| |
«
Le bon sens est une qualité peut être plus répandue
chez les femmes que chez les hommes… mais je ne crois pas qu’il
faille éduquer les femmes et les hommes séparément.
[…]
Ce que vous dites est surtout vrai de la formation professionnelle
des adultes, et c’est un héritage du passé en ce sens
que les femmes, une fois engagées dans la vie sans avoir reçu
de formation technique, peuvent difficilement suivre un enseignement accéléré
à temps plein. Mais les collèges techniques publics s’adressent
aux filles aussi bien qu’aux garçons et la preuve en est
qu’en 1964-1965 sur un total de 300 000 élèves, il
y avait 125 000 filles. Ce qui est vrai et bien normal, c’est que
les filles suivent l’enseignement commercial plus qu’industriel.
De ce point de vue, le développement du secteur tertiaire dans
notre enseignement technique à tous échelons favorisera
la promotion des jeunes filles auxquelles les activités de ce secteur
conviennent particulièrement. […]
Croyez-moi, l’avenir est aux femmes. Il y a là une véritable
révolution qui s’accomplit sous nos yeux et dont on se rend
compte. […]
Je suis pour la liberté. Des femmes, en
nombre de plus en plus grand désirent exercer une profession. A
l’Etat de leur en donner les moyens et il le fait en leur ouvrant
toutes les formes d’enseignement et toutes les carrières
qui dépendent de lui. D’autres, en particulier les mères
de famille nombreuses, veulent se consacrer à leur foyer. Il faut
qu’elles le puissent et que l’aide aux familles que nous pratiquons
(allocations familiales, allocation de salaire unique, allocation logement)
et que nous ne cesserons de pratiquer, le leur permette. Et il faut enfin
que d’autres puissent se partager entre leur famille et leur profession.
D’où l’utilité d’encourager les femmes
à se diriger vers des professions qui ne les tiennent pas constamment
en dehors (enseignement, magistrature par exemple) ; d’où
l’utilité de mettre en place un système de travail
à temps partiel ou encore des systèmes de reconversion professionnelle
pour les mères de famille ayant achevé d’élever
leurs enfants. Nous avons pris déjà des mesures en ce sens,
en prévoyant par exemple une aide financière pour les femmes
qui, ayant élevé trois enfants, veulent exercer une activité
professionnelle. […] Car ma philosophie, c’est que la femme
doit être pleinement elle-même aussi bien jeune fille que
mère de famille et qu’il n’y a pas à créer
des oppositions ou des incompatibilités entre son rôle d’épouse
ou de mère et son métier. Il faut au contraire, réaliser
pleinement la compatibilité. C’est dans ce sens que je travaillerai
si j’en ai la possibilité. […]
J’en arrive à une question peut-être
désagréable. Le projet de loi Neuwirth – la loi pilule
– a été prudemment enterré avant la fin de
la législature. C’est le Gouvernement qui est maître
de l’ordre du jour au Palais-Bourbon. Et le Gouvernement, Monsieur
le Premier Ministre, c’est vous, pour une très large part.
Puis-je donc vous demander votre opinion personnelle sur la loi de 1920,
sur sa réforme éventuelle ou sur son maintien ?
Que de raisons, vous le voyez, pour les uns et
les autres d'enLa proposition de loi Neuwirth pose un problème
trop grave sur le plan de la famille, de la morale, de la santé,
pour être discutée à la sauvette dans les trois derniers
jours d’une législature. Il appartiendra au futur Gouvernement
et à la future assemblée de se saisir du problème
et de le résoudre en tenant compte de tous ses aspects et notamment
de la prise de conscience de l’opinion. De toute manière,
la loi de 1920 doit être réformée. Mais ce serait
une grave erreur de croire que ce soit uniquement une question de pilule
!
En revanche, la presse vous a récemment décerné
le titre de « féministe » pour avoir proposé
une amélioration des droits de la mère qui ne sont pas encore
égaux à ceux du père. Voudriez-vous expliquer avec
précision votre projet ? Votre idée est-elle bien de voir
accorder à la mère des droits sur ses enfants rigoureusement
égaux à ceux du père ?
Si c’est être féministe qu’estimer
que la mère doit avoir sur ses enfants des droits égaux
à ceux du père, je le suis à coup sûr. Je crois
que le droit de la famille est bâti sur des principes qui ne correspondent
ni aux besoins d’une société moderne, ni au progrès
des idées. La toute puissance du mari n’est plus une notion
vivante. La femme, citoyenne à part entière, depuis qu’en
1945 le Général de Gaulle lui a donné le droit de
vote, la femme qui apporte souvent par son travail des ressources au ménage
et qui de toute manière a un rôle primordial dans l’éducation
des enfants, doit voir sa situation juridique adaptée à
ses responsabilités réelles. En 1965, déjà,
une loi a modifié les régimes matrimoniaux dans le sens
de l’égalité entre les époux. […]
Nous assistons à une évolution qui donne
progressivement aux jeunes filles et aux femmes l’égalité
complète des droits et des chances et modifie profondément
leur comportement. Pour ma part, j’y suis profondément favorable
à condition qu’elles n’y perdent pas leur caractère.
Etre égale de l’homme, ce n’est pas forcément
l’imiter, car les qualités de la femme valent celles de l’homme.
C’est en développant sa propre originalité et non
en y renonçant qu’on réaliser pleinement sa personnalité
».
|