Son époque > Documentation diverse > les femmes dans la société et dans la vie politique sous Georges Pompidou

Extraits de l’interview de Georges Pompidou dans Elle, 16 février 1967



 

    « Le bon sens est une qualité peut être plus répandue chez les femmes que chez les hommes… mais je ne crois pas qu’il faille éduquer les femmes et les hommes séparément. […]

   Ce que vous dites est surtout vrai de la formation professionnelle des adultes, et c’est un héritage du passé en ce sens que les femmes, une fois engagées dans la vie sans avoir reçu de formation technique, peuvent difficilement suivre un enseignement accéléré à temps plein. Mais les collèges techniques publics s’adressent aux filles aussi bien qu’aux garçons et la preuve en est qu’en 1964-1965 sur un total de 300 000 élèves, il y avait 125 000 filles. Ce qui est vrai et bien normal, c’est que les filles suivent l’enseignement commercial plus qu’industriel. De ce point de vue, le développement du secteur tertiaire dans notre enseignement technique à tous échelons favorisera la promotion des jeunes filles auxquelles les activités de ce secteur conviennent particulièrement. […]
Croyez-moi, l’avenir est aux femmes. Il y a là une véritable révolution qui s’accomplit sous nos yeux et dont on se rend compte. […]

    Je suis pour la liberté. Des femmes, en nombre de plus en plus grand désirent exercer une profession. A l’Etat de leur en donner les moyens et il le fait en leur ouvrant toutes les formes d’enseignement et toutes les carrières qui dépendent de lui. D’autres, en particulier les mères de famille nombreuses, veulent se consacrer à leur foyer. Il faut qu’elles le puissent et que l’aide aux familles que nous pratiquons (allocations familiales, allocation de salaire unique, allocation logement) et que nous ne cesserons de pratiquer, le leur permette. Et il faut enfin que d’autres puissent se partager entre leur famille et leur profession. D’où l’utilité d’encourager les femmes à se diriger vers des professions qui ne les tiennent pas constamment en dehors (enseignement, magistrature par exemple) ; d’où l’utilité de mettre en place un système de travail à temps partiel ou encore des systèmes de reconversion professionnelle pour les mères de famille ayant achevé d’élever leurs enfants. Nous avons pris déjà des mesures en ce sens, en prévoyant par exemple une aide financière pour les femmes qui, ayant élevé trois enfants, veulent exercer une activité professionnelle. […] Car ma philosophie, c’est que la femme doit être pleinement elle-même aussi bien jeune fille que mère de famille et qu’il n’y a pas à créer des oppositions ou des incompatibilités entre son rôle d’épouse ou de mère et son métier. Il faut au contraire, réaliser pleinement la compatibilité. C’est dans ce sens que je travaillerai si j’en ai la possibilité. […]

   J’en arrive à une question peut-être désagréable. Le projet de loi Neuwirth – la loi pilule – a été prudemment enterré avant la fin de la législature. C’est le Gouvernement qui est maître de l’ordre du jour au Palais-Bourbon. Et le Gouvernement, Monsieur le Premier Ministre, c’est vous, pour une très large part. Puis-je donc vous demander votre opinion personnelle sur la loi de 1920, sur sa réforme éventuelle ou sur son maintien ?

    Que de raisons, vous le voyez, pour les uns et les autres d'enLa proposition de loi Neuwirth pose un problème trop grave sur le plan de la famille, de la morale, de la santé, pour être discutée à la sauvette dans les trois derniers jours d’une législature. Il appartiendra au futur Gouvernement et à la future assemblée de se saisir du problème et de le résoudre en tenant compte de tous ses aspects et notamment de la prise de conscience de l’opinion. De toute manière, la loi de 1920 doit être réformée. Mais ce serait une grave erreur de croire que ce soit uniquement une question de pilule !

   En revanche, la presse vous a récemment décerné le titre de « féministe » pour avoir proposé une amélioration des droits de la mère qui ne sont pas encore égaux à ceux du père. Voudriez-vous expliquer avec précision votre projet ? Votre idée est-elle bien de voir accorder à la mère des droits sur ses enfants rigoureusement égaux à ceux du père ?

   Si c’est être féministe qu’estimer que la mère doit avoir sur ses enfants des droits égaux à ceux du père, je le suis à coup sûr. Je crois que le droit de la famille est bâti sur des principes qui ne correspondent ni aux besoins d’une société moderne, ni au progrès des idées. La toute puissance du mari n’est plus une notion vivante. La femme, citoyenne à part entière, depuis qu’en 1945 le Général de Gaulle lui a donné le droit de vote, la femme qui apporte souvent par son travail des ressources au ménage et qui de toute manière a un rôle primordial dans l’éducation des enfants, doit voir sa situation juridique adaptée à ses responsabilités réelles. En 1965, déjà, une loi a modifié les régimes matrimoniaux dans le sens de l’égalité entre les époux. […]

   Nous assistons à une évolution qui donne progressivement aux jeunes filles et aux femmes l’égalité complète des droits et des chances et modifie profondément leur comportement. Pour ma part, j’y suis profondément favorable à condition qu’elles n’y perdent pas leur caractère. Etre égale de l’homme, ce n’est pas forcément l’imiter, car les qualités de la femme valent celles de l’homme. C’est en développant sa propre originalité et non en y renonçant qu’on réaliser pleinement sa personnalité ».




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