouvoirs publics, les plus récentes étant celles décidées à la conférence agricole d'automne — et je ne rappellerai que la plus significative, l'aide exceptionnelle à l'installation des jeunes agriculteurs dans les zones difficiles — et compte tenu de l'état des prix et des aides, nos agriculteurs éprouvent réconfort et meilleure confiance en leur avenir. Pour la commodité de la vie à la campagne, nous ferons en sorte que tous les programmes d'équipement rural, eau potable et électricité, qui sont à des taux variables d'exécution, soient, tous et partout, achevés dans cinq ans.

    L'ORGANISATION DU COMMERCE ET LA PROTECTION SOCIALE DES COMMERÇANTS

    Dans le commerce, nous avons traité le problème social et celui de l'organisation.
    Nous voulons que le commerce indépendant bénéficie de protection et d'avantages sociaux comparables à ceux que reçoivent les autres catégories. Cette exigence de justice est apparue d'autant plus impérieuse qu'il s'agit d'un secteur en pleine mutation. C'est dans cet esprit que le Parlement a voté de nouvelles lois sur la retraite, l'aide aux commerçants âgés, et la couverture des risques sociaux. Mais il faut aller plus loin. Nous sommes convaincus que dans une société comme la nôtre le commerce indépendant et les formes plus concentrées de distribution peuvent et doivent coexister, chacune répondant à un besoin du consommateur.
    Pour redonner confiance aux commerçants indépendants, nous leurs fournirons les moyens de lutter à armes égales dans le domaine de la distribution. Nous avons ainsi déposé un projet de loi d'orientation du commerce qui n'a pu être discuté par le Parlement en cette fin de session très chargée, mais qui sera en 1973 un des textes législatifs les plus importants dont les élus de la nation auront à délibérer.

    LE DÉVELOPPEMENT DES ZONES RURALES

    Nos ambitions, comme l'évolution de notre société, nous conduisent à prendre désormais une vue plus globale de notre économie. Il n'est plus possible de traiter de l'agriculture sans aborder l'ensemble des questions relatives au développement rural et ses liens avec l'artisanat et avec l'industrie. Il n'est plus possible d'aborder les problèmes du tourisme sans penser aux exigences de la société industrielle et aux besoins de tous les citoyens, de tous les travailleurs, à la recherche d'évasion et de repos. Il n'est plus possible d'aborder le problème de la restructuration de nos grandes entreprises sans penser à la taille des usines, à leur environnement, à leur insertion dans le cadre urbain ou rural. En un mot, à la modernisation nécessaire de nos structures nous devons ajouter la dimension humaine et la dimension sociale. Je prendrai deux exemples pour mieux faire comprendre ma pensée. Le premier concerne l'agriculture ; nous avons jusqu'ici accepté en l'humanisant l'exode rural qui a d'ailleurs permis d'agrandir ou de regrouper les exploitations. Mais il nous faut maintenant réexaminer ce problème en pensant, plus que nous l'avons fait par le passé, au coût social de réinsertion des agriculteurs dans la vie urbaine et dans les activités industrielles et commerciales, et aussi au danger que constituerait l'abandon de nos campagnes. L'agriculture n'intéresse pas que les agriculteurs, elle est aussi un des éléments de notre équilibre national.

    LE COMMERCE ET L'ARTISANAT LIÉS AU DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL

    Le deuxième exemple concerne le commerce et l'artisanat. Nous devons penser à la liaison nécessaire entre l'industrie et ces deux secteurs et coordonner les efforts dans l'intérêt des producteurs comme des consommateurs. Le commerce a plusieurs fonctions : C'est un débouché pour nos producteurs, un métier pour les commerçants, un service indispensable, un élément de la qualité de la vie pour les consommateurs.

    UNE ÉCONOMIE PLUS HUMAINE

    Maintenant que nous avons réussi à moderniser notre économie, il faut donc rechercher ensemble une dimension nouvelle, la plus importante sans doute, celle de l'homme, et voir les activités économiques, d'abord comme des moyens de parvenir à plus de bonheur pour tous. C'est une grande tâche à laquelle nous convie l'évolution de notre pays et qu'il faudra poursuivre activement, puisque les conditions de base sont désormais remplies, durant la prochaine législature.

    L'EFFORT POUR LA RECHERCHE ET LES INDUSTRIES DE POINTE

    Les perspectives que je viens d'ouvrir sont celles qui permettront à la France d'aborder dans des conditions satisfaisantes la fin du xxe siècle. Encore faut-il que nous ne soyons pas absents sur le plan technique et technologique du grand courant de transformations qui s'amplifie dans le monde. Il faut conforter et moderniser les activités professionnelles. Mais il faut aussi, même si l'effort peut paraître coûteux à court terme, développer les activités qui seront celles du monde de demain.
    À l'effort de recherche que nous considérons comme capital, nous consacrons une part importante de notre produit national brut, aussi bien dans la recherche fondamentale que dans les sciences humaines et la recherche appliquée. Cet effort ne doit pas être relâché et nous l'accentuerons au cours des prochaines années en l'appliquant aux secteurs les plus urgents.
    Nous avons accompli beaucoup dans des domaines d'où nous étions menacés d'être exclus : l'informatique, l'espace, l'industrie nucléaire, l'industrie aéronautique, et j'en passe. Nos adversaires nous reprochent parfois les crédits que nous affectons à ces secteurs mais ils restent muets sur les conséquences qui résulteraient d'un abandon ou d'un relâchement de notre entreprise. En raisonnant ainsi, ils condamnent des centaines de milliers d'ingénieurs et d'ouvriers et ils signent à terme l'arrêt de mort de notre indépendance. Comment peut-on concevoir que notre pays soit absent de ce qui, de l'avis de tous les spécialistes, constituera le cœur même de la puissance économique ? Ce n'est pas une question d'ambition, c'est une question de survie nationale.
    Cet effort, nous essayons comme dans d'autres domaines de le mener en collaboration avec nos partenaires du Marché commun. Nous y sommes quelquefois parvenus : je pense aux productions que nous avons réussies avec nos voisins dans l'aéronautique et l'informatique. Nous chercherons à aller plus loin en essayant de convaincre nos partenaires qu'il s'agit, pour l'Europe, de son intérêt et de son devoir.
    Voilà le bilan que nous présentons pour l'essentiel, c'est-à-dire pour la croissance dont tout dépend. C'est grâce à la croissance que nous avons pu faire ce qui a été fait et qui doit être dit pour que le peuple se prononce en connaissance de cause dans deux mois. Si vaste a été l'action des pouvoirs publics, si nombreuses et si variées les formes de cette action, que le bilan que nous dressons aujourd'hui ne peut être complet. L'action que nous avons menée intéresse tous les domaines : la condition des travailleurs, la situation des familles, les personnes âgées, la santé, l'éducation, les grands équipements collectifs, l'aménagement du territoire et l'environnement, la participation des citoyens à toutes les formes de la vie publique économique et sociale.

    L'ACCROISSEMENT DU POUVOIR D'ACHAT

    Toute élévation du niveau de vie, tout accroissement du pouvoir d'achat se traduisent par un accroissement de la consommation. Ici, les faits parlent un langage clair : de 1959 à 1972, sous la Ve République, la consommation des ménages a doublé. On pourra dire ce qu'on voudra dans les discours de propagande et dans les programmes électoraux de l'opposition ; rien n'empêchera les Français de constater que le grand essor de la production a profité directement à la population tout entière. Personne n'est resté totalement à l'écart.
    La hausse du pouvoir d'achat s'est traduite par de plus grandes possibilités d'épargne pour la majorité des familles, la part qui y est consacrée s'étant accrue de plus de 70% depuis 1968.
    La hausse des salaires a été constamment supérieure à la hausse des prix, si regrettable que soit celle-ci. Entre janvier 1968 et juillet 1972, le salaire moyen s'est accru de plus de 63 %, ce qui correspond à une amélioration du pouvoir d'achat de 28 %.
    J'ajoute aussi que la politique fiscale du gouvernement a favorisé cette augmentation du pouvoir d'achat puisque le Conseil national des Impôts a constaté que « les aménagements apportés au tarif de l'impôt entre 1959 et 1971 ont eu pour effet de neutraliser l'évolution des prix ».

    RÉDUIRE LES ÉCARTS SOCIAUX

    Nous nous proposons d'ailleurs d'améliorer encore la situation des catégories les moins favorisées. Nous allégerons l'impôt sur les revenus les plus faibles. En matière de fiscalité, notre souci est double : éviter une charge excessive pour le contribuable, et là encore je citerai le rapport du Conseil national des Impôts qui précise « qu'à revenu équivalent en francs constants le prélèvement fiscal opéré par l'impôt est, d'une façon générale, inférieur à ce qu'il était en 1959 ». En second lieu, appliquer le principe « à revenu égal, impôt égal ! » sans oublier son corollaire la lutte impitoyable contre les fraudeurs.
    Je donne à ce sujet l'assurance que tous les objectifs que nous proposons pour les années à venir sont réalisables sans surcharge fiscale, en utilisant les plus-values de la croissance économique que nous avons prévue et organisée.
    Le salaire minimum de croissance remplace depuis 1969 le salaire minimum garanti. Au-delà du maintien de leur pouvoir d'achat, il fait désormais participer les rémunérations les plus faibles à l'essor de l'économie : c'est ainsi qu'il a presque doublé en quatre ans, ce qui représente une amélioration du pouvoir d'achat de 52 %.
    Ce n'est pas le seul domaine où des progrès ont été accomplis vers la réduction des écarts excessifs de ressources. La politique contractuelle permet d'harmoniser l'évolution des salaires des entreprises publiques avec celle des autres secteurs de l'économie. Les salaires féminins ont crû plus vite que les salaires masculins, et, grâce à la loi qui vient d'être votée, ils devront être identiques pour un même emploi.
    Dans la prochaine législature, nous ferons en sorte que la rémunération des fonctionnaires progresse parallèlement aux salaires du secteur privé.

    AMÉLIORATION DES CONDITIONS DE TRAVAIL

    La loi a renforcé les droits des travailleurs dans l'entreprise. C'est ainsi que depuis 1969 sont autorisées les sections syndicales d'entreprises. C'est ainsi qu'ont été conclues autant de conventions collectives, entre 1968 et 1970, qu'entre 1960 et 1968. C'est ainsi qu'une loi de 1971 a permis la conclusion d'accords d'entreprises dont le champ d'application est beaucoup plus large que celui des anciens contrats collectifs. C'est ainsi que des textes nouveaux garantissent plus fermement l'exercice du droit syndical dans l'entreprise, réduisent la durée maximale du travail et renforcent les moyens de l'inspection du travail, surtout en matière d'hygiène et de sécurité.
    Car nous n'avons pas oublié que pour beaucoup de travailleurs le métier est souvent un risque. La prévention des accidents du travail est l'une des tâches capitales d'une société industrielle moderne. À cet égard, les progrès que nous avons accomplis doivent être connus des travailleurs : après dix ans d'efforts les accidents du travail sont moins nombreux en France qu'en Allemagne et en Italie.
Il faut aller plus loin dans l'amélioration des conditions de travail, et d'abord continuer de rendre sa noblesse au travail manuel. Depuis l'initiative spectaculaire du président Georges Pompidou, la mensualisation a fait de grands progrès. Cette année, les trois quarts des ouvriers du secteur privé seront payés mensuellement, alors qu'en 1969, seulement, 15 % l'étaient. La mensualisation sera rapidement achevée.
    Il faut aussi trouver les formules qui, sans nuire à la productivité des entreprises, permettront de limiter le travail à la chaîne et d'humaniser les conditions de travail. Dès le printemps, le Parlement examinera un projet de loi pour favoriser le dialogue sur ces questions au sein de l'entreprise et encourager l'adaptation des horaires. En 1969, la loi a consacré un fait largement acquis en fixant la durée du congé annuel à 4 semaines. Nous procéderons de même, par incitation, puis obligation légale, pour généraliser la journée continue, plus tard la semaine de 5 jours.
    L'Agence nationale pour l'Emploi qui rend tant de services aux travailleurs sera en 1973 implantée dans tous les départements. Il faut savoir que le Fonds national de l'Emploi, en facilitant les transitions, en permettant les reconversions, en aidant directement les travailleurs à acquérir de nouvelles qualifications, s'attaque au fond du problème qui est presque toujours l'inadaptation entre les demandeurs d'emplois et les emplois qui leur sont offerts. Une grande partie des demandeurs d'emplois étant des jeunes qui n'ont pas encore travaillé, le gouvernement vient d'instituer une prime qui leur permet de se déplacer pour trouver leur premier emploi.

    LES GRANDES LOIS SUR LA FORMATION PERMANENTE

    Que les Français sachent aussi que la législature qui s'achève a donné une impulsion décisive a la formation professionnelle permanente. Elle a été marquée par l'accord conclu, a l'instigation du gouvernement, entre les employeurs et les syndicats, le 8 juillet 1970, sur l'organisation de la formation professionnelle. C'était un accord sans précédent dans l'histoire du monde industriel et qui n'a encore aucun équivalent dans les pays du même niveau de développement que le nôtre. Après quoi, le Parlement a voté les grandes lois de juillet 1971 sur la généralisation de la formation permanente, sur la promotion sociale, sur la réforme de l'apprentissage, sur la revalorisation de l'enseignement technique. Il ne faut pas s'y tromper : à terme, l'application de ces lois entraînera de profondes transformations dans la société française. Elles constituent la promesse que des millions de travailleurs connaîtront dans l'avenir un développement humain, social, culturel qui leur était inaccessible auparavant. Elles préparent l'abolition des barrières qui isolaient les unes des autres les catégories sociales et professionnelles, aggravant ainsi les divisions et les malentendus entre Français. Elles annoncent la fin du règne exclusif d'une élite trop étroite et trop fermée. À elles seules, les lois sur la formation permanente constituent l'une des plus grandes réformes sociales de notre histoire ; elles peuvent être la fierté de la législature et de ceux qui les ont votées.

    LES DROITS DES FEMMES

    La vie de l'homme et de la femme dans leur travail n'est pas tout : il y a aussi leur vie familiale. De profondes réformes ont déjà adapté le droit de la famille à l'évolution du monde moderne et fait de la femme l'égale de son mari dans le couple. Après la réforme des contrats matrimoniaux, celle des règles de tutelle et d'émancipation, en 1964 et 1965, c'est l'autorité parentale, puis les règles de la filiation, enfin le régime de versement des pensions alimentaires qui ont été profondément transformés. Un premier effort vient d'être fait pour les divorcées ; il sera complété en sorte qu'aucune divorcée ne puisse être réduite au dénuement parce qu'elle n'arrive pas à percevoir sa pension alimentaire.
    En même temps, nous donnerons aux couples le moyen d'exercer, en pleine conscience, leur responsabilité la plus haute, celle d'avoir des enfants. Il s'agit là d'un problème de morale personnelle, chacun doit en tenir compte. À cet égard, s'il est nécessaire de réformer la loi sur l'avorterment de 1920 tout en prenant garde que cela pose la grande question du respect de la vie et qu'il faut aussi songer aux risques humainement et psychologiquement redoutables qui en résultent pour les femmes, c'est par le contrôle libre et conscient des naissances que les couples, et d'abord les femmes, peuvent assumer leur responsabilité. C'est pourquoi toutes les dispositions nécessaires seront prises pour l'application intégrale de la loi sur la contraception qui donne aux parents la liberté de choisir le moment où naîtront leurs enfants.
    Responsabilité des femmes : aujourd'hui, les femmes ne veulent plus être vouées au seul rôle de ménagère. L'accès libre et égal de toutes les femmes à tous les emplois sera non seulement un principe, mais une réalité aussi étendue que possible. Le travail à temps partiel si utile pour beaucoup de Françaises a déjà été encouragé et réglementé. Le mi-temps ou la formule des horaires libres seront généralisés au profit de toutes les mères qui le souhaitent.
    Pour qu'elles puissent consacrer le temps nécessaire à leurs enfants, tout en poursuivant une activité professionnelle si elles le désirent, une aide pour la garde des enfants a été instituée, l'allocation de salaire unique a été accrue pour les familles les moins fortunées, des crédits importants ont été consacrés à la construction des crèches. Nous poursuivrons dans cette voie en créant 2 000 crèches et garderies nouvelles.

    UN CONTRAT DE PROGRÈS AVEC LES FAMILLES

    Notre politique familiale doit connaître de nouveaux développements dans le cadre du contrat de progrès avec les familles souhaité par le Président de la Répullique.
    Ce contrat de progrés qui sera discuté avec les responsables des associations familiales pourrait reposer sur trois principes simples : une garantie d'évolution des allocations de revenu, une refonte des prestations spécifiques dans le sens de la simplification, une amélioration des aides que la collectivité nationale doit apporter aux handicapés et à leur famille.
    Déjà, les abattements de zone ont été supprimés et des allocations nouvelles créées pour répondre aux besoins des orphelins et des handicapés. La compensation des charges familiales sera poursuivie : nous étendrons notamment à toute la durée de l'enseignement obligatoire la gratuité des livres de classe, des fournitures et des transports scolaires.

    LE DROIT DE VOTE A 19 ANS

    La jeunesse, c'est à elle qu'est consacré l'immense effort accompli pour l'éducation nationale. Ce que nous avons fait là équivaut, en importance, à ce que la IIIe République a fait pour l'école primaire. Et ce que nous avons mis en train pour la formation professionnelle dont profitent d'abord les jeunes, a peut-être autant d'importance que les plus grandes lois sociales. L'époque où nous vivons témoigne d'un profond changement des mœurs : et cela est vrai d'abord pour les jeunes. La loi doit en tirer les conséquences. C'est pourquoi nous demanderons a la prochaine Assemblée Nationale de décider l'attribution de tous leurs droits politiques aux jeunes Françaises et Français, dès l'âge de 19 ans.

    600 000 LOGEMENTS PAR AN

    Chacun sait que le logement fut longtemps sacrifié aux autres préoccupations économiques et sociales. La France avait un retard déplorable qu'il était impossible de rattraper en quelques années. Le bilan que nous présentons sur ce point est réconfortant. Entre les deux guerres mondiales, on n'a construit en France que 100 000 logements par an. De 1945 à 1958 on n'achevait chaque année que 128 000 logements en moyenne tandis que l'Allemagne en construisait 460 000. En 1972, 500 000 logements neufs ont été achevés et 540 000 mis en chantier dont 160 000 H.L.M. au lieu de 94 000 il y a douze ans. Aujourd'hui, nous construisons par an 10 logements pour 1000 habitants. Seul des grands pays industriels, le Japon fait encore un peu mieux. Sur ces bases, nous pouvons nous fixer l'objectif global de 600 000 logements par an ; il est a notre portée. Dans ce chiffre, la part des maisons individuelles auxquelles les Français aspirent tant, ira croissant. Nous réserverons aussi des programmes prioritaires dans les villes aux jeunes ménages et aux personnes âgées valides.
    L'une des grandes lois sociales de la législature qui s'achève fut celle qui étend le bénéfice de l'allocation logement aux personnes âgées, aux handicapés, aux mères célibataires, aux jeunes ménages. Au total, un million de personnes, dont 700 000 personnes âgées, s'ajoutant aux trois millions de personnes qui en bénéficiaient déjà. Et le double effort pour rationaliser la construction et mieux gérer les organismes de logement social a porté ses fruits. En 1950, le prix d'une H.L.M. de trois pièces représentait cinq années de salaire d'un ouvrier métallurgiste parisien ; il n'en représente plus que trois. Et l'effort pour le logement neuf s'étend maintenant aux logements anciens, grâce à la création en 1970 d'une Agence nationale d'Amélioration de l'Habitat qui, chaque année, peut doter 200 000 logements du confort que l'on exige aujourd'hui. Nous voila donc sortis d'une trop longue période de marasme et de pénurie.

    LA SANTÉ PUBLIQUE

    L'accroissement considérable du budget de la Sécurité sociale, en particulier celui de l'assurance-maladie, témoigne de la solidarité du pays en faveur des malades. Parmi les initiatives nouvelles, la réforme hospitalière doit être soulignée. Elle vise à construire plus d'hôpitaux modernes, à un moindre coût. Elle tend surtout à nous délivrer des hôpitaux vétustes dont la survivance devient intolérable. Déjà, nous avons obtenu de sérieux résultats : depuis six ans, le nombre des lits se trouvant dans des salles de plus de quatre malades a été réduit du quart.
    Cette amélioration des équipements hospitaliers va de pair dans notre esprit avec notre profond attachement àla conception libérale de la médecine.
    En même temps, la politique de la santé étendait son action aux handicapés qui furent trop longtemps des oubliés de notre législation sociale. 11 y a 120 000 jeunes handicapés, en France, 1 500 000 handicapés adultes dont 600 000 âgés. Désormais, 100 000 familles bénéficient d'une allocation pour les mineurs handicapés, 230 000 handicapés adultes touchent une allocation s'ils n'ont plus leurs parents, une aide particulière est attribuée aux familles pour l'éducation spécialisée dont les jeunes handicapés ont besoin. Tout cela a été décidé et réalisé par nous. Tout cela sera poursuivi et sera accompagné d'une simplification des règlements et des formalités.

    DOUBLEMENT DES RETRAITES MINIMALES

    Pour les personnes âgées, la solidarité nationale a permis un effort sans équivalent dans le passé. Le minimum de ressources garanti à tout retraité a augmenté, depuis 1959, deux fois plus vite que les prix et moitié plus vite que les salaires. Au cours de la seule année 1972, il a été augmenté de 23% et l'objectif du VIe Plan est déjà atteint. Mais cela ne suffit pas. Avant la fin de la législature, nous doublerons le montant du minimum-vieillesse et la référence à l'obligation alimentaire qui décourage trop de vieillards à demander l'aide de la collectivité, sera abrogée.
    En matière de retraite comme ailleurs nous avons choisi de donner à chacun le moyen d'exercer librement son choix. La réforme du régime de l'inaptitude, la prise en compte d'un nombre plus important d'années de cotisations, la référence aux dix meilleures années de la carrière, la généralisation des retraites complémentaires, l'institution d'un régime de pré-retraite pour les chômeurs âgés, sont autant de moyens qui permettent aux travailleurs de cesser leur activité à l'âge qui correspond le mieux à leur état de santé et à leur préférence personnelle.
    Il y a longtemps que l'âge d'ouverture des droits à la retraite est fixé en France à 60 ans, mais à un taux réduit. Nous voulons qu'avant la fin de la prochaine législature, les Français puissent, à partir de 60 ans bénéficier du taux de pension qu'ils reçoivent actuellement à 65 ans. Déjà les mesures prises en 1972 ont amorcé cette évolution. Nous l'accélérerons.
    Une loi-cadre, véritable charte du troisième âge, amplifiera ce qui a été entrepris pour améliorer les conditions de vie des personnes âgées et d'abord leur logement en leur permettant, si elles le préfèrent et le peuvent, de rester à leur domicile. Elle organisera la gratuité des transports quotidiens ; elle accordera celle des soins médicaux aux personnes âgées de plus de 65 ans exonérées de l'impôt sur le revenu.

    L'ÉGALITÉ DES CHANCES

    L'éducation nationale est le premier souci de l'État, c'est aussi le premier budget. En 1958, il y avait 7,4 millions d'élèves dans l'enseignement public, 11 millions l'année dernière. Désormais les trois quarts des enfants de 3 à 4 ans sont scolarisés et 93% de 4 à 5 ans. Au cours des trois dernières années, un collège d'enseignement secondaire ou d'enseignement général est sorti de terre chaque jour, un collège d'enseignement technique chaque semaine, un lycée de 1 200 places chaque quinzaine. En même temps, l'augmentation du nombre des enseignants a permis d'abaisser les effectifs par classe. On sait les profonds changements qui sont intervenus dans notre enseignement avec la création d'un véritable tronc commun du premier cycle de l'enseignement secondaire qui évite les sélections précipitées et irréversibles. Ainsi, l'égalité des chances entre les enfants de toutes les familles est-elle mieux assurée. D'autre part, toute discrimination entre l'enseignement technique et l'enseignement général a été abolie : en particulier, l'accès à l'enseignement supérieur a été ouvert à tous les bacheliers techniques. Ainsi ont été supprimées les barrières qui isolaient notre enseignement technique et tendaient à en faire un enseignement au rabais où l'on voulait bien envoyer les enfants des autres, mais jamais les siens.

    UN NOUVEL EFFORT POUR LES ÉCOLES MATERNELLES

    L'effort entrepris ne saurait se relâcher. Il faut mieux assurer encore l'égalité des chances. Si la France, pour les écoles maternelles, se trouve déjà en tête de tous les pays européens, la scolarisation à ce stade doit être améliorée. C'est pourquoi nous multiplierons nos classes enfantines pour y recevoir tous les enfants, y compris ceux des campagnes, à partir de l'âge de 2 ans.
    Avant la fin de la législature, tous les collèges d'enseignement secondaire et les collèges d'enseignement général seront nationalisés. Là comme ailleurs, la préoccupation de la promotion sociale a été déterminante dans l'action du gouvernement comme en témoignent aussi les crédits accordés aux bourses d'études qui atteignent maintenant le montant record d'un milliard de francs, deux fois plus qu'il y a six ans.
     Mais l'un des problèmes majeurs de l'Éducation nationale ne peut s'exprimer en volume de dépenses, en nombre de maîtres et de places : il s'agit de la qualité de l'enseignement et des conditions dans lesquelles il est dispensé.

    LA FORMATION DES MAITRES ET L'ADAPTATION DES PROGRAMMES

    La tâche de longue haleine que constitue l'adaptation des programmes et des méthodes se poursuit. En même temps les modalités de la formation des maîtres, en particulier ceux du second degré, vont être revues. Ce sera le meilleur moyen d'établir, dans toutes les classes, une atmosphère de travail sérieux dans un esprit d'ouverture à tous les problèmes que les élèves auront un jour à affronter.
    Et surtout, l'autorité des chefs d'établissement et des maîtres qui veulent en user sera assurée, et là où ce sera nécessaire, restaurée. Il ne doit plus y avoir de ces abus patents qui risquent de troubler ou de démoraliser les enfants. La liberté pédagogique n'est pas en cause ; il s'agit de rappeler à tous, parents et enseignants, leurs responsabilités. Une information d'un type nouveau se fera dans les lycées à la rentrée prochaine. J'en reparlerai dans quelques jours aux jeunes eux-mêmes.

    LES ÉQUIPEMENTS COLLECTIFS

    Jamais sans doute les équipements collectifs ne seront suffisamment nombreux et variés tant sont grands les besoins du pays. Mais aucune législature n'a vu s'accomplir autant de progrès dans ce domaine. Les autoroutes en sont un témoignage éclatant : depuis 1969, une nouvelle politique a permis la mise en service de 200 km d'autoroutes chaque année. Il y avait quelques dizaines de kilomètres d'autoroutes en service en 1958 ; il y en a 2 000 maintenant. Il y en aura 6 000 environ en 1978. Tout en restant centré sur la région parisienne, le réseau ne sera pas conçu exclusivement à son profit. Facilitant les liaisons des régions entre elles et avec les autoroutes des autres pays européens, il leur procurera les meilleures chances de développement.
    Les télécommunications sont encore en retard, bien que les crédits budgétaires qui leur sont attribués aient doublé depuis 1969, et qu'il s'y ajoute des fonds d'emprunt pour les réalisations nouvelles. L'automatisation du réseau téléphonique qui atteint 85% sera totale dans quatre ans.
    Ces progrès rendent les Français plus exigeants encore. 450 000 abonnés nouveaux ont été raccordés en 1972 ; plus d'un million le seront en 1975. Il y avait une extension ou création d'un central téléphonique par jour, il y a quatre ans ; il y en aura quatre chaque jour cette année. Dans les cinq prochaines années, nous voulons raccorder quatre millions de nouveaux abonnés, soit près du doublement de leur nombre, et assurer la fluidité du trafic.
    Les transports ont connu un développement extraordinaire, qu'ils soient ferroviaires, routiers, aériens, maritimes, tant en qualité qu'en fréquence. Pour l'avenir, l'objectif primordial sera l'amélioration des transports publics dans les agglomérations, par l'adoption de formules nouvelles (aérotrains, métros aériens, desserte cadencée), par l'augmentation en fréquence et en qualité des services. On sait déjà le grand élan donné dans la région parisienne où le programme d'investissements pour 1973 s'élève à 2 milliards de francs.
    Pour faciliter l'équipement des villes qui souffrent de la pénurie de terrains, nous favoriserons le transfert aux collectivités locales de terrains domaniaux, militaires, ferroviaires ou autres, insuffisamment occupés.

    LA PARTICIPATION

    Nous avons toujours proclamé qu'un de nos principes était de promouvoir la participation des Français à tous les niveaux de responsabilités de la vie publique, économique et sociale. C'est une entreprise à l'échelle d'une génération. Il incombait à la dernière législature de franchir, dans cette voie, des étapes nouvelles. C'est ce que nous avons fait en étendant le champ d'application de l'ordonnance de 1907 sur l'intéressement des salariés. Au 1er septembre dernier, 8000 accords avaient été conclus pour l'application de cette ordonnance, intéressant près de 9 000 entreprises et quatre millions de salariés.
    L'application de l'ordonnance de 1967 a suscité la création d'un grand nombre de comités d'entreprises là où il n'y en avait pas. Le montant total de la réserve de participation dont l'ordonnance prévoit qu'elle doit être distribuée aux travailleurs est passé de 766 millions de francs à 1 700 millions de francs de 1968 à 1971, ce qui correspond, cette année, à 620 F pour chaque travailleur qui en bénéficie. Le champ d'application de ces dispositions sera élargi.
    Enfin, à l'initiative du Président Georges Pompidou, une partie du capital des entreprises nationalisées a été attribuée au personnel de ces entreprises. Dans cet esprit, nous encourageons l'actionnariat des personnels dans les sociétés du secteur privé.
    Dans le même temps, nous ferons en sorte que tous les travailleurs, et notamment les cadres qui ont un rôle essentiel dans les entreprises, puissent effectivement exercer, à tous les niveaux de décision, les responsabilités qui leur incombent. Il s'agit, en réalité, de transformer en profondeur des rapports entre les hommes, c'est-à-dire de ce que sera, dans l'avenir, notre société. Nos adversaires, les auteurs du programme socialo-communiste, ne la conçoivent que dans l'étatisation des hommes et des choses. Nous la voyons placée sous le signe de la responsabilité et de la liberté.
    Aujourd'hui commence le combat dont l'issue sera la décision que les Françaises et les Français prendront dans deux mois (...)
    (...) Groupés dans l'Union des Républicains de Progrès, nous voulons être, par le vote des Françaises et des Français, la majorité nouvelle de demain. Pour y parvenir, nous devons combattre. Ensemble nous irons à la bataille et, pour la France, ensemble nous la gagnerons.








 



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