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Au moment où s'ouvre la campagne
présidentielle, je voudrais, Français, Françaises,
vous demander à tous, sans distinction d'opinions d'avoir une
pensée pour le général de Gaulle.
Il a refusé la défaite, incarné la Résistance
et la Libération. Il n'a cessé de dénoncer les
faiblesse, l'impuissance d'un régime dont les hommes, tous
presque sans exception, sont venus, un jour de 1958, lui demander
de sauver la République et de résoudre le drame algérien.
La République a été sauvée. Le drame algérien
a été résolu au prix, je le sais, de souffrances
et de sacrifices pour les Français d'Algérie et le pays
ne doit pas l'oublier. Mais enfin, pour la première fois depuis
plus de cinquante ans, nos soldats, vos fils, vos frères, vos
maris, ne se battent plus nulle part, sur la terre.
C'est dire combien la tâche de
qui prendra la suite paraît écrasante et pourtant, je
suis candidat, et je vais vous dire pourquoi.
Pendant longtemps, vous le savez peut-être,
je n'ai pas désiré une carrière politique active.
Et puis, en 1962, le général de Gaulle m'a nommé,
d'emblée, Premier ministre. J'ai fait mon apprentissage, j'ai
fait des fautes comme tout le monde, mais je ne crois pas avoir été
indigne de ma fonction et d'ailleurs, le Chef de l'État, deux
Assemblées successivement et le pays, chaque fois qu'il a été
consulté d'une façon ou d'une autre, m'ont confirmé
ou même accru leur confiance. Et pendant toute cette période,
chaque fois qu'on parlait de " succession " et de "
dauphin " -et Dieu sait si la presse en parlait-, eh bisen je
ressentais plutôt une impression d'effroi. Et puis est venu
Mai 1968. L'agitation universitaire qui se développait partout
dans le monde, à Paris, a pris une ampleur imprévue.
Je me trouvais malheureusement en voyage officiel loin de la France,
et quand je suis revenu, j'ai trouvé Paris hérissé
de barricades, la grève générale proclamée,
des milliers, des dizaines de milliers de gens qui défilaient
derrière des drapeaux rouges et des drapeaux noirs, et un complot
politique qui s'ébauchait. Et l'un se présentait déjà
comme président de la République et offrait à
l'autre -c'était M. Mendès France, déjà-
d'être son Premier ministre. Il fallait tenir. Il fallait tenir.
Il fallait d'abord rétablir l'ordre progressivement mais fermement
et sans faire couler le sang, sans nous jeter dans la guerre civile.
Il fallait remettre la France au travail, et ce furent les discussions
et les longues nuits de Grenelle, -vous vous en souvenez- et puis
des accords qui ont, je crois, donné satisfaction à
beaucoup de travailleurs. Et puis, il fallait déjouer le complot
politique, faire comprendre à l'opinion ce qui se passait jusqu'au
jour où le Chef de l'État, dans un appel historique,
put renverser la situation.
C'est à ce moment là que
j'ai compris que quand viendrait le jour, je n'aurais pas le droit
de me dérober. Je suis donc candidat. Et je voudrais vous dire
deux choses. D'abord, je n'imiterai pas le style du général
de Gaulle, je ne le pourrais d'ailleurs et puis vous le voyez bien,
je suis un homme différent. Je me propose une politique d'ouverture
et de dialogue. Ouverture, cela veut dire qu'un gouvernement rénové
se reposant sur une majorité très large étendue
à tous ceux qui acceptent les principes essentiels de la Ve
République. Dialogue, cela veut dire des rapports constants,
confiants, entre le gouvernement et le Parlement, Assemblé
et Sénat, avec tous les élus, élus locaux en
particulier, et avec le pays, car j'ai l'intention de lui expliquer,
fréquemment, simplement, franchement, la politique, et naturellement
de permettre aux oppositions de la critiquer. Tout cela pourquoi ?
Eh bien, pour maintenir la dignité et l'indépendance
de la France sur laquelle repose notre paix d'abord, mais aussi pour
me pencher sur les difficultés quotidiennes, les préoccupations
de chaque foyer. Il faut réaliser une expansion rapide permettant
de développer la justice sociale, d'assurer l'emploi, de défendre
la monnaie. Il faut faire une France moderne et en même temps
ne pas oublier que la solidarité nationale doit jouer pour
les régions déshéritées, les catégories
défavorisées, les professions menacées. Mais
tout cela ne sera pas facile. Il y aura naturellement des difficultés
techniques. Il faut que l'administration devienne plus souple, plus
efficace, moins tatillonne, et d'ailleurs la plupart des fonctionnaires,
l'immense majorité des fonctionnaires le souhaitent. Il faut
avoir à sa disposition les moyens financiers, administratifs,
économiques, mais il faut aussi avoir les moyens politiques.
Il faut que le nouveau président puisse d'emblée, avec
un gouvernement rénové reposant sur une majorité
très large, s'atteler à la tâche, car la situation
actuelle, ne vous y trompez pas, est d'un calme factice. En période
électorale, chacun se garde bien de faire peur mais nous le
savons bien, les difficultés se préparent. Dans l'Université,
l'agitation persiste, elle ne demande qu'à exploser. Ici ou
là, on amorce des revendications, on prépare des grèves,
peut-être du désordre. Et en tout cas, comment pourrait-on
réaliser tout ce qu'il y a à faire s'il fallait se heurter
à des difficultés politiques, à un gouvernement
composé de bric et de broc, aller vers la dissolution, vers
de nouvelles secousses, de nouveaux retards. Alors, croyez-moi, nous
nous préparerions un mauvais été, un dangereux
automne. Mai 1968, il y a à peine un an, ne l'oubliez pas.
Français, Françaises,
je suis un démocrate, je crois être humain et libéral,
je crois aussi -et je le dis sans vanité, soyez-en sûrs-
être capable de fermeté et l'avoir prouvé pour
préparer des lendemains qui peuvent être, qui doivent
être heureux mais qui peuvent être dangereux, j'ai l'honneur
de solliciter vos suffrages. "