Son époque > Fiches thématiques  > Georges Pompidou et le R.P.F.


     À l’heure où Paris se libère de ses chaînes, Georges Pompidou poursuit une carrière d’enseignant au lycée Henri IV. Certes, les années sombres de l’occupation allemande n’ont pas vu ce brillant professeur de lettres s’engager corps et âme dans la résistance active. Il est demeuré, comme tant de Français, dans une prudente expectative, ce qui ne l’empêcha pas, parfois publiquement, de condamner la politique de Vichy, notamment les lois contre les juifs et les francs-maçons. Au sortir de cette guerre, cet homme, qui a perdu certains de ses élèves sous les balles allemandes, sent le profond désir d’entrer pleinement dans la Cité et d’apporter sa contribution au vaste édifice de la reconstruction de la France. Par l’intermédiaire de l’un de ses camarades de l’École normale supérieure, René Brouillet, il est nommé au cabinet du général de Gaulle, président du Gouvernement Provisoire de la République Française, le 1er octobre 1944. En qualité de chargé de mission, il s’occupe alors tout particulièrement des questions d’éducation et de celles touchant à l’information. Il élargit très rapidement son champ de compétences aux affaires de politique intérieure. Ses premiers pas au sein du G.P.R.F. le font remarquer par le Général. Lorsque ce dernier quitte le pouvoir, Georges Pompidou devient maître des requêtes au Conseil d’État, en attendant d’être rappelé auprès de son ancien « patron ».
     En avril 1948, le général de Gaulle, chef du Rassemblement du Peuple Français, le fait venir à son service avec le titre de chef de cabinet. Dans ces nouvelles fonctions, Georges Pompidou doit se positionner à la charnière du R.P.F. et du domaine privé du Général. Il doit ainsi établir ou conserver des contacts avec le monde politique en dehors du Rassemblement, comme avec les milieux administratifs et économiques. L’âpreté de la lutte entre gaullistes et tenants de la IVe République réduit en fait à peu de choses cette première mission. Toutefois, les prérogatives de Georges Pompidou, qui n’adhéra jamais au R.P.F., l’amènent à jouer progressivement un rôle actif dans l’aventure militante de ce parti. Il sait alors incontestablement s’imposer auprès du Général grâce à deux qualités essentielles : le discernement et la discrétion. L’homme du 18 juin ne s’y trompe pas et lui accorde de plus en plus visiblement cette confiance, que tant de ses compagnons appellent de leurs vœux. Le chef de cabinet Pompidou devient ainsi, suivant la formule de Jacques Foccart, « un conseiller très écouté du général de Gaulle, même le plus écouté ».
     Georges Pompidou, bien qu’il s’efforce de garder ses distances avec lui, n’en constitue pas moins un « membre de fait du R.P.F. ». À ce titre ô combien singulier, il participe activement à la vie de ce mouvement politique. Il anime ainsi le comité national d’études, chargé de préparer la doctrine d’action d’une équipe revenant aux affaires. En son sein, il débat notamment des questions touchant à la future constitution mais aussi de l’association capital-travail ou de la réforme des armées. L’homme de lettres, qu’il est et demeure par delà son engagement partisan, prend également fait et cause pour la revue de son ami Claude Mauriac, Liberté de l’esprit, qu’il accueille rue de l’Université, dans des bureaux qu’il partage avec Jacques Foccart. Tant par sa proximité géographique qu’amicale avec le fils du grand écrivain, il collabore activement à cette aventure intellectuelle et humaine. En outre, Georges Pompidou est sollicité, à plusieurs reprises, par le Général, à l’instar d’autres gaullistes, pour trouver d’urgence des moyens de financement, afin de résorber les dettes du R.P.F. Au demeurant, ses compétences financières sont déjà utilisées par le couple de Gaulle pour la fondation de leur fille Anne.
     Au cours de ces années au service du Général, Georges Pompidou est tout autant témoin qu’acteur de l’évolution du Rassemblement du Peuple Français dont il partage avec les autres ténors du gaullisme les doutes, appréhensions et espoirs. Il sait alors s’imposer comme l’un des membres incontournables du cercle restreint des proches du général de Gaulle bien qu’il ne puisse guère exhiber de glorieux titres de résistance. Un tel succès, qui n’a pas manqué de soulever la jalousie de certains compagnons de la première heure, s’explique tant par ses qualités personnelles que par l’estime que lui témoigne progressivement l’ancien chef de la France libre. Cette intégration dans les milieux dirigeants du gaullisme n’est pas remise en cause lors de son départ, à la fin de l’année 1953, pour la banque Rothschild. En effet, Georges Pompidou demeure en contact avec le Général, retiré à Colombey. Il continue également à fréquenter ses amis gaullistes avec qui il déjeune régulièrement à la Maison de l’Amérique latine, certains mercredis, notamment aux côtés d’André Malraux, Edmond Michelet et Jacques Foccart. La conservation et l’entretien de tels liens d’amitiés l’ancrent définitivement dans cette sphère politique alors même que, professionnellement, de nouveaux horizons s’ouvrent à lui. C’est donc tout naturellement que le dernier président du Conseil d’une IVe République agonisante, le général de Gaulle, fait appel à ses éminents services et à sa discrète mais sincère fidélité pour diriger son cabinet le 1er juin 1958.


 
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