EPOQUE > Documentation diverse > Politique Intérieure> Mai 1968

La France est paralysée et le mouvement se politise. L'opposition réclame la démission du gouvernement. Les 21 et 22 mai se déroule à l'Assemblée nationale le débat sur la motion de censure. Elle ne recueille toutefois que 233 voix sur les 244 requises.

Extraits de l'intervention de Gaston Defferre devant l'Assemblée nationale
22 mai 1968

Source : Journal officiel de la République française, Assemblée nationale, débats, 22 mai 1968.

 

M. Gaston Defferre :

     (…) Pour la première fois depuis qu'il occupe ses hautes fonctions, nous avons entendu M. le Premier ministre faire son autocritique. Jusqu'alors nous avions l'habitude de l'entendre tenir des propos d'autosatisfaction presque béate.
     Mais, monsieur le Premier ministre, au point où nous en sommes, après dix ans d'exercice du pouvoir gaulliste et six années passées à la tête du Gouvernement, votre autocritique ne suffit pas pour nous faire oublier que c'est vous, votre Gouvernement et le général de Gaulle qui êtes responsable de la situation dans laquelle nous nous trouvons. (Applaudissements sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste)
     Je formulerai une deuxième remarque. Comme la semaine dernière, vous nous avez dit tout au long de votre discours : " je ferai… je déciderai… ". Vous nous avez donné l'impression d'être un Premier ministre prononçant le discours de présentation de son gouvernement à l'Assemblée, comme si vous n'étiez pas en place depuis plusieurs années.
     Enfin, une troisième remarque. Je ne sais si la censure sera votée - et dans un instant je dirai, d'une façon précise, ce que mon groupe en pense - mais une chose est certaine et tous les Français le savent : quelle que soit l'issue de ce scrutin et même si la censure n'est pas votée, vous sortirez diminué de cette épreuve. (Applaudissements sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste)

M. Michel de Grailly :

     La France aussi !

M. Gaston Defferre :

     Nous connaissons votre goût des citations et en particulier des citations poétiques. Je ne prétends pas avoir votre culture, mais j'ai appris sur les bancs du lycée que la roche tarpéienne était près du Capitole. (Exclamations sur les bancs de l'union des démocrates pour la Ve République)
Et je me demande aujourd'hui où est le Pompidou triomphant, le brillant dauphin qui, il y a trois semaines, semblait vouloir prendre la succession du général de Gaulle. (Applaudissements sur les bancs de la fédération de la gauche démocratique et socialiste)
     Mesdames, messieurs, que vous soyez de la majorité ou de l'opposition, vous prendrez bientôt conscience d'un fait : après les événements que nous venons de vivre, nous sommes entrés dans la période du post-gaullisme et ce, dans de mauvaises conditions.


     
 



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