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     C’est à l’automne 1944 que le général de Gaulle, alors président du G.P.R.F., fit venir à son cabinet Georges Pompidou, par l’intermédiaire de René Brouillet. Il y resta jusqu’au départ du Général le 20 janvier 1946 et travailla sur les questions d’éducation nationale et d’information. C’est alors qu’il commença à connaître la pensée et les méthodes de Charles de Gaulle, qu’il fit connaissance avec les cercles gaullistes et se lia d’amitié avec plusieurs collaborateurs du Général.

     Lorsque le général de Gaulle, ayant quitté le pouvoir, fonda le R.P.F. en 1947, il garda Georges Pompidou à ses côtés, comme secrétaire général du Comité d’études qu’il avait créé avec Gaston Palewski. Georges Pompidou était également à cette époque secrétaire général de la Fondation Anne de Gaulle. Il demeura un collaborateur très proche du Général d’avril 1948 à 1953 puisqu’il fut son chef de cabinet, mais il restait discret et ne faisait pas partie des figures en vue du gaullisme de la IVe République. Il classa les textes et discours du Général de 1940 à 1950 qui furent publiés dans l’ouvrage La France sera la France : ce que veut Charles de Gaulle (1950).

     Lorsque le Général mit le Rassemblement en sommeil et commença sa « traversée du désert », Georges Pompidou entra à la banque Rothschild où il travailla de 1953 à 1958.

     Les événements d’Algérie en 1958 ramenèrent le Général au pouvoir et celui-ci invita Georges Pompidou à le rejoindre comme directeur de cabinet à la fin du mois de mai 1958. Il assura là un rôle de liaison et de concertation important dans cette période d’élaboration de la Constitution et de mise en place du régime.

     Toutefois, en janvier 1959, alors que de Gaulle venait d’être élu premier Président de la Ve République, Georges Pompidou retourna à la banque Rothschild. Il demeura alors en relation étroite avec le Général qui lui confia des missions discrètes de contact avec des protagonistes de la guerre d’Algérie.
     En avril 1962, le général de Gaulle l’appela pour succéder à Michel Debré comme Premier ministre. Leur relation était basée sur une grande confiance et Georges Pompidou, peu connu des Français et n’ayant aucune expérience parlementaire, faisait figure de proche collaborateur du Général. Ce choix apparut comme l’affirmation de la primauté présidentielle et Georges Pompidou adhéra à la lecture gaullienne de la Constitution. Interpellé en 1964 à l’Assemblée nationale par François Mitterrand et Paul Coste-Floret sur les attributions respectives du chef de l’État et du Premier ministre, Georges Pompidou rappela l’obligation presque systématique du contreseing, insista sur la nécessaire « large identité de vues politiques » et ajouta : « (…) je tiens le rôle du chef de l’Etat pour essentiel, mais (…), par contre je ne saurais continuer ma tâche, ni porter mes responsabilités qu’autant que je suis ou que je serai pleinement d’accord sur tous les aspects de la politique qu’il m’appartient d’ailleurs de conduire au fur et à mesure des événements avec le Gouvernement dont je dirige l’action ».
     Cette entente entre le président de la République et le Premier ministre, peut-être plus nuancée à partir de 1967, cette stabilité à la tête de l’exécutif, contribuèrent au développement et à la modernisation de la France dans les années 1960.

     Les événements de Mai 1968 surprirent l’exécutif. Passé le flottement initial, la gestion quotidienne de la crise fut assurée par l’équipe de Matignon. Après la disparition du Général le 29 mai, à l’insu de Georges Pompidou, et la manifestation du 30 mai, le Premier ministre réussit à convaincre le Général de dissoudre l’Assemblée nationale. Que les divergences accumulées aient fini par rendre un accord difficile, que le Général ait voulu préserver Georges Pompidou de l’usure du pouvoir ou que celui-ci ait exprimé sa lassitude, son départ en juillet 1968 - en dépit des péripéties dont les versions différent - fut l’illustration de leur lecture commune de la Constitution : le Président a la faculté de changer de Premier ministre.

     Quelques tensions s’élevèrent entre le Général et Georges Pompidou en 1968-1969, alors que ce dernier était simple député du Cantal. Le Général prit ombrage de l’intention affichée par l’ancien Premier ministre d’être candidat à sa succession lorsque la présidence serait vacante : c’est le sens des déclarations de Rome et surtout de Genève au début de l’année 1969. De son côté, alors qu’on essayait de le compromettre dans l’affaire Markovic, Georges Pompidou eût souhaité recevoir un soutien plus net de la part du général de Gaulle. Néanmoins, aux yeux de la plupart des gaullistes, Georges Pompidou apparaissait comme le successeur naturel du général de Gaulle, après les six années passées à Matignon.

     Lorsque le général de Gaulle lança son projet de référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat en 1969, Georges Pompidou s’engagea à ses côtés, sans être tout à fait convaincu des chances de succès de cette consultation populaire. Le référendum échoua et le Général prit la décision de cesser d’exercer ses fonctions. La candidature de Georges Pompidou pour représenter le gaullisme sembla alors s’imposer et fut d’ailleurs approuvée par le Général.

     Georges Pompidou fut élu président de la République le 15 juin 1969. Le Général, alors retiré à la Boisserie, n’intervint plus dans la vie publique jusqu’à sa mort en novembre 1970. Georges Pompidou dirigea la France dans la dernière partie de la grande phase de croissance qui devait s’achever avec la crise du Proche-Orient et le choc pétrolier de 1973. Il enracina les institutions de la Ve République dans la coutume. Pendant les cinq années de son mandat présidentiel il chercha à maintenir les grandes orientations politiques, économiques, diplomatiques et militaires de la présidence gaullienne, tout en y apportant quelques inflexions propres.

     Voici ce que Georges Pompidou écrivait à Charles de Gaulle dans une lettre du 28 avril 1969, le jour même du départ du Général : « Que puis-je vous dire, mon Général, qui m’avez tout appris, sinon que votre image ne cessera de grandir, que rien, et surtout pas l’ingratitude, ne peut lui nuire, et que celui qui sera peut-être appelé à vous succéder officiellement ne pourra qu’essayer de n’être pas trop indigne ? »



 
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