|
Son milieu familial, sa formation, les débuts
de sa vie professionnelle prédisposaient Georges Pompidou à
s'intéresser à l'éducation. Et de fait, les documents
d'archives abondamment annotés par lui, les fréquentes réunions
tenues sur ce sujet, témoignent de cette prédilection. La
longue durée de sa présence à Matignon, comparée
à la succession parfois rapide des ministres, explique qu'il ait
pu suivre et animer la continuité d'une politique.
La collaboration entre la Présidence de la République et
le Premier ministre fut marquée par une large communauté
de vues, étant observé cependant que, comme il est normal,
l'Élysée n'a suivi que d'une façon plus lointaine
et passagère l'évolution de ce secteur.
La politique de l'éducation, dans les années
soixante, fut dictée par la conjonction d'un phénomène
démographique (l'arrivée à l'adolescence des enfants
nés au lendemain de la guerre) et de la volonté d'ouvrir
beaucoup plus largement l'accès des jeunes à la formation.
La priorité des priorités alla au niveau du second degré -
et surtout de son premier cycle. Il fallut procéder à la
construction de locaux (un collège par jour vers 1966) et au recrutement
massif d'enseignants.
Cet effort nécessita une croissance considérable
du budget de l'Éducation nationale (premier budget de la nation
à la fin de la décennie), assurée par les arbitrages
rendus chaque année par le Premier ministre lui-même. L'action
de Georges Pompidou se fit sentir aussi dans l'appui donné en plusieurs
circonstances à l'enseignement privé, dans la ligne tracée
en 1959 par la loi Debré.
Sur
le plan de l'organisation pédagogique, la solution qui emporta
la conviction des autorités, et singulièrement du Premier
ministre, fut la création des Collèges d'Enseignement Secondaire
(CES), où devaient coexister plusieurs filières correspondant
aux capacités diverses des élèves et entre lesquelles
une osmose devait s'opérer d'année en année.
La circulation des élèves entre
les filières fut souvent entravée par les rigidités
et les habitudes. L'institution d'un mécanisme d'orientation, dont
Georges Pompidou voulait que la responsabilité fût confiée
aux maîtres qui suivent les enfants au jour le jour, n'alla pas
sans lenteur, et ce n'est qu'en 1968 que s'achevait sa mise au point.
La doctrine que fit prévaloir le Premier
ministre sur cette question fut celle d'un juste milieu entre une visée
qu'il jugeait technocratique et autoritaire (imposer des contingents prédéterminés
d'élèves dans chaque filière) et le laxisme d'un
tronc commun pur et simple (le collège unique) aboutissant à
un nivellement irréaliste et préjudiciable aux intérêts
des jeunes et de la nation.
Si l'on constate un décalage entre le succès
de la politique de recrutement et de construction, et les difficultés
auxquelles se heurta la solution du problème de l'orientation,
on doit cependant observer qu'aujourd'hui encore la philosophie pédagogique
demeure incertaine et controversée sur ce point.
L'urgence
commandait que l'accent fût mis sur la formation des adolescents.
Mais le niveau de l'enseignement supérieur n'était pas non
plus à négliger. C'est même à lui que le ministre
Christian Fouchet s'attacha avec le plus d'ardeur. Le Premier ministre
pour sa part s'efforça - et y parvint souvent - de promouvoir quelques
principes : ne pas allonger à l'excès la durée des
études - on était alors en période de plein emploi
-, garder un équilibre entre les trois vocations de l'université
(formation des enseignants, préparation aux professions, recherche),
favoriser le développement de l'enseignement technique, notamment
par la création, très appréciée par Georges
Pompidou, des Instituts Universitaires de Technologie (IUT), maintenir
la pratique des concours comme le plus sûr moyen d'un " élitisme
républicain ".
Ainsi
peut être caractérisée l'action du Premier ministre
au long de ses six années de fonction. Il s'agit d'un rôle
de coordination et d'harmonisation à partir du matériau
fourni par le ministère, mais souvent aussi d'impulsion que la
durée de sa présence à Matignon rend plus perceptible.
Il est en outre quelques réalisations dont
la paternité lui revient en propre :
- création du Haut Comité pour la défense et l'expansion
de la langue française, qui initia la politique de francophonie
;
- impulsion donnée à la lecture publique, dont les effets
se perpétuent aujourd'hui ;
- développement de la radiotélévision éducative,
s'inspirant d'un souci de modernité dont le succès fut entravé
par un effort insuffisant de réflexion pédagogique, mais
dont les potentialités permettent d'espérer un plus grand
essor.
La
période clef que furent pour l'Éducation les années
1962-68 reste donc marquée par l'action continue et volontaire
de Georges Pompidou, qui a lui-même, dans un entretien télévisé
de 1966, mis au premier rang des réalisations dont il s'estimait
fier, le développement et le progrès nécessaires
de notre système éducatif.
|