La
journée nous a apporté toute une série de nouvelles
ou d'incertitudes. Nous ne savons plus très bien aujourd'hui
où en est le régime. Nous ne connaissons pas ses intentions,
ses décisions. Nous ne savons pas encore s'il y a un gouvernement,
si, à brève échéance, le régime
tout entier n'aura pas reconnu son échec et s'il en aura
retenu des conclusions.
Dans ces conditions, la longue conversation
de travail que j'ai eue avec les dirigeants de la Fédération
devait tenir compte de toutes ces incertitudes, et nous avons donc
exploré les différentes hypothèses, les différentes
situations politiques dans lesquelles nous pouvons nous trouver
et chercher quelles pouvaient être nos décisions face
à ces différentes hypothèses.
Nous avons constaté sans surprise
que, quels que soient les événements qui se produiront
au cours des prochaines heures ou des prochains jours, en définitive
notre réponse en toute hypothèse conduit toujours
à la revendication de la constitution d'un gouvernement de
transition que M. François Mitterrand dans sa déclaration
d'hier a appelé un gouvernement provisoire. Nous avons constaté
que c'était une solution que l'opposition de gauche devait
mettre en avant et que c'était une solution applicable à
toutes les hypothèses qui pourraient se produire au cours
des prochains jours.
Quand nous parlons de gouvernement
de transition, il est important que nous soyons tous bien d'accord
sur ce que devra faire ce gouvernement pour éviter que la
crise présente ne se prolonge au détriment du pays
tout entier et c'est là-dessus que nous avons travaillé
très sérieusement en allant au fond de tous les problèmes
et de tous les obstacles à surmonter. C'est là-dessus
que nous avons travaillé avec les représentants de
la Fédération.
Nous avons tous compris que le gouvernement
de transition à constituer demain devra ménager, à
travcrs les décombres institutionnels, politiques, universitaires,
sociaux, économiques, un travail efficace pour garantir les
chances des nécessaires réformes dont nous ressentons
tous le besoin.
Il est évident qu'un tel gouvernement
n'aurait aucun sens s'il ne méritait et n'obtenait pas la
confiance de tous les hommes, de toutes les forces, qui, au cours
des dernières semaines, ont manifesté leur opposition
au régime actuel et leur volonté de reconstruction
du pays.
Les forces vives des usines et des universités ont fait éclater
au grand jour à quel point la politique suivie par le gouvernement
encore en place était contraire aux aspirations et aux besoins
du pays. Elles doivent toutes être réunies demain pour
reconstruire, et elles doivent le faire, comme l'a dit M. Mitterrand,
sans exclusive et sans dosage. Tout ce qui divise, tout ce qui oppose
les forces du mouvement et du progrès les unes aux autres
est blâmable et néfaste pour l'avenir.
Je peux dire tout de même que
j'ai été touché que M. Mitterrand mette mon
nom en avant dans sa déclaration d'hier. Mon concours a toujours
été, et serait toujours acquis, aux hommes de gauche
pour la réalisation des convictions que j'ai défendues
inlassablement. Je ne refuserais donc pas les responsabilités
qui pourraient m'être confiées par la gauche tout entière
réunie.
Mais le problème essentiel
n'est pas celui des hommes. Ce qui compte aujourd'hui, c'est un
accord complet, précis, sur ce que fera, le jour venu, le
gouvernement de transition. Ce ne sera pas un gouvernement neutre,
mais un gouvernement du mouvement, il aura à préparer
la suite, la mise sur pied d'un nouveau régime de vie, l'acheminement
rapide vers une société plus juste, socialiste.
Mais dans l'intervalle, par la force
des choses, il aura à faire face à un problème
aigu qui se pose aujourd'hui et il aura à prendre des mesures
immédiates. C'est de cela aussi que nous avons parlé
et c'est là-dessus que nous continuerons à le faire
pour réaliser un accord précis et complet. Je le crois
indispensable pour la probité même et pour les chances
de succès du gouvernement de transition dont il s'agit.
Je crois que nous ne nous dissimulons
pas les difficultés. Nous faisons le genre d'effort qu'attendent
de nous les grévistes dans les usines, les jeunes partout
à travers le pays et les chômeurs.