M. Gaston Defferre :
(
) Pour la première fois
depuis qu'il occupe ses hautes fonctions, nous avons entendu M. le
Premier ministre faire son autocritique. Jusqu'alors nous avions l'habitude
de l'entendre tenir des propos d'autosatisfaction presque béate.
Mais, monsieur le Premier ministre,
au point où nous en sommes, après dix ans d'exercice
du pouvoir gaulliste et six années passées à
la tête du Gouvernement, votre autocritique ne suffit pas pour
nous faire oublier que c'est vous, votre Gouvernement et le général
de Gaulle qui êtes responsable de la situation dans laquelle
nous nous trouvons. (
Applaudissements sur les bancs de la fédération
de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste)
Je formulerai une deuxième remarque.
Comme la semaine dernière, vous nous avez dit tout au long
de votre discours : " je ferai
je déciderai
". Vous nous avez donné l'impression d'être un Premier
ministre prononçant le discours de présentation de son
gouvernement à l'Assemblée, comme si vous n'étiez
pas en place depuis plusieurs années.
Enfin, une troisième remarque.
Je ne sais si la censure sera votée - et dans un instant je
dirai, d'une façon précise, ce que mon groupe en pense
- mais une chose est certaine et tous les Français le savent
: quelle que soit l'issue de ce scrutin et même si la censure
n'est pas votée, vous sortirez diminué de cette épreuve.
(Applaudissements sur les bancs de la fédération
de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste)
M. Michel de Grailly :
La France aussi !
M. Gaston Defferre :
Nous connaissons votre goût des
citations et en particulier des citations poétiques. Je ne
prétends pas avoir votre culture, mais j'ai appris sur les
bancs du lycée que la roche tarpéienne était
près du Capitole.
(Exclamations sur les bancs de l'union
des démocrates pour la Ve République)
Et je me demande aujourd'hui où est le Pompidou triomphant,
le brillant dauphin qui, il y a trois semaines, semblait vouloir prendre
la succession du général de Gaulle.
(Applaudissements
sur les bancs de la fédération de la gauche démocratique
et socialiste)
Mesdames, messieurs, que vous soyez
de la majorité ou de l'opposition, vous prendrez bientôt
conscience d'un fait : après les événements que
nous venons de vivre, nous sommes entrés dans la période
du post-gaullisme et ce, dans de mauvaises conditions.