L'attitude de Georges Pompidou
à l'égard d'une politique culturelle comporte deux phases
distinctes.
Dans la première période
(1962-68), la personnalité d'André Malraux, " ministre
d'État chargé des affaires culturelles ", avait le
poids nécessaire pour mener une politique, pour laquelle il avait
globalement l'accord du Premier ministre et du Chef de l'État lui-même.
L'idée-force de Malraux, mettre les grandes
uvres de l'esprit humain à la portée du plus grand
nombre, ne pouvait qu'emporter l'adhésion, et liberté entière
lui fut donnée pour la mise en place d'une administration plus
moderne que celle des " Beaux-Arts ", pour la création
d'un réseau de maisons de la culture, pour le soutien apporté
aux artistes, sous différentes formes et en maintes circonstances.
Le Premier ministre, dans ses arbitrages budgétaires veilla à
la croissance des moyens financiers, sans que l'État se départît
de la réserve qui est de mise en pareille matière.
Devenu président de la
République, Georges Pompidou porta un intérêt égal
à chacun des secteurs du domaine culturel, comme le montre l'entretien
publié dans Le Monde en octobre 1972, ainsi que dans le
détail des documents d'archives. Il est difficile de faire la part
des initiatives et impulsions qui lui reviennent en propre, et de celles
qui ont pour origine les ministres qui se sont succédé de
1969 à 1974 (et parmi eux, en particulier, Jacques Duhamel). Mais
on peut énumérer aisément les domaines où
son empreinte se marqua le plus fortement, et dont l'ensemble constitue
bien une politique culturelle.
Le patrimoine, son entretien et son enrichissement
fut de sa part l'objet d'interventions particulières et générales,
parmi lesquelles les préoccupations " régaliennes "
(théâtres nationaux : la Comédie Française,
l'Opéra) ont tenu une place centrale. Son souci d'architecture,
d'urbanisme, de respect de l'environnement se manifesta souvent, à
propos notamment de Paris et de sa région (aménagement du
quartier de la Défense, rénovation du quartier des Halles).
Il veilla aussi à l'application généralisée
de la loi sur les dations (droits de succession payés en uvres
d'art), dont il avait, dès avant 1968, avec André Malraux,
été le promoteur.
Pour développer la diffusion culturelle,
il facilita l'adoption de mesures fiscales en faveur du cinéma
(notamment d'Art et d'Essai) et des théâtres privés.
Il décida, en 1970, sur la suggestion de la commission du Plan,
de créer un Fonds d'Intervention (le FIC) capable de faire aboutir,
par un financement complémentaire, des actions culturelles associant
plusieurs ministères.
Pour stimuler la création, Georges Pompidou,
grâce à la tutelle que sa fonction lui conférait sur
les établissements nationaux que sont le Mobilier National, les
manufactures de Sèvres et des Gobelins, donna une impulsion vigoureuse
à leurs activités, par exemple en leur confiant des commandes
de l'État. Ses relations personnelles avec nombre d'artistes, français
ou étrangers, permirent souvent à ceux-ci de s'épanouir
pleinement, même si la tentative qu'il crut devoir faire en faveur
de l'art contemporain par l'exposition de 1972, se heurta de façon
décevante au sectarisme de certains.
Georges Pompidou fut sensible à ce qu'une
attention égale fût portée à chacune de ces
trois vocations de l'action culturelle.
Pour le domaine traditionnel, la seule vigilance
permettait de garder à notre pays la situation éminente
qu'il avait depuis des siècles. L'art contemporain, en revanche,
pour lequel Georges Pompidou eut dès sa jeunesse un attachement
particulier, avait besoin, selon lui, d'être servi dans un lieu
nouveau, d'architecture originale, capable de redonner à la France
- et à Paris - une place qui avait été la première,
mais était de plus en plus contestée. La création
de ce qui allait devenir le Centre Pompidou lui parut répondre
à cette ambition. Il suivit presque au jour le jour les progrès
d'une uvre qu'il avait conçue dans son ensemble et beaucoup
de ses détails. Robert
Bordaz - qu'il avait choisi dès l'origine - en conduisit heureusement
à son terme la réalisation.
Par son effort soutenu d'enrichissement de ses
collections d'art, par la modernité de sa bibliothèque,
par ses expositions prestigieuses et l'accueil réservé aux
artistes, par la place faite à la création musicale, le
Centre semble bien avoir réussi dans la mission, que lui avait
confiée son initiateur, non seulement d'associer conservation,
diffusion et aide à la création, mais aussi d'obtenir, par
un effort de pluridisciplinarité, la conjugaison des différentes
formes de l'art d'aujourd'hui. Vingt-cinq ans après son ouverture,
il a acquis une notoriété mondiale qui assure son avenir,
et apparaît bien comme le couronnement de la politique culturelle
du Président.