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Si
j'ai pris l'initiative de proposer que les responsables des six pays de
la Communauté se rencontrent à La Haye - et je remercie
le gouvernement des Pays-Bas de nous avoir offert son hospitalité
- c'est parce qu'il m'a semblé que les prochains mois revêtaient
une particulière importance pour l'avenir de la Communauté.
Nous arrivons à la fin de la période
transitoire. La disparition des droits de douane entre nos pays est à
l'heure actuelle complète. Le Marché commun agricole a été
patiemment mis au point. Mais de nombreuses questions nous sont posées.
Les troubles que les changements de parité monétaire ont
provoqués dans le domaine des prix mettent-ils en danger l'avenir
du Marché commun agricole ? Le poids croissant des excédents
oblige-t-il à concevoir une politique nouvelle des productions
? Les six pays sont-ils prêts à étendre l'action commune
à d'autres domaines ? Entendons-nous ou non progresser dans la
coordination des politiques économiques et monétaires, la
coopération technologique, l'harmonisation des fiscalités,
le droit des sociétés ?
Voilà quelques-unes des questions auxquelles
nous devrions apporter des réponses claires. Je n'oublie pas le
problème très important des demandes d'adhésion présentées
par un certain nombre de pays et en particulier par la Grande-Bretagne.
Eh bien, l'heure est venue de l'aborder aussi sans prévention et
sans complaisance, de nous fixer à nous-mêmes les conditions
préalables à l'ouverture d'une négociation ainsi
que les modalités de cette négociation. Ses objectifs également.
Je veux dire, sommes-nous disposés à ouvrir la Communauté
à la Grande-Bretagne et aux autres pays candidats au prix de son
affaiblissement et comme de son émiettement ? Entendons-nous au
contraire poursuivre le renforcement de la Communauté et subordonner
les adhésions à des engagements fermes aussi bien à
l'égard de ce qui a été déjà réalisé
que de ce qui doit être entrepris ?
Que de raisons, vous le voyez, pour les uns et
les autres d'engager entre nous le vrai débat et de choisir entre
le dépérissement progressif de la Communauté ou,
au contraire, son nouveau départ. L'opinion, dans nos différents
pays, attend beaucoup de notre réunion. Je souhaite que nous ne
la décevions pas et, pour cela, il importe que nous nous expliquions
clairement. C'est ce que je vais faire au nom de la France.
Trois problèmes, je viens de le rappeler
et chacun le sait, sont devant nous :
- Celui dit de "l'achèvement", c'est-à-dire du
passage à la période définitive et de l'adoption
d'un règlement financier définitif.
- Celui de "l'approfondissement" qu'on appelle aussi développement,
qui recouvre les perspective d'évolution de la Communauté.
- Celui de "l'élargissement", c'est-à-dire des
demandes d'adhésion.
En réalité, l'étude de ces
trois problèmes dépend de la réponse que nous entendons
donner à une question unique : sommes-nous décidé
à poursuivre la construction de la Communauté européenne ?
Quel serait le sens de cette conférence si ce n'était que
nous nous mettions les uns et les autres en accord avec nous-mêmes
et entre nous, et que nous établissions le climat de confiance
sans lequel notre action serait condamnée à l'échec
et la Communauté destinée à se dissoudre lentement
mais inexorablement ? A cette question, je réponds donc, pour
ma part, clairement et nettement, de la façon la plus positive.
Oui, la France souhaite le maintien et le développement de la Communauté.
Oui, je suis convaincu que c'est à partir du traité de Rome
et de ce qui a été fait depuis dix ans pour l'appliquer
et pour l'étendre, que l'Europe a une chance de s'unir et de retrouver
ainsi sur tous les plans, y compris le plan politique, les moyens de son
développement et de son influence lui permettant de faire entendre
sa voix dans tous les domaines de la politique internationale.
Mais si l'on entend continuer à construire
la Communauté, alors cela veut dire :
- que ce qui a été fait doit être préservé
jalousement et que l'achèvement doit devenir dans les délais
fixés une réalité définitive, y compris cet
instrument communautaire typique qu'est le règlement financier
;
- cela veut dire que nous devons sans retard travailler à développer
et à approfondir l'action communautaire, notamment afin de réaliser
la convergence des politiques économique et monétaire, et
pour cela nous fixer une liste d'objectifs échelonnés précis
et réalistes. J'aurai, sur ce point, des propositions à
faire ;
- enfin, cela veut dire que les demandes d'adhésion de la Grande-Bretagne
et de trois autres pays doivent être abordées dans un esprit
positif mais sans perdre de vue les intérêts de notre Communauté
et de ses membres, que les négociations doivent être préparées
entre les Six afin de définir une position communautaire et devront
être menées au nom de la Communauté et dans l'esprit
de la Communauté.
Voilà les points sur lesquels doivent porter
nos discussions. Celles-ci ne peuvent aboutir dans le court délai
que nous nous sommes imparti que si, négligeant les précautions
et les atermoiements, nous passons d'emblée à l'action.
A l'heure où, nous le savons bien, les très grandes puissances,
qu'il s'agisse de l'Union soviétique mais aussi des Etats-Unis
d'Amérique, ne considèrent et ne peuvent considérer
les problèmes européens qu'en fonction de leurs intérêts
propres, nous devons à nos peuples de ranimer l'espérance
d'une Europe maîtresse de son propre destin. C'est bien pour cela
et dans cette pensée que j'ai pris l'initiative de cette conférence
dont l'issue conditionnera non seulement l'avenir de la Communauté
mais la politique future de chacune des nations ici réunies, et,
en tout cas, de la France.
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