"
Nous sommes arrivés à un ensemble de conclusions positives
et dont on peut dire qu'elles constituent un accord, a déclaré
M. Georges Pompidou, ce matin, à 7 h 30, en sortant de la salle
du ministère des Affaires sociales où pendant près
de vingt-cinq heures se sont déroulées les négociations
entre les syndicats, les patrons et le Gouvernement. " Je m'explique
sur le mot accord. Il va de soi que les organisations syndicales ont
fait des réserves sur un certain nombre de points et maintiennent
un certain nombre de revendications pour leur programme à venir.
De la même manière, les organisations patronales ont
fait valoir les graves problèmes que les décisions prises
posaient aux entreprises françaises plongées dans la
compétition internationale et elles ont, par conséquent,
proposé des demandes qui tendent à une politique économique
générale permettant à la compétitivité
française de se maintenir.
Le Gouvernement de son côté
ne peut manquer de souligner les exceptionnels sacrifices financiers
et budgétaires que ces décisions entraînent et
les avantages sociaux tout à fait exceptionnels aussi qui sont
accordés en une seule fois à tous les travailleurs en
lutte. C'est le caractère extraordinairement sérieux
de la crise actuelle qui seul a permis d'aboutir à des conclusions
aussi importantes. "
M. Pompidou a alors donné les
précisions suivantes sur les résultats obtenus :
- SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti) : porté
à 3 F au 1er janvier 1968 (sa valeur actuelle est de 2,22 F).
- Salaires: les salaires réels sont augmentés au 1er
juin 68 de 7 %. Le pourcentage est porté au 1er
octobre à 10 %, étant entendu que toutes les hausses
intervenues à compter du 1er janvier 68 entrent
dans ce total.
- Durée du travail : un texte concernant la réduction
de la durée du travail est accepté.
- Age de la retraite : le problème de l'assouplissement de
l'âge de la retraite a été posé par plusieurs
syndicats. Le C.N.P.F. en a accepté l'examen.
- Allocations familiales : un projet d'aménagement d'allocations
familiales en faveur des familles de 3 enfants au moins et prévoyant
aussi une certaine réforme des allocations de salaire unique
et de la mère au foyer, sera examiné par le Gouvernement,
un texte sera mis au point à l'occasion du prochain budget.
- Vieillesse : le Gouvernement a accepté d'augmenter au 1er
octobre prochain l'allocation minimum versée aux personnes
âgées.
- Droit syndical : un document très important a été
établi qui prévoit une véritable évolution
" pour ne pas dire une révolution " dans les rapports
entre employeurs et salariés.
- Droit syndical dans les entreprises : le Gouvernement a déclaré
que les conversations qui doivent se poursuivre à ce propos
entre les organisations syndicales devraient aboutir à un projet
de loi pour lequel le Gouvernement, sous sa responsabilité,
prendra une position favorable à l'exercice des droits syndicaux
dans les entreprises.
- Fiscalité : le Premier ministre a ajouté que des documents
concernent notamment la fiscalité, documents très brefs
mais qui prévoient que la réforme de l'impôt sur
le revenu, qui sera déposée en principe à l'automne
par le Gouvernement, devra contenir des dispositions tendant à
alléger les conditions d'imposition des revenus salariaux.
Ce projet fera d'ailleurs l'objet dans sa première phase d'une
discussion au Conseil économique et social.
- Emploi : le C.N.P.F. et les confédérations syndicales,
a précisé M. Pompidou, ont décidé de se
réunir avant le 1er octobre pour un vaste examen
de tous les problèmes concernant l'emploi. Le Gouvernement
s'engage, de son côté, à participer aux conversations
dans une deuxième phase et également à développer
les crédits affectés au service de l'emploi et à
accorder une priorité à la formation des jeunes.
- Conventions collectives : un document également très
important concerne la révision des conventions collectives
pour lesquelles les employeurs se sont engagés à réunir
sans délai des commissions paritaires pour l'examen d'un certain
nombre de questions concernant ces conventions collectives et pour
lesquelles les syndicats étaient demandeurs.
- Pouvoir d'achat : au mois de mars 1969, se tiendra à l'initiative
du Gouvernement une réunion pour examiner, dans le cadre de
l'évolution économique et financière générale,
l'évolution du pouvoir d'achat des salariés au cours
de l'année 1968.
- Sécurité sociale : M. Pompidou a pris l'engagement
d'accepter un débat de ratification des ordonnances relatives
à la Sécurité sociale au cours de la session
actuelle. Le ticket modérateur applicable aux dépenses
médicales de visite et de consultation est ramené de
trente à vingt-cinq pour cent.
- Journées de grève : il a été entendu
que les journées d'arrêt de travail seront, en principe,
récupérées. Une avance de cinquante pour cent
du salaire sera versée aux salariés ayant subi une perte
de salaire. Cette avance sera remboursée par amputation sur
les heures récupérées. Dans le cas où
la récupération n'aurait pas été matériellement
possible avant le 31 décembre de cette année, l'avance
ou son solde seront définitivement acquis aux salariés.
J'ai pris par ailleurs, a ajouté
M. Pompidou, l'engagement que les dispositions concernant le SMIG,
les dispositions concernant les rémunérations, concernant
le droit syndical, concernant la réduction de la durée
du travail et concernant enfin une indemnisation pour les journées
de grève auraient des répercussions dans le secteur
nationalisé et dans le secteur public. Je rappelle à
ce propos que les conversations du secteur nationalisé se sont
engagées hier et qu'elles doivent se poursuivre dès
cet après-midi dans les ministères de tutelle.
En ce qui concerne la fonction publique,
la discussion aura lieu en principe demain mardi au ministère
chargé de la Fonction publique, sous ma propre présidence.
"
Et M. Pompidou a conclu :
" À travers tous les journalistes
présents, c'est à la France et aux Français que
je m'adresse et que je pense pour souligner l'importance des décisions
prises, la gravité exceptionnelle de cette réunion,
les avantages sociaux exceptionnels qu'en retirent les travailleurs
en lutte, quels que soient les inconvénients ou les difficultés
qui ne manqueront pas de résulter de cette crise, qui ne manqueront
pas éventuellement de résulter pour nos entreprises
de certaines décisions prises, de même que pour le budget
de l'État.
J'estime que nous avons atteint un résultat
de première importance et qui doit permettre la reprise du
travail dans des conditions aussi rapides que le permet la technique.
Je crois d'ailleurs que les organisations syndicales, qui vont vous
donner leur appréciation, tout en maintenant, ainsi que je
l'ai dit, certaines de leurs revendications, souligneront le caractère
très fécond de cette négociation.
Puisse-t-il être fécond pour les travailleurs. Puisse-t-il
être fécond pour la France... "