Mesdames et Messieurs,
Paris vient de vivre des journées
graves. Si sérieuses que le Président de la République
s'est longuement interrogé sur la possibilité de tenir
ses engagements en partant en visite officielle pour la Roumanie.
Après réflexion, il a jugé que les devoirs
d'État et la situation internationale de la France l'exigeaient.
Au demeurant, Paris n'est qu'à
quatre heures d'avion de Bucarest. De plus, le Président
de la République m'a remis avant son départ l'autorisation
d'user des pouvoirs dont la Constitution prévoit délégation
au Premier ministre en cas d'empêchement momentané
ou d'absence du Chef de l'État. Enfin, le général
de Gaulle s'adressera, le 24 mai, au pays.
Quant à moi, j'ai jugé évidemment
indispensable de faire dès aujourd'hui une déclaration
à l'Assemblée. Cette déclaration ne se substitue
pas au large débat qui ne pourra manquer d'avoir lieu prochainement
sur les problèmes de l'Éducation nationale. Elle se
veut brève et synthétique. Je traiterai d'abord des
événements récents puis des problèmes
de fond.
L'origine immédiate de ces
événements se trouve dans la situation créée
depuis plusieurs mois à la faculté de Nanterre par
un groupe - peu nombreux mais très agissant - d'étudiants
érigeant en doctrine l'action directe et la violence. Sans
doute se croient-ils novateurs, et cela n'est pas nouveau. Mais,
s'il n'est pas étonnant qu'un certain nombre de jeunes gens
se proclament en désaccord avec la société,
il n'est pas admissible qu'ils prétendent faire la loi dans
la société qu'ils renient. Or, c'est ce qui s'est
passé à Nanterre. On voudra bien m'épargner
la description des scènes qui s'y sont déroulées
et des excès qui y ont été commis. La patience
des autorités universitaires devait un jour prendre fin,
sans doute trop tard. Ce fut la décision du doyen d'interrompre
les cours.
Du coup, ceux dont je parle transportèrent
à la Sorbonne leurs diatribes, leur agitation et leurs violences.
Le recteur, en présence de plusieurs professeurs, se vit
entouré d'un groupe casqué, armé de gourdins
et arrachant les pavés de la cour de la Sorbonne. Pris à
partie, craignant un affrontement brutal entre étudiants
de tendances également extrémistes mais opposées,
il fit appel à la force publique. Pouvait-il ne pas le faire
? Nul ne peut en tout cas affirmer en conscience qu'à sa
place il aurait agi autrement. Il n'en est pas moins vrai que cette
décision prit sur-le-champ, et dans le cadre de la vieille
Sorbonne, une valeur symbolique aux yeux de nombreux étudiants
et qu'à partir de ce moment commença une escalade
extraordinairement rapide, produisant des effets sans commune mesure
avec leur motif occasionnel.
En quelques heures, en quelques jours,
les étudiants, les universitaires, pourtant premier objet
de la vindicte des initiateurs du mouvement, puis la jeunesse lycéenne
prirent feu et flamme.
Je ne peux pas ne pas souligner le
rôle, en pareil cas difficilement évitable mais néfaste,
de radios qui, sous prétexte d'informer, enflammaient, quand
elles ne provoquaient pas. Entre la diffusion du renseignement et
la complicité, entre le souci de recueillir les explications
des manifestants et l'appel à la manifestation, il n'y a
qu'un pas et qui fut franchi parfois allégrement.
Quoi qu'il en soit, les autorités
se trouvèrent en présence de manifestations d'une
extrême violence, mobilisant des dizaines de milliers de jeunes,
dont beaucoup âgés de seize ans ou moins, et qui, contraignirent
le Gouvernement à rétablir l'ordre. Ce qui fut fait.
Certains ont beaucoup parlé de violences policières.
Dans de tels affrontements, on n'évite pas la violence. Mais
je tiens à rendre hommage au sang-froid dont firent preuve
nos forces de police, qui remplirent leur mission sans que nous
ayons à déplorer un seul mort, contrairement à
des allégations mensongères diffusées complaisamment
et qui ont provoqué à mon initiative l'ouverture d'une
information judiciaire.
N'avoir à déplorer aucune
victime, cela paraît tout naturel, après coup. Mais,
lors d'affrontements de cette importance, que ne pouvait-on craindre
?
J'ajoute que cela n'est dû seulement
à la fermeté et à l'humanité avec lesquels
le préfet de police n'a cessé, conformément
aux instructions du ministre de l'Intérieur, de diriger l'action
de ses hommes et à la discipline avec laquelle ceux-ci ont
obéi. Les dirigeants des organisations représentatives
d'étudiants, et de l'UNEF en particulier, ont cherché,
au plus fort de cette crise, à écarter les provocations
des extrémistes. C'est donc aussi grâce à eux
que nous pouvons aujourd'hui faire de ces nuits d'émeute
un bilan qui ne soit pas trop lourd. Mais il n'y avait pas là
que les étudiants de l'UNEF. IL y avait aussi ces anarchistes
dont je parlais tout à l'heure et qui ne sauraient s'étonner
que la société et l'État qu'ils prétendent
détruire cherchent à se défendre.
Il y avait encore - et ceci est plus
grave - des individus déterminés, munis de moyens
financiers importants, d'un matériel adapté aux combats
de rue, dépendant à l'évidence d'une organisation
internationale et dont je ne crois pas m'aventurer en pensant qu'elle,
non seulement à créer la subversion dans les pays
occidentaux, mais à troubler Paris au moment même où
notre capitale est devenue le rendez-vous de la paix en Extrême-Orient.
Nous aurons à nous préoccuper de cette organisation,
pour veiller à ce qu'elle puisse nuire à la Nation
et à la République.
La situation, au matin du 11 mai,
était grave. Rentrant ce jour-là d'un voyage officiel
lointain dont on me fera la grâce de penser qu'il m'a paru
long, quelle que soit la qualité de l'accueil extraordinaire
qu'ont fait à la France en ma personne les pays dont j'avais
l'honneur d'être l'invité, j'ai estimé que le
devoir du Gouvernement était, l'ordre étant rétabli,
de créer l'apaisement. Les décisions prises, vous
les connaissez. La police a évacué la Sorbonne et
le Quartier latin. Nous avons rendu aux seules autorités
universitaires la responsabilité des activités à
l'intérieur des facultés. Nous avons fait libérer
tous les manifestants arrêtés, à l'exception
d'un groupe de pillards, comme il s'en glisse toujours dans les
manifestations violentes et qui naturellement ne sont pas étudiants.
La Cour d'appel avec l'accord du ministère public, a mis
en liberté les manifestants condamnés en première
instance. Tous pourront donc passer leurs examens dans des conditions
normales. Nous allons enfin déposer projet d'amnistie qui
sera adopté par le prochain Conseil des ministres, transmis
immédiatement à l'Assemblée et inscrit au premier
ordre du jour prioritaire dès que la commission compétente
l'aura examiné et qui répondra pleinement aux vux
de l'Assemblée. Il ne sera pas au bénéfice
d'un parti, quel qu'il soit, mais l'affirmation d'une volonté
unanime de tous ici, majorité, opposition, gouvernement,
pour un apaisement définitif.
Telle était donc la situation
après mon intervention à la télévision
le samedi 11.
Mais, auparavant, la quasi-totalité
des organisations syndicales avait lancé un ordre de grève
générale pour la journée d'hier.
Sur le plan de la grève proprement
dite, la participation a été très moyenne,
inférieure à ce que nous avons connu précédemment.
Certes, les difficultés de transport ou de fourniture de
courant, la crainte d'incidents, l'hésitation traditionnelle
des parents à envoyer inutilement leurs enfants à
l'école ont pu dissimuler cette impression. Mais les chiffres
sont là et chacun put s'en rendre compte à Paris et
plus encore en province. La vie du pays n'a pas été,
tant s'en faut, paralysée.
Par contre, la manifestation qui s'est
déroulée à Paris a été importante
par son ampleur. Un cortège s'est déroulé de
la République et de la gare de l'Est à la place Denfert-Rochereau
pendant plusieurs heures. En dépit de l'échauffement
naturel à ce genre de manifestation, en dépit des
tentatives de quelques-uns pour faire une fois encore surgir l'émeute,
aucun incident grave n'a marqué cette journée, sauf
place Denfert-Rochereau où le drame put être évité,
grâce, en particulier, à l'intervention de M. Pierre
Cot, présent sur les lieux. Dans l'ensemble, les manifestants
obéirent aux consignes des dirigeants syndicaux et étudiants
et se dispersèrent normalement. Quelques milliers d'étudiants,
poussés à l'action directe par les mêmes meneurs
qui sont présents à tous les stades de cette agitation,
hésitèrent un moment à affronter le service
d'ordre. Ils y renoncèrent finalement.
Ici encore, tout en reconnaissant
le calme des organisateurs et de la plupart des participants du
défilé, je dois rendre hommage aux forces de l'ordre
et à la police parisienne qui, à aucun moment, ne
se départirent de leur sang-froid et exécutèrent
strictement les consignes reçues du ministre et de moi-même.
En province, s'il y eut quelques incidents,
aucun n'a revêtu de réelle gravité. Et, ce matin,
le calme est revenu en France, le seul fait saillant étant
la présence permanente dans quelques facultés, dont
la Sorbonne, d'étudiants décidés à remettre
en cause l'Université.
Car il va de soi qu'au-delà
des circonstances du moment, ces événements traduisent
un mal dont nous devons chercher les racines et que le premier problème
posé est évidemment celui de l'Université.
On me permettra de rappeler, sans
aucune forfanterie, l'effort accompli par le gouvernement en la
matière. Face à l'appétit du savoir, au développement
des connaissances, à la nécessité d'ouvrir
l'enseignement supérieur aux enfants du peuple, aux besoins
considérables de l'enseignement et de la recherche modernes,
nous avons fait un effort immense. De 1958 à 1968, le nombre
des étudiants dans l'enseignement supérieur est passé
de 175 000 à 530 000. Le nombre des maîtres,
professeurs, maîtres assistants et assistants de 5 870
à 25 700. Le budget consacré à cet enseignement
supérieur, tout compris, est passé, ramené
au nouveau franc, de 635 millions à 3 milliards 790
millions, soit en anciens francs plus de 700 000 frs par étudiant.
Et, je l'ai déjà rappelé, nous avons mis en
service depuis six ans des locaux universitaires dont la superficie
dépasse celle de toutes les facultés existant en 1962.
Au total, et en dépit d'inadaptations
locales dues à des mutations soudaines dans le choix des
étudiants entre les diverses disciplines, les besoins ont
été couverts.
Mais cet effort ne peut se suffire
à lui-même. Encore convient-il que les enseignements
soient adaptés aux besoins de notre société,
afin que les jeunes gens puissent, à l'issue de leurs études,
et les fluctuations passagères de la conjoncture économique
mises à part, trouver l'emploi, la situation correspondant
à leurs acquis.
Le problème est difficile en
raison même de l'évolution extraordinairement rapide
des techniques et des besoins. Pour chercher à le résoudre,
nous avons, après une large consultation d'universitaires
éminents, mis sur pied une réforme de l'enseignement
supérieur des lettres et des sciences, réforme encore
incomplète, qui ne peut être d'ailleurs qu'évolutive
au vu de l'expérience et des mutations scientifiques, techniques
ou économiques, faisant suite à la profonde réforme
de l'enseignement médical réalisée par M. Michel
Debré. Nous avons créé des formes nouvelles
d'enseignement, avec les Instituts universitaires de technologie
ont le succès est éclatant et sur lesquels nous allons
porter un effort croissant.
Mais cela encore ne suffit pas. Plus
exactement, si dans les disciplines qui préparent à
des situations largement ouvertes et bien déterminées,
telles que la médecine, la pharmacie, les sciences surtout
expérimentales, le droit même, il n'y a pas de malaise
vraiment sérieux, l'adaptation parfois ardue se faisant néanmoins
sans difficultés excessives, par contre l'enseignement le
plus désintéressé, le plus proche de la conception
traditionnelle de la culture, mais de ce fait le plus éloigné
des réalités professionnelles et le plus favorable
aux spéculations jusque dans leurs formes extrêmes,
je veux dire l'enseignement des lettres et des sciences humaines,
connaît un trouble profond. Cela est dû au fait que
ces études sauf pour ceux qui se destinent eux-mêmes
à l'enseignement, semblent ne mener nulle part. Cela est
dû aussi au fait qu'alors que scientifiques ou étudiants
en médecine par exemple travaillent de plus en plus en petites
équipes très proches de leurs maîtres et se
sentent en communion d'activité avec eux, en lettres et en
sciences humaines, au contraire, on n'a guère dépassé,
au moins dans les deux premiers cycles, le stade des cours magistraux,
les étudiants ayant la possibilité de préparer
leurs examens certes, mais ne se sentant ni associés à
des tâches précises, ni solidaires de leurs maîtres.
Il est fatal que ce soit dans les facultés de lettres et
de sciences humaines que des jeunes gens, livrés à
eux-mêmes, prolongeant souvent leurs études durant
sept ou huit années, recevant au surplus une formation qui
les incite à remettre en cause toutes les idées reçues,
versent dans le négativisme et le refus systématique
de l'ordre social, y compris de l'Université elle-même.
Il ne peut y avoir de véritable
solution que dans un contact étroit et constant entre maîtres
et étudiants et dans le travail d'équipe.
Il ne peut y avoir de solution que
dans le développement, chez les étudiants, du sens
de la responsabilité, qui ne peut leur venir que d'une participation
plus large à l'organisation même de leurs travaux,
à la préparation de leur avenir. Cette profonde mutation
dépend avant tout des intéressés eux-mêmes.
Des maîtres d'abord, dont l'autorité a été
directement mise en cause par une minorité d'enragés,
et qui ne peuvent la restaurer en profondeur que dans une transformation
des méthodes, et plus encore des rapports. Des étudiants
ensuite, dont il est évident que, pour être associés
pleinement comme je le souhaite aux responsabilités, il est
nécessaire et urgent que leurs organisations représentatives
définissent clairement leurs conceptions quant à leurs
rapports avec les maîtres, à leur participation à
la vie des universités, à l'élaboration des
programmes, à leur préparation à la vie active.
En bref, le professeur dictant un
cours à des élèves qu'il ne connaît pas
ou peu, l'étudiant bachotant les matières de l'examen
ont vécu. Tout est à repenser, y compris nos méthodes
de sélection. Qu'on me permette de dire que nul ne détient
la solution de problèmes entières nouveaux et dont
les données ont aussi complexes que récentes et d'ailleurs
variables. Des mesures hâtives ne sauraient faire que passagèrement
illusion. Il faudra procéder par étapes, par approches
successives et dans un esprit de collaboration constructive. Si
les enseignants et les étudiants s'y prêtent, le Gouvernement
ne pourra que s'en féliciter.
D'ores et déjà, j'ai
décidé de faire appel à un comité de
réflexion, qui comprendra des représentants des professeurs,
des étudiants, des parents d'élèves et des
personnalités représentatives de toutes les familles
spirituelles, à qui nous demanderont de nous fournir des
suggestions et de nous proposer sinon des solutions, du moins des
expériences.
Je pense, depuis longtemps, que c'est
dans la voie d'une autonomie plus large de chacune des universités,
dans leur ouverture sur la vie extérieure et dans leur adaptation
aux activités économiques et sociales que se trouve
l'issu la plus certaine. L'heure est venue pour que cèdent
les résistances à ces réalités évidentes.
De tout cela, le Parlement aura à prendre connaissance en
temps utile.
Mesdames et Messieurs, rien ne serait
plus illusoire que de croire que les événements que
nous venons de vivre constituent une flambée sans lendemain.
Rien ne saurait plus illusoire également que de croire qu'une
solution valable et durable puisse naître du désordre
et de la précipitation. La route est longue et difficile.
Il ne sera pas trop de la collaboration de tous pour atteindre le
but. Le Gouvernement, pour sa part, est prêt à recueillir
les avis, à étudier les suggestions, à en tirer
les conséquences pour ses décisions. Mais il demande
qu'on veuille bien mesurer les difficultés de la tâche.
C'est qu'il ne s'agit pas simplement
de réformer l'Université. À travers les étudiants,
c'est le problème même de la jeunesse qui est posé,
de sa place dans la société, de ses obligations et
de ses droits, de son équilibre moral même. Traditionnellement,
la jeunesse était vouée à la discipline et
à l'effort, au nom d'un idéal, d'une conception morale
en tout cas.
La discipline a en grande partie disparu.
L'intrusion de la radio et de la télévision a mis
les jeunes dès l'enfance au contact de la vie extérieure.
L'évolution des murs a transformé les rapports
entre parents et enfants comme entre maîtres et élèves.
Les progrès de la technique et du niveau de vie ont, pour
beaucoup, supprimé le sens de l'effort. Quoi d'étonnant
enfin si le besoin de l'homme de croire à quelque chose,
d'avoir solidement ancrés en soi quelques principes fondamentaux,
se trouve contrarié par la remise en cause constante de tout
ce sur quoi l'humanité s'est appuyée pendant des siècles:
la famille est souvent dissoute, ou relâchée, la patrie
discutée, souvent niée, Dieu est mort pour beaucoup
et l'Église elle-même s'interroge sur les voies à
suivre et bouleverse traditions.
Dans ces conditions, la jeunesse,
non pas tant peut-être la jeunesse ouvrière ou paysanne
qui connaît le prix du pain et la rude nécessité
de l'effort, mais qui est plus inquiète que d'autres aussi
pour son avenir professionnel, la jeunesse universitaire en tout
cas, se trouve désemparée. Les meilleurs s'interrogent,
cherchent, s'angoissent, réclament un but et des responsabilités.
D'autres, et qui ne sont pas toujours les pires, se tournent vers
la négation, le refus total et le goût de détruire.
Détruire quoi ? Ce qu'ils ont
sous la main d'abord, et, pour les étudiants, c'est l'Université.
Et puis la société, non pas la société
capitaliste comme le croit M. Juquin (qu'il demande donc l'avis
des étudiants de Varsovie, de Prague ou même de Moscou),
mais la société tout court, la société
moderne, matérialiste et sans âme.
Je ne vois de précédent
dans notre histoire qu'en cette période désespérée
que fut le XVe siècle, où s'effondraient les structures
du Moyen Age et où, déjà, les étudiants
se révoltaient en Sorbonne.
À ce stade, ce n'est plus,
croyez-moi, le Gouvernement qui est en cause, ni les institutions,
ni même la France. C'est notre civilisation elle-même.
Tous les adultes et tous les responsables, tous ceux qui prétendent
guider les hommes se doivent d'y songer, parents, maîtres,
dirigeants professionnels ou syndicaux, écrivains et journalistes,
prêtres et laïcs. Il s'agit de recréer un cadre
de vie accepté de tous, de concilier ordre et liberté,
esprit critique et conviction, civilisation urbaine et personnalité,
progrès matériel et sens de l'effort, libre concurrence
et justice, individualisme et solidarité.
Je ne cherche pas, Mesdames et Messieurs,
à éviter le débat politique. Nous aurons l'occasion
d'ici peu d'en parler et d'en parler complètement. Mais,
en évoquant rapidement le fond des problèmes qui sont
en fin de compte d'ordre philosophique plus encore que politique
ou du moins relèvent de la politique au sens le plus élevé
du terme, je ne crois pas m'éloigner de la question immédiate,
qui est celle de notre jeunesse. Il y a trois jours, au lendemain
d'une nuit d'émeute, j'ai délibérément
choisi avec l'accord du général de Gaulle, l'apaisement
et j'ai fait les gestes nécessaires. Aujourd'hui, je fais
appel à la coopération de tous, et d'abord des étudiants,
et je ferai les gestes nécessaires. Notre pays veut la paix.
Notre peuple veut être heureux. Ce n'est que dans le calme
et dans la collaboration de tous qu'il en trouvera la voie. Puisse,
cette fois aussi, mon appel être entendu.