Son époque > Temoignages  > Georges Pompidou et l'éducation (1962-1968)


Témoignage d'Henri Domerg

    Son milieu familial, sa formation, les débuts de sa vie professionnelle prédisposaient Georges Pompidou à s'intéresser à l'éducation. Et de fait, les documents d'archives abondamment annotés par lui, les fréquentes réunions tenues sur ce sujet, témoignent de cette prédilection. La longue durée de sa présence à Matignon, comparée à la succession parfois rapide des ministres, explique qu'il ait pu suivre et animer la continuité d'une politique.
La collaboration entre la Présidence de la République et le Premier ministre fut marquée par une large communauté de vues, étant observé cependant que, comme il est normal, l'Élysée n'a suivi que d'une façon plus lointaine et passagère l'évolution de ce secteur.

    La politique de l'éducation, dans les années soixante, fut dictée par la conjonction d'un phénomène démographique (l'arrivée à l'adolescence des enfants nés au lendemain de la guerre) et de la volonté d'ouvrir beaucoup plus largement l'accès des jeunes à la formation. La priorité des priorités alla au niveau du second degré - et surtout de son premier cycle. Il fallut procéder à la construction de locaux (un collège par jour vers 1966) et au recrutement massif d'enseignants.
    Cet effort nécessita une croissance considérable du budget de l'Éducation nationale (premier budget de la nation à la fin de la décennie), assurée par les arbitrages rendus chaque année par le Premier ministre lui-même. L'action de Georges Pompidou se fit sentir aussi dans l'appui donné en plusieurs circonstances à l'enseignement privé, dans la ligne tracée en 1959 par la loi Debré.


    Sur le plan de l'organisation pédagogique, la solution qui emporta la conviction des autorités, et singulièrement du Premier ministre, fut la création des Collèges d'Enseignement Secondaire (CES), où devaient coexister plusieurs filières correspondant aux capacités diverses des élèves et entre lesquelles une osmose devait s'opérer d'année en année.
    La circulation des élèves entre les filières fut souvent entravée par les rigidités et les habitudes. L'institution d'un mécanisme d'orientation, dont Georges Pompidou voulait que la responsabilité fût confiée aux maîtres qui suivent les enfants au jour le jour, n'alla pas sans lenteur, et ce n'est qu'en 1968 que s'achevait sa mise au point.
    La doctrine que fit prévaloir le Premier ministre sur cette question fut celle d'un juste milieu entre une visée qu'il jugeait technocratique et autoritaire (imposer des contingents prédéterminés d'élèves dans chaque filière) et le laxisme d'un tronc commun pur et simple (le collège unique) aboutissant à un nivellement irréaliste et préjudiciable aux intérêts des jeunes et de la nation.
    Si l'on constate un décalage entre le succès de la politique de recrutement et de construction, et les difficultés auxquelles se heurta la solution du problème de l'orientation, on doit cependant observer qu'aujourd'hui encore la philosophie pédagogique demeure incertaine et controversée sur ce point.


    L'urgence commandait que l'accent fût mis sur la formation des adolescents. Mais le niveau de l'enseignement supérieur n'était pas non plus à négliger. C'est même à lui que le ministre Christian Fouchet s'attacha avec le plus d'ardeur. Le Premier ministre pour sa part s'efforça - et y parvint souvent - de promouvoir quelques principes : ne pas allonger à l'excès la durée des études - on était alors en période de plein emploi -, garder un équilibre entre les trois vocations de l'université (formation des enseignants, préparation aux professions, recherche), favoriser le développement de l'enseignement technique, notamment par la création, très appréciée par Georges Pompidou, des Instituts Universitaires de Technologie (IUT), maintenir la pratique des concours comme le plus sûr moyen d'un " élitisme républicain ".

    Ainsi peut être caractérisée l'action du Premier ministre au long de ses six années de fonction. Il s'agit d'un rôle de coordination et d'harmonisation à partir du matériau fourni par le ministère, mais souvent aussi d'impulsion que la durée de sa présence à Matignon rend plus perceptible.
    Il est en outre quelques réalisations dont la paternité lui revient en propre :
- création du Haut Comité pour la défense et l'expansion de la langue française, qui initia la politique de francophonie ;
- impulsion donnée à la lecture publique, dont les effets se perpétuent aujourd'hui ;
- développement de la radiotélévision éducative, s'inspirant d'un souci de modernité dont le succès fut entravé par un effort insuffisant de réflexion pédagogique, mais dont les potentialités permettent d'espérer un plus grand essor.


    La période clef que furent pour l'Éducation les années 1962-68 reste donc marquée par l'action continue et volontaire de Georges Pompidou, qui a lui-même, dans un entretien télévisé de 1966, mis au premier rang des réalisations dont il s'estimait fier, le développement et le progrès nécessaires de notre système éducatif.



 
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