Son époque > Fiches thématiques > Les femmes dans la société et dans la vie politique sous Georges Pompidou


    « Madame, je crois que le XXème siècle est à coup sûr le siècle de la libération de la femme et de sa marche vers l’égalité » ; c’est ainsi que s’exprima Georges Pompidou lors de la campagne présidentielle de 1969. Les femmes étaient d’ailleurs nombreuses dans son entourage, et ce, à tous les échelons de la hiérarchie : à Matignon, son chef de cabinet, son chef de service parlementaire, son chef du service de presse furent des femmes. Elles le suivirent à l’Elysée. Ainsi, Anne-Marie Dupuy fut chef de cabinet du Président du 20 juin 1969 au 8 mai 1973, puis directeur de cabinet, du 9 mai 1973 au 10 janvier 1974 ; Madeleine Négrel, chef du secrétariat particulier du 20 juin 1969 au 2 avril 1974 ; Simonne Servais, conseiller technique à l’information du 20 juin 1969 au 1er novembre 1970. Marie-France Garaud, conseiller technique du Président du 20 juin 1969 au 2 avril 1974, joua également un rôle important dans l’entourage présidentiel.

    «Cependant, les années 1960-1970 correspondent à une période où les femmes sont peu nombreuses en politique, en particulier dans les rangs de la majorité gaulliste. Lors de la préparation des élections législatives, Olivier Philip adressa à ce propos une note au Premier ministre, en date du 8 juillet 1966 : « Je sais que je suis le seul de mon avis. Mais je maintiens que nous aurons un problème politique quand la liste de nos candidats sortira dans la presse. Nous serons le mouvement faisant le moins appel aux femmes. Or, c’est pour nous qu’elles votent de préférence ». Et Georges Pompidou d’annoter : « Il faut en effet quelques femmes, au moins comme suppléantes » . En effet, seules deux femmes siégèrent au Gouvernement sous Pompidou, Marie-Madeleine Dienesch, secrétaire d’Etat de 1968 à mai 1974, à l’Education nationale dans le quatrième Gouvernement Pompidou, puis secrétaire d’Etat aux Affaires sociales et à la Santé Publique sous les Gouvernements de Chaban-Delmas et Pierre Messmer, et Suzanne Ploux, secrétaire d’Etat à l’Education nationale dans le deuxième Gouvernement Messmer (avril 1973 à février 1974).

    «Néanmoins, les années Pompidou constituent une période charnière en ce qui concerne l’évolution de la place des femmes dans la société et de leur statut. Durant les Trente Glorieuses, les femmes entrent massivement sur le marché du travail. Entre 1968 et 1975, elles contribuent pour les trois-quarts à l’accroissement de la population active. Révélateur de ces changements, en septembre 1965, le ministère du Travail crée le Comité d’études et de liaison des problèmes du travail féminin, présidé par la gaulliste Marcelle Devaud. Cet organisme consultatif est un lieu d’information stimulant études et statistiques sur le travail féminin. La féminisation de la population active tient en partie à l’accroissement du taux de scolarisation des filles, et à l’augmentation du nombre des diplômées. Certains bastions masculins s’ouvrent aux femmes sous la Présidence de Georges Pompidou : il nomme la première femme ambassadeur, Marcelle Campana, ambassadrice de France au Panama, en 1972, et fait d’Anne-Marie Dupuy la première femme à siéger au Conseil d’État (nommée le 15 janvier 1974).

    «La législation accompagne ces changements de la condition féminine : la loi du 13 juillet 1965 supprime l’incapacité de la femme mariée, qui peut désormais ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de son mari et disposer de ses propres biens. En 1967, une proposition de loi est déposée en faveur de l’amélioration des droits de la mère par rapport à ceux du père ; elle conduit à la loi du 4 juin 1970 sur l’autorité parentale conjointe. Mais l’enjeu majeur des mouvements féministes dans les années 1960-1970 est la lutte pour la libéralisation de la contraception et de l’avortement. En 1967 est votée la loi Neuwirth, du nom du député gaulliste qui en est l’auteur, autorisant, avec des restrictions, la contraception. Mais les décrets d’application ne sont publiés qu’en 1972… Durant la Présidence de Georges Pompidou, la libéralisation de l’avortement devient un débat public, après la publication du « Manifeste des 343 » dans le Nouvel Observateur du 5 avril 1971, et la médiatisation du procès de Bobigny (octobre 1972), où Marie-Claire, une mineure de 17 ans, est jugée pour avoir avorté. L’avortement fut ainsi un des enjeux de la campagne présidentielle de 1974.

 

 


- Repères chronologiques
- Orientations bibliographiques
- Sources
- Documentation


 

Repèr
es chronologiques
   
1965 mbre : accord franco-britannique, acte de naissance du.
 
Grâce à la loi du 13 juillet 1965 portant réforme des régimes matrimoniaux, les Françaises n’ont plus besoin du consentement de leur mari pour choisir une profession ou pour ouvrir un compte en banque et disposer de leurs propres biens.
   
1967  
 
Après les élections législatives, Lucien Neuwirth dépose une proposition de loi à l’Assemblée nationale visant à autoriser la contraception. La loi est promulguée le 28 décembre 1967 : elle organise la régulation des naissances et autorise la vente de certains contraceptifs, dont la pilule.
 
1970  
La loi du 4 juin 1970 supprime la notion de chef de famille et définit l’autorité parentale conjointe.
   
1972

 

 
La loi du 22 décembre 1972 relative à l’égalité de rémunération entre les hommes et les femmes introduit le principe « à travail égal, salaire égal ».
   
 

Orientations bibliographiques
- M. Sineau, Profession : femme politique, Presses de Sciences Po, Paris, 2001.
- C. Bard, Les femmes dans la société française au XXème siècle, Armand Colin, Paris, 2001.
- C. Cauvin, D. Roncet, Les femmes de Giscard, téma-éditions, Paris, 1975 [un chapitre sur Solange Troisier, un sur Marie-France Garaud].




Sources
Archives orales Georges Pompidou, par exemple : S. Servais, M. Négrel, AM Dupuy, ou encore O. Philip.
Entretien télévisé de Georges Pompidou avec Mme Rose Vincent, Mme Annick Beauchamp, M. Christian Bernadac, réalisé le 23 mai 1969.
Mémoires d’anciens collaborateurs de Georges Pompidou :
- Michel Jobert, Lettre ouverte aux femmes politiques, Albin Michel, Paris, 1976.
- Solange Troisier, Une sacrée bonne femme, La Table Ronde/ La Palatine, Paris, 2003.
Bernard Chénot, Etre Ministre, Plon, 1967.
- Anne-Marie Dupuy, Le destin et la volonté, Mémoires, Editions de la Table ronde, Paris, 1996.


Documentation

Extrait de l'interview de Georges Pompidou dans Elle, le 16 février 1967
 
Extrait de l'entretien télévisé de Georges Pompidou avec Mme Rose Vincent, Mme Annick Beauchamp, M. Christian Bernadac, le 23 mai 1969 (campagne présidentielle de 1969)
 
 
 
 
 
 


 
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